Une journée pour les victimes du terrorisme chargée d'amnésie

Un hommage aux victimes du terrorisme sera rendu au mois de mars. Derrière cette attention bienveillante, des pans de la mémoire haxagonale seront écartés. Navrant.

Le Pays-Basque. Des maisons colorées. Le fandango. Les cochons noirs. La vallée des Aldudes. Le château du Prince noir à Bayonne. La villa Bletza à Biarritz. Des clichés parmi d'autres. Derrière les façades chatoyantes, derrière les singularités de la langue Basque, derrière la rugosité, la bienveillance ou la bonhomie de ses habitants, il y a une histoire récente marquée par de solides épreuves. Au mois de mars, lors de l'hommage aux victimes du terrorisme, il y aura sans doute l'ombre des victimes d'ETA ou d'IK. Mais les victimes de la sale guerre menée par les ultras espagnols seront absentes. Qui aura un mot pour les complices français des prétendus Groupes antiterroristes de libération ? Qui se souviendra que sur les 25 ou 27 meurtres, les dizaines de blessés, plus d'un tiers de ces liquidations extra-judiciaires n'avaient rien à voir avec le conflit ? Qui se souviendra que si les sans-grades du GAL en France ont été condamnés, les commanditaires, les mercenaires français, attendus par la justice espagnole, dorment tranquilles. Que dire de ces crapules qui se faisaient payer les fiches vendues aux services espagnols ? Au Pays-Basque, l'Etat a décidé d'oublier certaines victimes. Dommage. Ce silence sur cette collaboration franco-espagnole et ses dizaines de victimes collatérales est terrifiant. On gomme. On efface. On jette dans les profondeurs des fractures françaises. Ca n'est pas la première fois, mais on serait en droit d'espérer mieux pour les victimes. Il ne saurait y avoir de journée d'hommage sans un hommage complet. Comprendre, éclairer n'est pas se flageller. En revanche, nier, renier, c'est construir un discours qui fait perdre à cette journée sa belle unité. Nous avons encore quelques efforts à faire pour donner tout son sens à cette journée. 

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