Chroniques de braise. Volet 1.

De novembre 2018 à décembre 2019, la France a vécu et vit au rythme de convulsions à l'intensité rarement égalée. je vous propose de revenir via mes chroniques, qui ne sont bonnes qu'à moi-même, en plusieurs volets...

Février 2017.


Le « Canard Enchainé » plie en quelques heures la campagne présidentielle. Nos artificiers palmés vont faire sauter le système fatigant de la Ve République pour ouvrir une nouvelle ère. Certes, cette campagne avait déjà pris une forme étrange avec l’irruption fracassante sur le devant de la scène d’un jeune homme improbable. L’aventure d’Emmanuel Macron serait restée une charge isolée jusqu’à ces quelques lignes sur des histoires d’emploi plus ou moins fictif de Pénélope Fillon. L’impétrant ne disposait que de lui-même. Il tentait bien, depuis un moment, de forcer les lignes ennemies pour se couvrir de gloire et peut-être préparer l’acte II en 2022. Par la manœuvre était difficile. Pour y parvenir, il réduisait les obstacles un par un un. Cette campagne par élimination, d’abord Hollande, puis la primaire de droite, allait devenir triomphe avec la prise de bec du « Canard ». Mais Emmanuel M., disposait-t-il vraiment que de lui-même ou n’est-il pas le jouet de forces qui l’ont portées ?

Dès les premiers jours, une ombre a plané sur cette campagne. Portée d’abord par les éternels complotistes, puis par quelques réacs désemparés, en bonne compagnie avec ceux qui voient la main du Grand capital partout. Cette ombre se fera, tout de même, soupçon. Plus tard, les soupçons deviendront rumeurs….Malgré mon indulgence, je ne peux que m’interroger. L’homme, au travers de ces rumeurs, était-il la victime de ses amitiés patronales ? De sa connivence avec quelques puissants ? De son parcours ? Ou tout simplement était-il ce qu’il parait être. C’est à dire le visage avenant d’une idéologie libérale popularisée depuis les éditos de Pauwels, diffusée par des chroniqueurs portés par une foi en un credo dogmatique ? Un visage avec une main de fer qui entend vertébrer la France. Dans l’intérêt général ? Pour des profits directs ? Pour simplement redistribuer des parts d’un gâteau qui ne grandit plus dans un monde clos ? la question va tarauder les esprits. Et si Emmanuel n’existait pas ? Serait-il une marionnette habile à tirer la couverture à lui. Aujourd’hui encore, je suis incapable de me faire une opinion. Le bonhomme m’a paru sympathique. On ne le dit plus guère, mais un souffle léger a parcouru la France. Hélas, j’attendais Louis-Philippe et j’ai eu Charles X, ce qui n’est tout de même pas la même chose. Un Charles X dont je persiste à croire qu’il célébre une « Fête impériale » avec des banquiers et des hommes d’affaires au coin des Tuileries. D’ailleurs, signe des temps, ce sera bien là, en ces lieux fréquentés par les Pereire et toute la noria des profiteurs du Second Empire qu’il sera consacré par le suffrage démocratique. Faut-il revoir, encore aujourd’hui, cette consécration en marche de l’homme devenu Président. Pour en revenir aux événements, dès lors que la Gauche socialiste se perdait dans les limbes d’une transition post-sociale démocrate qu’elle ne savait pas gérer, dès lors que le challenger insoumis ne pouvait ratisser large lors d’un deuxième tour, la disqualification automatique du candidat de la droite parlementaire ouvrait les portes de la finale à Emmanuel Macron. Et comme, il ne fallait pas être grand clerc pour savoir que la France n’était pas prête à se donner au Rassemblement national… L’inconnu qui se présente a l’avantage d’être neuf. Du charme. Une aisance, un peu empruntée, que ternira vite sa tendance à une spontanéité libérale de premier de la classe décomplexé mais qui l’acculera dans l’opinion.

Un optimisme prudent allait baigner le pays. Mais un optimisme que viendrait nuancer toutes ces interrogations sur les risques encourus par ce grand provoqué par ce séisme. Que serait cette gouvernance sur et par le vide ? En tous cas, les articles du « Canard » auront la même influence sur la vie politique française que le coup de feu de Sarajevo pour la paix en Europe…

Bien plus que toutes ces arguties sur l'éthique, c'est à la destruction du paysage politique issu des IVe et Ve Républiques que nous avons assisté. Le bipartisme est mort avec l'entrée en force de cette troisième force qui, par sa position médiane, va libérer les satellites qui tournaient en orbite basse des deux puissances. La grande transformation aura lieu en quelques mois. De nouvelles sociabilités politiques. Quelle affaire quand même. Nous serons tenus en haleine, pendant plusieurs semaines, découvrant tous les apostats qui, en un instant, déserteront leurs anciennes formations vaincues pour une nouvelle triomphante. Sont-elles belles les convictions des vainqueurs en politique. Des réseaux vont s'effacer. Certains persisteront, quand même, avec leurs pratiques foireuses. Mais c’est un autre sujet.
Si le bruit de ce feu d'artifice a fait le tour du Monde, à l’instar de la fusillade de Lexington, ça n'est pas par sa brutalité mais par le lustre nouveau qu'il prétendait conférer à la vie publique.

La petite aventure devenait une croisade et Saint-Emmanuel allait marcher sur l’eau. Le vainqueur de mai n'était rien d'autre que le vainqueur d'un mode productif, issu de l'économie cognitive, sur un autre, issu de l'outil industriel classique. Son public n'était pas représentatif de tous les français, mais il aux vainqueurs un bon moment pour s'en souvenir. Et ce vide allait générer des tensions invisibles qui finiraient par converger vers la Place de l'Etoile un après-midi de décembre 2018.

A suivre…. 

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