La petite lumière au coeur de l'hiver.

Je pourrais écrire que cet hiver 2019-2020 s'annonce simplement cruel. Un hiver comme on en vît point depuis longtemps. Un nouvel hiver de misère pour tous ceux qui sont exclus de l'emploi tandis que l'économie occidentale entame sa 47e année de crise. Un hiver d'inquiétude pour les riverains des cours d'eau qui scrutent les flots devenus imprévisibles des rivières en ces périodes de changement climatique. Un hiver douloureux pour ceux et celles qui affrontent l'impensé de la dépendance en France. Un hiver hostile pour les territoires en déshérence abandonnés de la volonté politique. Je pourrais ainsi égréner la litanie des maux structurels qui frappent le Pays. A cela, il faudrait ajouter ces mois difficiles pour les travailleurs qui croisent le fer et pour qui Noël sera une fête de l'austérité. La grève n'est pas un "dîner de gala", gloseront, avec sarcasme, les anciens maos devenus de nouveaux philosophes. Je pourrais écrire tout cela et bien d'autres choses encore en m'en tenant là. Je ne le ferai pas. Non pas que je sois insensible, bien au contraire. Je sais que ce ne sont pas des mots creux et j'ai trop de respect pour la souffrance que je porte en héritage. Je ne le ferai pas non plus parce que je voudrais contourner les exercices compassionnels. Non, je ne le ferai pas tout simplement parce que cet hiver est un hiver de combat. Et que si la plaine d'Eylau fût couverte de sang, elle fût un théâtre de gloire et que cet hiver 2019 est celui de la résurrection. Toute crise, y compris et surtout les crises sociales, est porteuse d'espoir. Une petite espérance qui annonce des lendemains meilleurs. Une petite espérance parce que la réaction à la crise est aussi celle de la vitalité et lorsqu'il y a du souffle il y a un chemin à parcourir. Oui, c'est sans doute lyrique pour ceux et celles qui ont restreint leur budget, qui se questionnent face à l'atonie ou l'indifférence. Ils se moquent très certainement bien de cette lueur dans les ténèbres qui ouvre la route. Mais, en empruntant le chemin que leurs espoirs éclairent, ils ouvrent le sillon de moissons prometteuses. Des moissons qui viendront plus tard. Après les labours d'automne et d'hiver. Cet hiver, l'orgueil national a dépassé toutes les résignations que l'on nous impose. C'est un fait et une bonne chose. Cette envie de rompre avec une doxa qui n'est douloureuse que pour certains est propice à tant de triomphe. Certes, tout n'ira pas comme les gens l'attendent. Il y aura des déçus. Des cocus. Mais, rien ne sera plus comme avant et viendra le moment où l'on arrivera, en France, à réformer pour l'intérêt général et préserver notre modèle du CNR, sans que tout ne se réduise à couper sans jamais redistribuer ou refonder. Alors, en cet hiver 2019, je vous souhaite à tous et toutes de joyeuses fêtes.                 

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