A l'Ombre du Nouveau...Episode II;

La moralisation de la vie publique est une réalité. Outre un arsenal législatif qui offre de nombreuses garanties, des gardes-fous ont été mis en place. Nous serions en droit d'espérer une banalisation des relations d'argent au sein des collectivités. Quelques indices, ainsi que la présence de figures bien connues des réseaux nous interrogent au niveau local...Retour sur un coin d'Ile-de-France.

Pour bien comprendre les raisons de ce questionnement et témoigner de sa légitimité, il est sans doute nécessaire de remonter le fil du temps et de présenter les premières pièces du puzzle...Pièces dispersées depuis fort longtemps sur le tapis vert de la géographie francilienne. Ce premier acte nous conduit directement dans les folles années de la première décennie de Décentralisation. Une époque épique et héroïque. Une période où les grands projets foisonnent. Libérées de la tutelle de l’Etat, les communes multiplient les équipements et développent des politiques publiques afin de répondre aux aspirations de leurs administrés. Une époque où le contrôle est tâtonnant. Une époque où le financement public des partis politiques n'existe pas, offrant aux entreprises de soutenir directement les acteurs. Une manne pour certains qui, derrière leurs rôles de bons soldats, pratiquent le coulage tout autant que la redistribution.

C'est ainsi que dans une odeur de diesel et de R25, des lascars ont su tailler leur route, passant au travers de la mitraille judiciaire de la décennie 90. Prenons le Val-de-Marne. J. et B. sont, alors, deux solides figures de la "territoriale", pas de la réserve militaire-encore que certains de leurs amis portent beaux des engagements politiques martiaux, un des deux larrons ayant également des engagements syndicaux au sein d’une centrale très antistalinienne. Après une première expérience de responsabilités importantes comme cadres dans une commune où ils travailleront avec l'entreprise U qui appartient à un nommé D, les voilà pour l'un secrétaire général de la ville de J. et Directeur des services techniques pour l'autre. Ville marquée à droite.

A l'aise dans leurs baskets, ils vont toutefois faire l'objet d'un article remarqué de "Libération", en 95. Il s'agit de l'affaire dite des "Boues rouges de Joinville". Ils sont accusés par ce grand quotidien d'avoir passé un marché de retraitement de boues polluées qui n'a pas été exécuté dans les règles de l'art. Et surtout attribué dans des conditions baroques. Pour se défendre, ils feront remarquer qu'ils n'ont pas attribué le marché, mais que celui-ci l'a été après analyse d'une assistance à maîtrise d'ouvrage puis par la Commission d'appel d'offre. Néanmoins, le journaliste va relever que l'AMO, la société Opération Programmes Services (notez le code OPS...très opération spéciale) en question est domicilié chez J....A tout le moins, voilà une solide confusion des genres.

L'entreprise bénéficiaire est dirigée par un individu qui va défrayer la chronique : Patrick Frescot, cheville ouvrière des réseaux de financement du 92. Malgré la solidité de l'argumentation, l'affaire fait flop. Pas de suite réelle. Sans doute parce que personne ne sait, à cette époque, qu'OPS rejoindra le giron de D. Achetée ? Cédée ? Je ne suis pas en mesure de l'écrire. Un D en tous cas dont la rumeur dit que ses entreprises travaillaient dans cette ville et ont travaillé, avec certitude, dans la première commune où J. a été DGST. Les domiciliations suivantes le seront à différentes adresses liés à D. Chez sa compagne. Puis dans une entreprise dont il est le gérant, même entreprise intervenant dans la commune où J a exercé ses premières fonctions . Elle sera même liquidée par le futur directeur des travaux d'une des sociétés relevant du réseau d'affaires de D. Pêché véniel me direz-vous ? Don't acte. Illégal pas certain. Curieux c'est sûr.

Ce qui est plus intéressant c'est qu'outre le fait que les conventions d'OPS font l'objet d'observations de la Préfecture de Seine-et-Marne (rapporte le journaliste) c'est que cette société intervient dans le domaine sensible des opérations d'aménagement de ZAC...Sensible parce que ces études ouvrent la porte à l'emploi d'entreprises. Bien plus, leur coût est difficilement quantifiable. Pour s'en convaincre, cherchez sur Internet les déboires d'une autre société, la SIFAP-SOGEDEM (les initiés comprendront, les lecteurs non affranchis attendront quelques jours pour mieux savourer le sens de ce que j'écris). 

Ce qui est cocasse ça n'est pas que cette confusion des genres n'a pas eu de suite judiciaire solide. Non, c'est que J a rejoint la Région, alors tenue par Michel Giraud, député du Val-de-Marne, avant d'être rejoint par B. Ils vont servir au sein de la Direction des lycées qui fait alors l'objet de toutes les attentions de la Justice. Et qu'au titre de leurs activités professionnelles, ils vont régulièrement travailler avec des entreprises relevant du réseau de D. Il leur a sans doute fallu beaucoup d'énergie et de détermination pour respecter cette neutralité professionnelle...

Et lorsqu'au Printemps dernier, l'unité qu'ils ont dirigé (J est parti en retraite voici 18 mois,  B est tjs présent) a fait l'objet d'un dépôt de plainte de la région pour corruption (cf.presse et Internet), sans qu'ils ne soient inquiétés, ce qui est logique, c'est avec amusement que j'ai pensé que nous assistions là à la réalisation de la théorie de l'arroseur arrosé.

Hasard...Mais derrière tout ceci, il y a d'autres hasards. Un commisssaire aux comptes des entreprises de D qui certifie ceux de la grande centrale où J exerce quelques responsabilités. Comme son ancien chef administratif dans une vie antérieure qui va oeuvrer dans les Hauts-de-Seine au coeur même des réseaux, dans une commune où il laisse quelques cadavres judiciaires,...après avoir été responsable d'une des villes victimes de la Sifap-Sogedem.  

Nous pourrions en rester là de ce cher passé si ce n'est que les entreprises évoqués sont des acteurs majeurs de différents projets au sein du Val-de-Marne.

Et surtout, au fonds tout ceci ne pourrait être qu'un sport et je ne reprocherai pas des liens d'amitié (je ne suis pas un chevalier blanc), si ce n'est que celle-ci doivent respecter les principes de la commande publique et la juste allocation de l''argent du contribuable. Gageons que tout ceci a été respecté.  

Chers lecteurs anonymes, soyez patients. Les suites de cette longue histoire arrivent. Il y a sera question de quelques officines bien connues des milieux anticommunistes. Et peut-être aussi de gens de gauche. De groupuscules. De joyeuses surfacturations. D’autres relations d’amitié. Et d’un projet structurant…  

Quant aux lecteurs qui se croient plus avertis : même vous serez peut-être surpris. Comme dans toute Matriochka, l'étage du dessous révèle une poupée invisible. Et les connexions les plus improbables.   

 

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