Pour un 5 décembre, de Beyrouth à Paris: un rêve d’hiver

Le pouvoir macronien est une vaste machine à produire un ensemble fractures et inégalités, mais aussi et surtout de mépris. En retour, la colère sociale grandit. Le 5 décembre marque peut être l'occasion d'une reprise en main par les citoyens de leur destin. La mobilisation libanaise à l'œuvre depuis plusieurs semaines est à méditer.

 

Le 5 décembre, une journée de mobilisation forte s’annonce. Le gouvernement vainqueur par lassitude du mouvement des Gilets Jaunes, sent la houle et la colère qui gronde. Et si cette fois, c’était la bonne, celle qui autorise la convergence des luttes sociales, je dis bien sociales.
Si face au néolibéralisme autoritaire, sûr de lui-même, et arrogant, se dressent chômeurs et allocataires précarisés, policiers à bout de souffle, cheminots brisés par trois décennies de réformes, infirmières et urgentistes passées à la broyeuse du libéralisme et des pires pratiques managériales, des professeurs dont la souffrance et le déclassement ne sont plus à démontrer, édiles municipaux qui enregistrent les secousses du terrain et qui craquent, personnels de la sécurité sociale et ceux du pôle emploi, les agriculteurs pris dans l’agribashing et la violence de leurs conditions de travail, et la liste serait longue.


Le gouvernement a modifié le système d’équité qu’est une politique économique, en renforçant le pouvoir du capital et en déstabilisant un peu plus les précaires et abandonne au marché, notre capital public comme les aéroports. Il brade et offre sans vergogne des pans de notre industrie, et déséquilibre la sécurité sociale en lui faisant rembourser cadeaux fiscaux et erreurs économiques. Le pouvoir macronien, en dehors de son arrogance, n’a cure de l’intérêt général. Il agite le chiffon rouge du Rassemblement National pour assurer son pouvoir tant l’opposition n’existe plus dans ce pays.
Alors le 5 décembre, c’est la boussole presque l’espérance d’une lutte nouvelle.

 
Comme nos amis libanais descendus dans les villes et les rues de leur pays qui ont fait de l’un de leur mot d’ordre « tous c’est-à-dire tous », au tour de chacun de dire, tous cela veut dire tous Prenons exemple sur la population de ce pays qui, certes exposée à une réalité politique, économique, sociale, et sécuritaire d’une toute autre gravité, a décidé de dire non, de refuser une classe politique corrompue, et demande avec force un autre régime pour se réapproprier enfin son destin. En France, la gauche de gouvernement et d’opposition s’est très largement sabordée et pour longtemps. La droite attend son chef et espère qu’un célèbre retraité recrée l’illusoire magie de 2007.
Alors, les citoyens ont rendez vous avec eux même le 5 décembre, pour commencer un mouvement long qui construit le rapport nécessaire pour rendre l’avenir possible.


Camus, l’a dit, je me révolte donc nous sommes. Oui la révolte est collective, c’est ensemble qu’il faut se réapproprier l’avenir. Encore une fois, le peuple libanais pour ne citer que celui la, nous pourrions penser aussi à nos amis chiliens, montre un bel exemple. Étudiants, professeurs, commerçants, chômeurs, travailleurs se réunissent sur les places, font preuve d’humour et d’amour, se rassemblent et comprennent que ce sont d’eux que viendra le renouveau.
Peut être cette « nation politique » par excellence, qu’est la France comme l’a souligné Marx a rendez vous avec elle-même.


La dernière belle espérance sociale fut novembre-décembre 1995. Malheureusement, elle n’a pas donné naissance à ce vaste mouvement social que Pierre Bourdieu appelait de ses vœux. 24 ans sont passés, et la nostalgie n’est pas toujours de bon conseil, même si c’est avec belle émotion que l’on peut penser à ces belles semaines de grève. En 24 ans, le libéralisme autoritaire a su montrer sa dureté et a déstabilisé un peu plus notre société et les liens sociaux qui la composent. Le précariat talonne plus que jamais le salariat et la pauvreté se répand, les inégalités malmènent plus que jamais la démocratie. Et l’Euro exige davantage de flexibilité et de réformes structurelles c’est-à-dire la mise à mal du droit du travail, et de la protection sociale.
Alors avant que la société d’archipel ne soit encore plus morcelée, et conduise à des oppositions entre des franges entières de la population, peut être le 5 décembre, les Français comme les Libanais sortiront de chez eux, pacifiquement, déterminés, conscients que les « liens valent mieux que les biens » et ne rentreront chez eux que le jour où ce pouvoir suffisant sera parti.
La révolution de 1789 n’est jamais finie, il reste toujours des Bastilles à prendre et des féodalités à vaincre, alors peut être au cœur de l’hiver, l’été peut naitre.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.