Le papier, c'est pas le pied

 

Incapable de résoudre le problème du chômage, contesté par l’ensemble des corps professionnels, agriculteurs et taxis en tête, incapable d’adopter une ligne unique de conduite – so long Madame Taubira –, le gouvernement tente de voir la vie en vert. Loi sur la transition énergétique pour une croissance verte, organisation de la COP 21, loi sur la biodiversité ; on penserait presque que la France est un vrai pays écolo.

Justement, dans cette loi sur la transition énergétique, il était une mesure qui devait faire de la France un exemple en matière de développement durable : l’interdiction des sacs plastique à usage unique. Adieu le « pochoir », symbole de la consommation à outrance et dont la fin de vie posait problème. Nos dirigeants croient frapper un grand coup dans le combat pour la sauvegarde de la planète et des tortues, grandes victimes du sac plastique.

Sauf que derrière les effets d’annonce et les congratulations, se cache une réalité totalement oubliée : la sacherie plastique est une industrie qui compte. Avec pas moins de 150 PME-TPE, représentant 3 000 emplois sur le territoire, le plastique fait vivre des milliers de familles. Mais visiblement, le contexte actuel doit certainement être très bon pour se permettre de prendre une telle décision. Pire, ces emplois détruits ne seront pas remplacés par les fabricants de sacs papier, ces derniers se trouvant principalement en Europe du Sud.

Mais il n’y a pas que le chômage que le gouvernement va aggraver avec cette mesure. Le pouvoir d’achats des consommateurs devrait également être impacté. Qui va payer le remplacement du sac plastique à usage unique par un sac biodégradable ? Et bien ce sera nous, pas Monsieur Valls ou Madame Royal. Une forte inflation est donc à attendre sur les produits alimentaires, notamment les fruits et légumes, pour lesquels le sac plastique avait un intérêt hygiénique et sécuritaire. Pour se faire une idée, la fédération du commerce et de la distribution (FCD) estime à 300 millions d’euros le surcoût de cette mesure. Mangez cinq fruits et légumes par jour. Oui mais à quel prix ?

En fin de compte, si cette mesure mène à la destruction d’emplois et augmente le coût de la vie, c’est sûrement parce que c’est bon pour la nature. Le remplacement des sacs plastique par des sacs en papier, ça c’est écolo. Oui mais non. Le sac en papier pollue et même plus que le sac en plastique ; son écobilan n’est pas bon du tout puisqu’il émet du méthane, un gaz à effet de serre responsable du réchauffement climatique. Et les inconvénients écologiques ne s’arrêtent pas là.

Pour le transport, il faudra plus de camions car le papier, à la différence du plastique, n’apprécie pas de se faire compacter. Leur utilisation est aussi moins optimale. Avec un sac plastique, il était facile de charger jusqu’à 10 kilos, sans risque de voir la marchandise s’effondrer sur le parking du centre commercial à cause de son poids. Oubliez cela avec le sac en papier, beaucoup moins résistant. Il en faudra donc plus, ce qui n’est ni économique, ni écologique. Enfin, le sac en papier a besoin d’eau, de beaucoup d’eau. Huit fois plus que le sac en pastique. Cependant nous vivons dans un monde où l’or bleu coule à flots, donc pas de panique.

Quand donc assisterons-nous à la fin du sac plastique ? Excellente question, tellement que même le gouvernement ne peut y répondre. Initialement prévu pour démarrer le 1er janvier 2016, la mesure vient d’être repoussée au 1er avril 2016 – pas de blague : la Commission européenne vient de mettre son nez dans le dossier, en raison des nombreuses critiques existantes. Deux explications peuvent donc justifier cette mesure. Soit le gouvernement n’y connaît rien car il ne fait pas ses courses comme tout le monde, soit il est incompétent. Dans les deux cas, c’est grave.

 

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