Les enfants d'étrangers en situation régulière ne profiteraient plus de l'école gratuite en France si le FN venait à l'emporter en 2017. Des parents étrangers travaillant pourtant en France, consommant, payant impôts directs ou indirects, participant comme les autres à la richesse nationale (dans tous les sens du terme). Une 'contribution', d'un montant "pour l'instant indéterminé" (...) leur serait alors imposée (bien qu'ils fassent bien sûr souvent partie des classes sociales les plus défavorisées), durant une période "d'un ou deux ans" (...)

Quant aux enfants d'étrangers en situation irrégulière, plus d'école publique du tout, comme ça ce serait réglé : pas de quartiers, pas d'humanité, pas de légalité, tout le monde dehors et en attendant, hop, sous le tapis les mouflets !

Le médiatique lieutenant de Marine le Pen, habitué désormais à sautiller quasi-quotidiennement d'une matinale radio à un plateau de chaîne continue pour le plus grand bonheur des journalistes en quête de buzz, Florian Philippot donc, a fait fort le 09 janvier dernier au micro de Léa Salamé, sur France Inter.

S'assoir sur le droit à l'éducation, reconnu dans la Constitution française depuis plus de 70 ans, 1946 précisément ("la Nation reconnaît l'égal accès de l'enfant à l'instruction") ainsi que par pléthore de textes internationaux de protection de l'enfance; saper en conscience les bases déjà ô combien fragilisées de l'école républicaine en y introduisant sans complexe la discrimination selon l'origine; tout cela en conservant le ton sirupeux qui le caractérise dès lors qu'il s'agit pour lui d'égrener sur le mode 'oui, et ? Ce que je dis est évident' les propositions les plus nauséabondes destinées à flatter le noyau dur de son parti d'extrême-droite.

"La Constitution ? On la changera, ça se fait tous les jours voyons."

Priver d'éducation des enfants pendant 'un certain temps de carence' (sic) si les parents ne peuvent pas payer, où est le problème ? C'est cela la 'préférence nationale'.

Arriver en 2017, devoir entendre de telles attaques en piqué contre les principes républicains ("l'organisation de l'enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l'Etat" - Constitution française), contre l'égalité entre les gosses, déjà bien difficile à maintenir dans les faits à cause des inégalités sociales et de l'abandon politique (gamins reconnus par la Nation comme des individus ayant des droits, et non pas dépendant uniquement de leurs parents, des origines ou positions sociales de ceux-ci) ne peut que donner la nausée et la furieuse envie d'expliquer à ceux qui dénaturent le beau mot 'patriote' ce que sont vraiment la France et les piliers sur lesquels elle repose.

Faut-il que les sondages soient bons pour que Mr Philippot se laisse à tomber le masque de la dédiabolisation de si bon matin.

Ou peut-être sont-ce les tensions avec l'ambitieuse Marion Maréchal-le Pen ("saoulée par les valeurs de la République"), tenante de l'aile droite du parti (la droite d'un parti d'extrême-droite, ça mène où exactement ? Je demande, juste) qui le pousse à 'rassurer' les militants de longue date de l'ancien parti de Jean-Marie le Pen.

Le 8 décembre 2016, l'héritière du Menhir se prononçait déjà pour cette mesure, lors d'un petit-déjeuner organisé par l'institut de sondage BVA. Mais elle ne visait alors 'que' les "enfants de parents étrangers en situation irrégulière." Ce qui était déjà une infamie en soi. Mais la déclaration ne faisant alors guère de remous (on s'habitue aux outrances en ce moment, n'est-ce pas ?), ma foi... Poussons le 9 janvier 2017 jusqu'aux enfants d'étrangers en situation régulière ! Et demain ?

Marine le Pen de conclure théâtralement son laïus du mois de décembre par un martial : "la récréation est terminée !"

Quel mépris pour ces millions de parents étrangers, dont pour beaucoup leurs enfants (qui n'ont comme seul pays connu que la France) ne deviendront français qu'à l'âge de 13 ans(ce que la majorité des xénophobes adeptes du 'y en a marre !' ignore), quel mépris pour ces gens de plus en plus inquiets pour l'avenir de leurs gamins face à telle accumulation d'agressions populistes et donc d'insécurité personnelle que de les imaginer 'en récréation' !

Jamais l'école publique n'a été aussi faible, dévalorisée, déprimée. De cela - au moins - le FN n'est pas responsable, certes.

Mais alors que l'école de la République pourrait, devrait, être la clé à la plupart des maux actuels (problèmes d'intégration réels, élévation par la connaissance, laïcité, égalité des chances, mixité réelle, etc) si volonté il y avait, le parti de Mme le Pen de s'engouffrer dans la brèche et de cibler... les plus faibles. Les enfants (reconnus, je le redis, non plus comme des individus protégés par l'Etat mais réduits à des 'fils-filles de...') Pour mieux diviser et, sous couvert d'économies (...), appuyer les différences. Glaçant.

Et peu importe que cette mesure soit inapplicable en l'état (modification de la Constitution = réunion du Congrès). Le but de ces provocations semble bien être d'habituer l'auditoire à cette pensée de l'exclusion.

Que dire de plus ? Sinon en arriver, si ce type de déclaration n'émeut guère plus l'opinion en quête de boucs-émissaires désignés (distingués des autres dès l'école), à espérer encore quelques bons sondages pour le FN qu'il finisse, emporté par son euphorie, à tomber définitivement le masque. Face caméra. La dédiabolisation d'un parti qui porte pourtant de sacrés bagages et les assume puisqu'il n'a même jamais changé de nom - et encore moins de logiciel - aura alors fait long feu.

À moins que, trop tard... la neurasthénie aura gagné tous les esprits.

 

Frédéric L'Helgoualch est l'auteur de 'Deci-Delà' (ed du Net) et de 'Pierre Guerot & I' (ed H&O)

 

               

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