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Billet de blog 11 juil. 2022

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‘Ambatomanga’, de Michèle Rakotoson : Madagascar, l’histoire coloniale oubliée

"Idéaliste biberonné à la propagande officielle ou benêt au destin programmé de chair à canon ? La grande romancière se garde bien de trancher, consciente de la valeur égale des vies, surtout lorsque - d’une façon ou d’une autre - elles s’apprêtent toutes à être sacrifiées sur des autels bien trop grands pour eux"

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© DR


« "Ho z’izy hoe : le malheur vous touche comme le vent qui vous entoure, car vous avez profané les dieux. Vous avez hérité du malheur, car vous vous êtes exécrés vous-mêmes. Qui êtes-vous donc, qui vous rejetez vous-mêmes ainsi et rejetez aussi les vôtres ?"
Elles étaient de plus en plus nombreuses, les trombas, détentrices de la parole sacrée, et toutes portaient la voix des souverains de l’ancien temps. Les morts venaient à elles, faisaient d’elles leurs servantes.
Les fidèles les suivaient dans tous leurs déplacements, et ils sortirent la déesse royale Ravololona des limbes dans lesquels les chrétiens l’avaient jetée. Hommes et femmes se tournaient vers tout ce qui pouvait leur apporter de l’espoir : les mélopées des transes, la plainte obsédante de la flûte, les airs et les incantations ou prières. On entendait cela de jour comme de nuit, à en devenir fou ou hypnotisé. 
Ils invoquaient leurs dieux : Ramahavaly, Rahodibato et surtout Rakelimalaza. Ils suppliaient leurs talismans, demandant pardon pour leurs fautes, celles qui avaient été commises consciemment ou inconsciemment. Les pires. Et les pasteurs surenchérissaient, ceux qui avaient affronté "le temps des ténèbres", et qui s’étaient dispersés dans les campagnes pour évangéliser la population et obtenir, peut-être, le pardon de Dieu. Les prédicateurs et les évangélistes sillonnaient les campagnes en parlant de sacrilège et de la colère du Seigneur, en évoquant les mœurs corrompues et la venue du diable sur terre. "La malédiction du Ciel est sur nous, préparons-nous à entrer en enfer", prêchaient-ils. Le plus écouté était le pasteur Andrianony, qui lançait l’anathème sur ceux qui fautaient. "Il sera tué, un jour..." disaient-ils tous.


Tsy hitako izay hanjo
Fa takona amiko
Ny andro sisa iainako
Izay nalahatrao
Je ne sais pas ce qu’il va advenir de moi
Car les jours à venir 
Que tu m’a destinés 
Me sont inconnus »


 1894. Des falaises abruptes de l’Est aux lagons de la côte orientale, des hauts plateaux centraux au pic du Maromokotro, de la vallée  de l’Onilahy aux îles de Nosy Be et de Nosy Mitsio : le même chuchotement qui se répand, prend élan et force jusqu’à se transformer en affirmation puis vent de panique. 

«  Les Français arrivent ! Les Français viennent nous asservir ! Les Français débarquent ! »

Que pourraient bien faire la poignée de militaires de la reine et l’armée de gueux levée à la va-vite, enfants, esclaves (l’esclavage ne sera aboli à Madagascar qu’en 1896, par la France, une décision présentée comme « relevant de la générosité et de la tradition républicaine ». Mais le travail forcé, imposé par la même, de prendre aussitôt le relais...) et hommes mal préparés, face aux canons de l’arrogante européenne ?

« Et les garçons en âge de se battre allaient bientôt être enrôlés pour aller à la guerre [...] Peuple perdu, sans pères ni mères pour le protéger, population face à toutes les avanies. Vers qui pouvait-il se tourner ? »

Pas vers les Anglais puisque, de toute évidence, le partage du monde a été acté lors de conciliabules entre grandes puissances.

© DR

Depuis 1882 et ladite « première expédition », Madagascar est sous protectorat tricolore, la reine Ranavalona II et son Premier ministre d’époux Rainilaiarivony ayant tenté sans succès de tenir à équidistance et les Anglais et les Français, jouant de la compétition entre les deux empires coloniaux aux appétits insatiables (La Réunion et Maurice, proches et stratégiques), vues partagées sur les richesses de l’île (sols fertiles pour l’élevage, pour la culture - la vanille - , riches aussi en or, pierres précieuses et autres minerais, aujourd’hui encore en titane, nickel, cobalt, pétrole, phosphore, même si la population ne profite toujours pas de cette manne naturelle). 

Missionnaires protestants et « sauveurs catholiques des âmes sauvages », les éclaireurs des puissances asservisseuses qu’étaient les religieux dépêchés, se livraient depuis déjà plusieurs décennies à des intrusions et à des jeux de sape (conversion de la reine au protestantisme) qui en réalité ne préparaient qu’un seul terrain : celui de la conquête. 

Restait à savoir qui de l’Empire britannique de l’austère Victoria ou de la République tricolore drapée dans ses grands principes et sa soif de revanche sur la scène internationale (après la perte de l’Alsace-Lorraine en 1871) parviendrait en premier à planter son drapeau sur les palais d’Antananarivo (Tanarive), la capitale malgache.

« Un colon français avait cherché à débarquer des marchandises qu’il avait importées. Son équipage arabe avait refusé que le bateau soit visité par la douane malgache. On parlait de trafic d’armes. Une escarmouche avait suivi, les Sakalava avaient tiré, tuant le patron du bateau et ses trois fils. L’affaire prenait des proportions incroyables. Ils avaient volé des marchandises, ajoutait-on. Le Résident avait réclamé l’exécution de quatre assaillants et un dédommagement égal à 9000 piastres. Une fortune. Où trouver tout cet argent ?

  C’était peut-être la préparation d’une invasion. Il était bien placé pour savoir comment cela se déroulait, Tavao : il y avait d’abord des incidents et des escarmouches, comme pour tâter le terrain, procéder à des essais, ou provoquer la population, la porter à bout; puis les grosses attaques arrivaient d’un seul coup, sans avertissement. C’était ce qui s’était produit. »

C’est donc la IIIème, suivant la théorie d’un Jules Ferry convaincu de la nécessité de l’expansion coloniale, de son bien-fondé humaniste, et qui a préparé les esprits (« Il faut dire ouvertement qu'en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. (...) Il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures ») qui remporte la mise que représente l’immense île de l’Océan indien, peuplée depuis déjà 10.000 ans par des habitants qui survivaient très bien jusqu’alors sans l’ombre de la très-sainte Croix et les « lumières spirituelles » de l’Europe (même si les échanges avec le royaume existaient depuis le XVIème siècle, depuis sa découverte par le Portugal). 

Après le goupillon, la crosse des fusils; après la justification morale, la brutalité prédatrice. Schéma désormais bien connu, de l’Afrique noire au Maghreb, des Caraïbes au continent asiatique en passant par les territoires balayés par le vent saharien. 

Georges Clémenceau, le 30 juillet 1885, s’était bien élevé contre Jules Ferry dans une passe d’armes passée à la postérité (« Regardez l’histoire de la conquête de ces peuples que vous dites barbares et vous y verrez la violence, tous les crimes déchaînés, l’oppression, le sang coulant à flots, le faible opprimé, tyrannisé par le vainqueur ! Voilà l’histoire de votre civilisation ! [...] Combien de crimes atroces, effroyables ont été commis au nom de la justice et de la civilisation. Je ne dis rien des vices que l’Européen apporte avec lui : de l’alcool, de l’opium qu’il répand, qu’il impose s’il lui plaît. Et c’est un pareil système que vous essayez de justifier en France dans la patrie des droits de l’homme ! »), ‘Ambatomanga, le silence et la douleur’ de Michèle Rakotoson se concentre sur l’annexion de 1894 et non sur les états d’âme des colonisateurs : nul besoin, donc, de chercher comme un réflexe défensif puéril et vain des contrepoids qui de toute façon se sont avérés insuffisants mais qui permettraient de murmurer de bancals « oui, mais... Il y avait aussi... » 

La guerre ! La conquête et le sang pour ces indigènes qui n’ont pas obéi aux lois du Protectorat et sont soupçonnés, via leur nouvelle reine Ranavalona III (transmission matriarcale du pouvoir royal), de comploter contre la République ! La baïonnette et le travail forcé après les génuflexions devant le crucifié. 
« "Il nous dit que... Ils nous disent que..."

 Les flûtes appelaient les idoles anciennes. "Il", c’était peut-être Andrianampoinimerina, ou Andriamisara, l’un des rois-dieux, ou Rakelimalaza, la grande idole, ou le dieu des chrétiens. Peu importait, en fait; il fallait prier.

  Car le pays était perdu, disaient et répétaient les servantes détentrices de la parole des ancêtres. Les étrangers s’apprêtaient à le gouverner, car son peuple avait commis le parjure et oublie les rituels anciens. Il fallait retrouver les divinités malgaches, les vraies, car celles-ci étaient enterrées dans la terre sacrée, ajoutaient-elles. »

Prier - les anciens ou les nouveaux dieux - pour que le paludisme et autres redoutables armes naturelles portées par les anophèles alliés freinent les envahisseurs (ce qu’ils firent, d’ailleurs). Mais une terre qui s’en remet à ses moustiques n’est-elle pas déjà perdue ? Lorsque l’ennemi en face, lui, n’hésite pas à utiliser des obus à la mélinite (acide picrique) sur les populations. 

l’écrivaine Michèle Rakotoson © atelier des nomades ed.

Michèle Rakotoson, véritable ambassadrice de la culture malgache (‘Le Bain des reliques’, ‘Lalana’, ‘Juillet au pays: Chroniques d'un retour à Madagascar’, ‘Passeport pour Antananarivo’...), écrivaine, dramaturge, journaliste, grande médaille de la Francophonie de l’Académie française et commandeur des Arts et des Lettres malgaches, donne vie et parole dans cette fresque douloureuse mais essentielle à Tavao, esclave africain à l’esprit fin et au regard perçant, au service d’une famille aristocrate hova, l’ethnie dominante bientôt balayée (« il n’était plus l’enfant assis au fond de la cale, cette cale qui sentait le vomi, les excréments »), partagé entre son affection sincère pour le vieil Ingahy et son fils, ses maîtres qui l’avaient acheté pré-pubère, et la rancune et la colère. À Félicien Le Guen, également, jeune officier français du régiment de Blida abandonnant Alger, après sept ans de service à aider la nation tricolore à y assoir sa « juste autorité », enrôlé à présent pour l’expédition malgache. Deux visages et voix opposés, témoins pourtant du même drame en cours. 

« Madagascar était un rêve fou : traverser les océans pour combattre les indigènes, dont certains avaient encore des mœurs barbares. Et porter un bel uniforme pour honorer la patrie. Déjà dans ses jeux d’enfant, avec ses cousins, il aimait défier "les sauvages", qui faisaient très peur. Les "ennemis" se mettaient du cirage noir sur le visage ou arboraient de grands chapeaux de paille et poussaient des cris censés être tonitruants. Et à l’école, ils apprenaient les terres lointaines, et leurs peuplades "de couleur", dont certaines étaient cannibales. »

Idéaliste biberonné à la propagande officielle ou benêt au destin programmé de chair à canon ? La grande romancière se garde bien de trancher, consciente de la valeur égale des vies, surtout lorsque - d’une façon ou d’une autre - elles s’apprêtent toutes à être sacrifiées sur des autels bien trop grands pour eux. 

la reine Ranavalona III © DR

« Nous sommes comme des œufs qui veulent se battre contre des pierres. Il paraît que c’est parce qu’ils mangent des cœurs humains que les Blancs sont aussi puissants ».

 Le ‘Offre-moi ton cœur’ de la Bible et ses interprétations. Mais lorsque la panique s’infiltre...

© DR

La silhouette de la dernière reine malgache, bientôt exilée en Algérie par Gallieni, tentant une dernière fois de galvaniser son peuple. L’ombre d’un Premier ministre affaibli, rendu inaudible par le poids des ans accroché au pouvoir et par les jeux de cour (« Rainilaiarivony s’était fait avoir et il le savait. C’était ce qu’ils se disaient tous, dans les réunions qu’ils tenaient dans les maisons, la nuit, quand les maîtres dormaient [...] Rainilaiarivony était désespéré, racontaient-ils. Toutes les délégations qu’il envoyait recevaient une fin de non-recevoir »). 

Dans la jungle, un magnifique boa argenté de se déployer sur une branche sous le regard fasciné des tirailleurs rapatriés d’Algérie (la colonisation aimait employer ses « indigènes » pour en mater d’autres) et de Le Guen. Un esprit malgache, bien sûr. Le cerveau du reptile d’exploser bientôt sous les coups de pierre de deux lourdauds hilares, dits de « race supérieure » mais peu sensibles, eux, au surnaturel et à ses signes, sous les yeux horrifiés des autres hommes.

  Semaine après semaine, mois après mois (quand ce n’est pas jour après jour), Michèle Rakotoson de décrire dans ce roman, aussi riche en analyses historiques qu’en finesse psychologique apportée à chacun de ses personnages, la montée de la peur, le processus de la conquête désormais lancée, instoppable. Ambatomanga se rapproche, le bruit des armes aussi. De la perte des illusions de Le Guen au soutien de Tavao à ses maîtres qui flanchent : bientôt les bottes d’un général français fameux fouleront la terre rouge et la mise au pas définitive de l’île de s’effectuer. À coups de trique et d’exécutions sommaires.


   Peu de Parisiens, lorsqu’ils descendent à l’arrêt Gallieni de la ligne 3 du métro ou empruntent le boulevard du même nom dans le 15ème arrondissement, songent à Madagascar. 

Éventuellement, pour les plus instruits, aux taxis de la Marne mais point à la mise au pas et en coupe de « l’île rouge », et encore moins au massacre des Menalamba ou à la « politique des races » expérimentée par le représentant français (1849-1916, élevé à la dignité de maréchal de France à titre posthume en 1921 pour ses « loyaux services rendus à la République et à l’Empire »), destinée à inoculer de façon pérenne le poison de la division entre les ethnies insulaires. 

De toute façon, qui à part les touristes aisés qui en reviennent les pupilles dilatées, photos follement exotiques sous le bras (lémuriens taquins, visages d’enfants aux cheveux ébouriffés « mais si charmants ! », sols gorgés de latérite et autres paysages enchanteurs) pense encore à Madagascar ? La plupart ont oublié, en toute simplicité, qu’elle fut une colonie française (sous influence du premier consul de France à partir de 1862, sous protectorat tricolore à partir de 1882 puis officiellement colonie de la République de 1895 à 1946. Territoire d’outre-mer de 46 à 58 puis autonome à partir de cette date, elle ne récupérera sa souveraineté, son indépendance, qu’en 1960). Du passé faisons table rase, du présent aussi d’ailleurs (première sécheresse climatique mondiale en cours dans le sud du pays : laquelle de nos précieuses chaînes en continu pour nous en informer ?) !

En 1900, cinquante-et-un colons de Madagascar écrivaient au général Gallieni, à propos du travail forcé mis en place :  « Vous êtes, comme nous tous, au courant de la mortalité effrayante qui frappe les prestataires employés à la construction des routes de Tananarive-Tamatave, Tananarive-Majunga. Elle a atteint ces derniers mois une proportion si grande, qu’on peut prévoir à brève échéance que la population, même la plus valide des hauts plateaux, sera tellement réduite, que les colons ne pourront plus rien entreprendre. »

Et d'ajouter : « La question commence à se poser sérieusement de savoir s’il n’est pas préférable de ne pas avoir de routes, mais de conserver une population valide susceptible de mettre Madagascar en valeur. »

DOC - Colonisation et Décolonisation - Le Cas Français - 2006 © MrGuppy04

En 1947 pourtant, Raymond Cahisa écrivait encore sans sourciller dans Le Monde (pour justifier les massacres - 89.000 morts ! - faisant suite à l’insurrection malgache de la même année ?), à propos de la création d’hôpitaux par Gallieni pour lutter contre le paludisme, la variole et autre lèpre sur Madagascar soumise, revisitant l’Histoire pour ses bons lecteurs français rassurés : « La colonisation ainsi comprise, substituant l’ordre aux luttes intestines, au brigandage, au despotisme, respectueuse de la personne et des biens de l’indigène, est beaucoup plus un devoir qu’un droit : loin de perpétuer un esclavage, elle vise à la libération des peuples protégés. » 

En 1963, ce « documentaire » retrouvé par l’I.N.A dans lequel la reine Ranavalona III était présentée comme « une reine frivole » car... possédant une parure. Quant aux Malgaches, la peinture condescendante de « grands enfants turbulents » leur était réservée. 

Et depuis quoi ? L’oubli, serait-on tenté de répondre. Un grand vide, un immense trou noir, que l’on retrouve aussi dès qu’on évoque Haïti (par exemple). De là à imaginer que les Français ont un réel problème mémoriel avec l’histoire de la colonisation... Avec la soumission, la déshumanisation et le pillage réfléchi de peuples, de pays entiers, qui ont, aussi, beaucoup, participé à créer notre richesse. 

Michèle Rakotoson, 5 Questions pour Île en île © Ile en île

  Michèle Rakotoson fait œuvre d’utilité publique avec ce bouleversant et riche ‘Ambatomanga - le silence et la douleur’ (Ambatomanga, village distant de 50km d'Antananarivo. Le village dans lequel les protagonistes rencontreront leur destin) qui fuit la simplicité, le binaire, le Bien et le Mal pour retracer patiemment les contours, les mentalités des protagonistes et les enjeux du drame. Œuvre d’utilité publique et ce, tant pour les lecteurs français qui découvriront leur histoire que pour les lecteurs malgaches qui verront la leur portée par une voix puissante et reconnue. Plus que le militantisme (qui en ce moment à gauche se nourrit à tout-va de l’appellation ‘anti-colonialiste’ mais, sans que les attentes et les revendications réelles ne soient vraiment jamais limpides), la littérature reste la meilleure caisse de résonance des histoires cachées, refoulées, et l’écrivaine malgache d’en apporter une nouvelle preuve avec ce dernier livre paru aux toujours pertinentes éditions atelier des nomades

Un ultime extrait, très parlant, pour montrer comment si Michèle Rakotoson, en mpikabary (maîtresse de la parole) experte, peut déployer sa plume sur plusieurs pages elle peut aussi magnifiquement condenser son idée, suggérer en quelques-mots et, ici, résumer le legs réel de toute colonisation. 

Le Guen quittant l’Algérie française pour l’expédition punitive de Madagascar, après sept années vécues par lui comme merveilleuses au service de la Patrie, sur le port d’Alger : 

 « Son regard croisa celui d’un vieil homme, qui ne fit pas un geste, n’eut pas même l’esquisse d’un sourire, avant de lui tourner le dos et de s’en aller d’un pas lent.

  L’Algérie lui avait dit adieu. »

— ‘Ambatomanga - le silence et la douleur’, de Michèle Rakotoson, atelier des nomades ed. — 

* lire également l’interview de Michèle Rakotoson sur Jeune Afrique

                        — Deci-Delà

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