Mort du ministre mexicain de l’intérieur dans un étrange accident d’avion

Les spéculations vont bon train sur les causes du crash aérien qui a coûté la vie hier au ministre mexicain de l’intérieur, Juan Camilo Mouriño Terrazo. Accident ou sabotage ? La question reste en suspens.
Mardi à 18H42 (heure locale), la chute d’un petit avion, qui s’est écrasé sur une avenue très fréquentée de Mexico, a causé la mort du numéro deux du gouvernement et de 8 autres passagers, dont l’un des responsables de la lutte contre le narcotrafic, José Luis Vasconcelos. Spectaculaire, le crash qui s’est produit pour une raison encore inconnue à l’Ouest de la capitale à une heure de pointe a provoqué une forte explosion et l’incendie d’une trentaine de voitures faisant six victimes supplémentaires et 40 blessés.
Deux heures plus tard, le président mexicain, Felipe Calderon, a fait une déclaration à la nation pour confirmer le décès de Juan Camilo Mouriño . « Un de mes plus proches collaborateurs et un de mes plus chers amis», a-t-il souligné à son retour dans la soirée d'une tournée dans l'Etat de Jalisco (Centre Ouest). Personnalité controversée, Juan Camilo Mouriño, 37 ans, d’origine espagnole, était l’homme fort du gouvernement.
Les étranges conditions du crash laissent planer le doute sur les raisons du drame. Doté de deux moteurs, l’avion a subitement chuté sans cause apparente. D’autant que la seconde victime importante, José Luis Santiago Vasconcelos, ex-procureur de la république, était menacé de mort par les cartels de la drogue et avait échappé à trois tentatives d’assassinat en 2004, en 2007 et en janvier dernier. Depuis près de deux ans, ce dernier épaulait Mouriño dans la lutte contre le crime organisé qui mobilise plus de 36.000 policiers et militaires déployés aux quatre coins du pays. Les deux personnalités clés du gouvernement Calderon revenaient justement de la signature d'un «Accord pour la sécurité, la justice et la légalité» à San Luis Potosi, ville située à 500 kilomètres au nord de Mexico.
Leur mort serait-elle une réplique du cartel de Tijuana à l’arrestation fin octobre d’Eduardo Arrellano Felix, l’un de ses principaux parrains ? D’autant que le cartel de Sinaloa, le plus important du pays, avait mis à prix la tête de Vasconcelos à 5 millions de dollars. Pour l’heure, les autorités rejettent la thèse d’un attentat puisque l’avion n’a pas explosé en vol. Des sources officielles avancent plutôt la cause d’une turbulence liée au passage à proximité d’un Boeing 767.
Sabotage ou accident, le coup porté à l’administration Calderon semble sévère. Le président perd non seulement un collaborateur et un ami mais aussi un pilier de son gouvernement. D’autant que la société civile réclame des actions concrètes pour mettre un terme à une vague de violences sans précédent. Engagée par le gouvernement, la guerre contre le crime organisé a fait plus de 4000 victimes depuis janvier dernier. Le 15 septembre dernier, une nouvelle étape a été franchie avec l’explosion de deux grenades dans la foule, réunie sur la place principale de Morelia (Centre Ouest) pour célébrer la fête nationale.
Le crash d’hier augmente encore davantage le climat d’insécurité. Sous le choc, les Mexicains se sont réveillés ce matin sans trop d’espoir sur la transparence de l’enquête, hautement stratégique pour la sécurité nationale.

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