Florence Cassez: luxueuses vacances diplomatiques sur fond de casus belli judiciaire

Profitant d’une visite d’état à Mexico, prévue ce lundi, Monsieur et Madame Sarkozy ont passé le week-end dans un très sélect complexe touristique mexicain. Le secret de cette escapade balnéaire est resté bien gardé par les services diplomatiques, sans doute pour ne pas froisser encore davantage une opinion publique française pour le moins sensible en ces temps de crise.

Profitant d’une visite d’état à Mexico, prévue ce lundi, Monsieur et Madame Sarkozy ont passé le week-end dans un très sélect complexe touristique mexicain. Le secret de cette escapade balnéaire est resté bien gardé par les services diplomatiques, sans doute pour ne pas froisser encore davantage une opinion publique française pour le moins sensible en ces temps de crise. L’agenda de l’Elysée indiquait donc un déplacement présidentiel au Mexique le dimanche 8 mars, avant une visite officielle lundi. Mais rien sur le programme des 6 et 7 mars. Si l’on en croit l’AFP, la fuite est venue jeudi dernier de la femme du président en personne. Invitée d'honneur à une soirée de l'association internationale pour la recherche et l'aide médicale Hadassah, Carla Bruni-Sarkozy a quitté le pavillon d'Armenonville, à Paris, en justifiant qu'elle prenait l’avion le soir même pour le Mexique. Gaffe ou scénario people ?
Ainsi, le couple présidentiel s’est prélassé le week-end dernier sur une plage de la côte pacifique. Selon le quotidien Milenio, l’Airbus présidentiel a atterri sur l’aéroport de Playa de Oro, à Manzanillo (Colima), transformé pour l’occasion en bunker. Une petite escapade dans un ensemble hôtelier de luxe, avant de partir dimanche pour Mexico, où Carla et Nicolas ont visité les pyramides de Teotihuacan, situées à une heure de la capitale. Ce lundi, Monsieur Sarkozy troquera son bermuda pour le costume présidentiel et se lancera dans des négociations bilatérales délicates.
L’affaire Florence Cassez dominera une visite, initialement envisagée très « business ». Emprisonnée au Mexique pour des enlèvements qu'elle conteste, cette Français de 34 ans a été condamnée en appel à 60 ans de prison, six jours avant la visite officielle du président français. Ce dernier a exprimé son soutien aux parents de l’accusée en regard d’un dossier marqué par une série d'incohérences et de vices de procédures. Le gouvernement hexagonal a sollicité le transfert de la Française dans l’hexagone, selon l’accord international sur les personnes condamnées, approuvé par le Sénat mexicain en 2007. En face, le président Felipe Calderon semble disposer à faire un geste en faveur de son homologue français.
Mais l’opinion publique mexicaine se mobilise contre une telle décision. A Mexico, la presse rappelle que des séquestrés ont reconnu la voix de Florence dans un contexte de vague de violence sans précédent. Les députés de l’opposition et les associations de victimes d’enlèvements en appellent à l’indépendance de la justice mexicaine. « Il est prouvé qu’elle est une kidnappeuse », répète à qui veut l'entendre la très médiatique ONG, Mexique uni contre la délinquance.
En face, la presse hexagonale défend l’innocence de l’accusée, présentée comme la victime d’un système judiciaire gangrénées par la corruption. Depuis les coups médiatiques des infirmières bulgares et des membres de l’Arche de Zoé, on connaît le goût de Nicolas Sarkozy pour les injustices mediatisées, capables de doper sa popularité.
Le dossier n’en est pas moins épineux. Un des vices de procédure met en cause Genaro Garcia Luna, ancien directeur de l’Agence fédérale d’investigation mexicaine (AFI), aujourd’hui Ministre de la sécurité publique. C’est ce proche du président Calderon qui a organisé en décembre 2005 la reconstitution illégale de l’arrestation de Florence Cassez devant les caméras de télévision. Difficile de fragiliser le numéro un de la lutte anti-drogue alors que la guerre menée contre les cartels tourne au vinaigre (5300 morts et plus de 1000 kidnappings en 2008). D’autant que les sondages donnent perdant le parti du président, le PAN (Parti d’Action national), lors des prochaines élections législatives du 5 juillet. Pas question donc d'affecter l'image du gouvernement en période électorale. En conséquence, le possible transfert de Florence Cassez pourrait bien être assorti d’une aide accrue de la France en matière de sécurité.
Devant un tel casse-tête « politico-mediatico-judiciaire », certains verront sans doute l'escapade de Nicolas Sarkozy comme des vacances bien méritées. Après le yacht de Vincent Bolloré en 2007 puis les vacances américaines à Wolfeboro, d’autres pourraient, au contraire, se poser la question du coût d'un séjour présidentiel pour le moins luxueux. Qui des contribuables français ou mexicains paieront la note?


 

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