Un quinquennat placé sous le signe de la vendetta?

Tout est donc réuni pour que se déploie à tous les niveaux de la vie politique un climat de vengeance que les partis politiques, très affaiblis ou en voie de constitution (comme La République en Marche et La France insoumise), ne peuvent plus contenir ni réguler.

Certains membres de l’entourage d’Emmanuel Macron avaient prévenu, l’état de grâce ne durerait qu’une minute. Ils ont sans doute fait preuve d’un excès de prudence. Les sondages indiquent en effet à ce jour un bon niveau de popularité du nouveau président et des intentions de vote, malgré la composition d’un gouvernement nettement orienté à droite, très élevées en faveur des candidats d’En Marche aux législatives. 

L’affaire Ferrand n’est-elle dès lors qu’un simple coup de tonnerre (de Brest ?) dans un ciel dégagé ou le signe d’un changement rapide de climat politique  ? Il est permis de penser qu’il annonce l’entrée dans une phase de turbulences qui n’est pas près de s’achever. Pour qualifier cette phase, il faut abandonner la métaphore météorologique et recourir à celle de la vendetta. L’affaire Ferrand peut en effet s’interpréter comme l’ouverture d’un cycle de vengeances et de règlements de comptes qui, comme chacun sait, ne s'achève que quand tout le monde est au tapis. Si personne ne sait qui a dénoncé le secrétaire général d’En Marche au Canard enchaîné, et pas plus qui a révélé les emplois présumés fictifs de Pénélope Fillon en février dernier, chacun sait que de très nombreux Républicains pensent, à tort ou à raison, que c'est l'entourage de François Hollande et d’Emmanuel Macron qui est à l'origine de ce qui  les a, à leurs yeux, privé « injustement » du pouvoir.  

Une telle certitude ne peut qu’amorcer un cycle de dénonciations qui a d'autant plus de chances d'être entretenu que le président, pour complaire à François Bayrou, a choisi d'axer sa campagne des législatives sur la moralisation de la vie politique en mettant en avant l’éthique de ses candidats et en annonçant la présentation rapide au parlement d’un projet de loi en la matière. En instrumentalisant la vertu à des fins politiques pour mieux se démarquer de ses adversaires et disqualifier le monde politique « ancien », le président et ses proches ont en quelque sorte tendu les verges pour se faire battre, comme l’avait fait François Fillon durant la campagne des Primaires. 

Mais un élément plus structurel plaide en faveur de l’hypothèse de l’ouverture d’un cycle interminable de règlements de comptes : la multiplication des débauchages. Ceux-ci sont interprétés par les anciens compagnons ou camarades des « débauchés » comme autant de trahisons, d’autant qu’ils ont des conséquences en chaîne au niveau local. Les déchirements internes du PS et des Républicains que provoquent l’entrée au gouvernement et le ralliement de nombreux élus à la majorité présidentielle ne se limitent pas aux sphères dirigeantes mais brisent des collectifs militants déjà fragilisés. Tout laisse à penser que se créée ainsi un terreau fertile à bien des rancœurs se transformant vite en autant de détestations.  

Tout est donc réuni pour que se déploie à tous les niveaux de la vie politique un climat de vengeance que les partis politiques, très affaiblis ou en voie de constitution (comme La République en Marche et La France insoumise), ne peuvent plus contenir ni réguler. L’on pourrait donc bien découvrir, à la faveur des révélations qui se multiplient d’ores et déjà à l’encontre des candidats d’En Marche aux législatives pour immoralité ou vis-à-vis de certains ministres ou conseillers pour conflits d’intérêts, que l’absence de solidarité partisane transforme la politique en un gigantesque affrontement d’ambitions individuelles où tous les coups sont désormais permis.

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