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Billet de blog 21 juin 2017

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Faire FI de ses préjugés

Les jobards, ces braves gens, vont ouvrir les yeux.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Drapés dans la vertu, les chefs de file des « marcheurs » ont su séduire, enfin presque partout, cette partie de l'électorat que l'on pourrait appeler les éternels jobards. Ces électeurs ont pour caractéristique commune l'absence de toute colonne vertébrale idéologique. Persuadés que les politiques ont pour unique mission de servir l'intérêt général, ils sont incapables de discerner, au delà des apparences, leur véritable rôle, qui est de servir les intérêts de la classe dominante, ou de les combattre.

Non seulement ils sont dépourvus de la capacité critique qui leur permettrait d'analyser une situation, mais en plus, cette seule perspective leur fait horreur. Ce sont eux qui apprécient les journalistes et autres chroniqueurs qui ne cessent de leur répéter à travers les médias dominants qu'il faut fuir toute approche idéologique de la réalité pour se reposer exclusivement sur une approche pragmatique. Or, en réalité, on appelle pragmatisme le fait d'adopter l'idéologie dominante, le plus souvent sans en avoir soi-même conscience.

Ainsi, Raymond Barre, Jacques Delors, Laurent Fabius, Pierre Bérégovoy, Emmanuel Macron, etc..., leur sont apparus comme des pragmatiques, servant l'intérêt général, sans se référer à la moindre idéologie, alors qu'ils étaient tous imprégnés de l'idéologie libérale, puis néolibérale, qui gouverne le monde. Les mêmes pensaient que Charles de Gaulle était lui aussi un pragmatique, alors qu'il a toujours déclaré, écrit et proclamé qu'il s'était fait une certaine idée de la France (l'idéologie qui a baigné son discours et son action était tout simplement l'idéologie nationale). Néanmoins ces mêmes jobards savent, comme c'est curieux, détecter l'idéologie chez les adversaires des puissants du moment : ainsi l'idéologie fasciste, une fois que le dernier soldat allemand ait quitté le territoire, était dénoncée avec acharnement par les plus pleutres de la période précédente. Et l'idéologie communiste, qui fût portée aux nues, fût combattue par les mêmes une fois tombé le mur de Berlin...

Comme toute idéologie dominante, elle est imperceptible à ceux qui précisément sont inondés du flux permanent que déversent les médias sur leur conscience. C'est que le « temps de cerveau humain disponible » que Patrick Le Lay vendait à Coca-Cola, il le prêtait aussi sans frais aux dominants, c'est à dire aux riches, dans notre société capitaliste (si nous avions été encore en régime féodal, il l'aurait offert à la noblesse et au clergé), et bien entendu au premier concerné, son patron, le roi du BTP, Bouygues.

Revenons à nos « marcheurs », dont les bons bergers sont ceux qui profitent du système, mais dont la masse est constituée de moutons destinés à être tondus, et qui cheminent vers leur destin funeste dans la joie.

Derrière François Bayrou, Ministre de la Justice chargé de moraliser la vie politique, et Richard Ferrand, issu de la société « civile » (pour voir clair sur le sens profond de cette expression, remplacer société civile par monde des affaires), les jobards marchaient vers un horizon politique pur, débarrassé des idéologues et des corrompus, pour qu'advienne enfin le règne du bien.

Patatras ! 3 jours après le 2ème tour des élections législatives, qui a enfanté une chambre introuvable, les bons bergers de la vertu s'avèrent être aussi corrompus que ceux que l'on a chassés ! Voici que le voile de la mariée si pure, si chaste, se déchire, et qu’apparaît son vrai visage de vieille pute vérolée ! Ainsi les braves gens ont élu une assemblée composée essentiellement d'opportunistes plus ou moins madrés. Et ils vont appeler au secours, mais qui ? Depuis toujours, ils cherchent le bon maître, désintéressé, qui va les cajoler. Eh bien il n'existe pas.

Il va falloir que les braves gens, parce que la masse est composée de braves gens, prennent cher pendant les années Macron, et ça ne manquera pas d'advenir, pour qu'ils finissent par avoir le courage d'arrêter de marcher, d'ouvrir les yeux et les oreilles. Alors peut-être écouteront-ils celles et ceux qui leur disent de prendre leur destin en mains, de devenir des citoyens lucides et insoumis, de faire FI de leurs préjugés.

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