La République d'extrême-centre En Marche

Nathalie Loiseau dévoile la vraie nature de La République en Marche : un parti d'extrême-centre.

Mediapart nous apprend que Nathalie Loiseau, tête de liste LREM aux européennes, a figuré sur une liste d'extrême droite à des élections universitaires en 1984, quand elle était étudiante. La blanche colombe prétend qu'elle ne connaissait rien à la politique à cette époque. On se demande comment elle a pu réussir Sciences-Po, qui, jusqu'à plus ample informé, n'est pas une école ménagère.

Le Centre en matière politique est une nébuleuse hétérogène qui comporte des sous-ensembles très différenciés.

En premier lieu, les opportunistes, qui se prêtent à toutes les combinaisons ministérielles dans les démocraties parlementaires. Ils se prétendent simplement pragmatiques, et sont représentés pour l'éternité par Edgar Faure à qui l'on doit cet aphorisme définitif : "ce n'est pas la girouette qui tourne, c'est le vent ! ".

En second lieu, les partisans d'une politique d'équilibre entre le conservatisme et le socialisme, se définissant souvent comme chrétiens-démocrates ou sociaux-libéraux, voire gaullistes. On peut ranger Giscard, Chirac, Bayrou, et beaucoup d'autres dans cette catégorie.

En troisième lieu, les inclassables, vrais républicains, vrais libéraux, vrais démocrates. Charles de Courson, député UDI, s'écriant à l'Assemblée Nationale le 30 janvier dernier, à propos de la proposition de loi instituant l'interdiction administrative de manifester :" C'est la dérive complète  ! On se croit revenu sous le régime de Vichy  ! " en est un exemple vertueux.

Enfin, il existe une dernière catégorie très particulière : l'extrême-centre.
Il s'agit de politiques qui cachent sous une façade policée des convictions extrémistes, et exercent le pouvoir avec cynisme, autoritarisme, voire totalitarisme. Les exemples historiques ne manquent pas, à commencer par Napoléon Bonaparte, en passant par Joseph Staline, dont la ligne politique, lors de la période où il a pris le pouvoir, était réputée centriste. Et on ne doit pas oublier qu'Adolphe Hitler (qui ne se présentait certes pas comme centriste) ne put obtenir les pleins pouvoirs en 1933 qu'avec le soutien du parti dénommé...Zentrum. On doit aussi évoquer Pierre Laval et François Darlan, issus du centre-gauche avant la défaite de 1940. Plus actuel, Jacques Delors, qui se prétendait lui aussi de centre-gauche, alors qu'il fut l'artisan obstiné de l'ordolibéralisme européen, et qui incarne l'archétype du centriste qui impose la loi d'airain du Capital avec une férocité vraie, recouverte d'une compassion affectée pour ses victimes.

Par son projet d'extension de la sphère marchande à l'entièreté de la vie, par sa vision exclusivement économiste du monde, par son adulation du libre-échange et de la spéculation, par sa frénésie à chanter les louanges du dieu Capital, par son incapacité à concevoir l'humain comme autre qu'homo œconomicus, et enfin par son mépris de classe affiché, Emmanuel Macron appartient indubitablement à l'extrême-centre. La violence de la répression du mouvement des Gilets Jaunes en témoigne s'il en était besoin.

On aurait pu faire crédit à Nathalie Loiseau de ce que son écart de jeunesse était lié à son manque de maturité, on en a pardonné bien plus à François Mitterrand. Si elle avait réagi avec le sourire et un bon mot, cela se serait vite oublié. Mais la virulence de sa réaction et son embarras laisse accroire que son engagement à l'extrême-droite n'était point fortuit. Aussi il ne faut pas ménager notre plaisir de voir la candidate de La République de l'Extrême-Centre en Marche se prendre les pieds dans le tapis, les temps ne sont pas à l'indulgence.

PS : Sur la notion d'extrême-centre, lire l'excellent Politiques de l'extrême-centre, d'Alain Deneault, éditions Lux, à qui j'emprunte beaucoup dans ce billet.

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