Dans cette partie de la ville où se trouvait naguère à la fois L'humanité, L'équipe et des cristalleries, bercée de jazz ou de Bergères, le pianiste Bertrand Chamayou s'installe avec sérénité, souriant, vrai parisien comme le sont ceux qui sont nés loin de la Seine.
Voici près de quinze ans qu'il a commencé ce que l'on nomme une carrière. On peut dire qu'il accède à la célébrité sans se presser, quoiqu'il soit encore bien jeune ( il a vu le jour au mois de mars de l'année 1981, n'était ce pas hier? "Allons billettiste, ne lance pas la machine à fabriquer la nostalgie, glisse en douce une petite voix, reprend le fil de ton récit"). La parution de son excellent double-disque Ravel, couronné la semaine dernière d'une Victoire de la musique classique du meilleur soliste instrumental donne bien du plaisir et c'est une joie de rencontrer cet artiste.
"Pour user d'une métaphore géographique, j'ai l'impression d'être parvenu sur un plateau, confie-t-il d'emblée. Bien entendu, il est difficile pour moi d'affirmer que je me trouve à mi-parcours puisque je ne connais pas la durée de ma vie, mais si je me souviens de mon enfance, il me faut admettre que l'existence m'a déjà réservé de belles surprises: je ne me projetais pas comme un pianiste et surtout je n'envisageais pas de conduire une vie professionnelle dans ce domaine". Pour ce fils de chirurgien toulousain, la musique était un violon d'Ingres -il est des facilités sans lesquelles aucune littérature n'est imaginable."JQuand j'avais douez ou treize ans, j'aimais jouer les partitions des autres, mais ma grande passion consistait surtout à composer, remarque-t-il encore. Pour une raison que je ne parviens pas encore à discerner, je suis devenu un interprète." Le pianiste Jean-François Heisser a très tôt repéré les talents du jeune homme et l'a convaincu de suivre ses cours au Conservatoire Nationale Supérieur de Musique de Paris. "Si j'y réfléchis de façon plus précise, je crois que ma carrière de soliste est née du fait que l'on m'a réclamé en tant que soliste, plus que parce que je le désirais. Mais j'en suis ravi parce que j'aime la scène, ajoute Bertrand Chamayou. Je ne suis pas passé de l'ombre à la lumière du jour au lendemain, j'ai construit mon parcours par étapes". Avec bonne humeur, il a conscience de disposer maintenant d'un véritable crédit symbolique. (A suivre...)
A écouter:
Maurice Ravel: "Intégrale de l'oeuvre pour piano", par Bertrand Chamayou 2CD, label Erato.