La République, la musique et le citoyen

Camille Saint-Saëns - Symphonie no 3: Finale © miljkmi
Jann Pasler est une musicologue américaine...
...Elle aime la France et démontre dans un livre de passion de quelle façon la musique a soutenu l'avènement, puis la consolidation de la Troisième république.

"Terrassée par la défaite au terme de la guerre contre la Prusse,  humiliée par la Commune, la France des années 1870 était farouchement divisée, rappelle Jann Pasler. Les monarchistes, qui occupaient le sommet de l'Etat, espéraient restaurer la royauté. Les bonapartistes aspiraient à un retour de l'Empire. La force des républicains croissait régulièrement, mais les divergences entre modérés, socialistes et radicaux étaient causes de troubles. (...) Cette génération se refusaient ce que les conflits s'achèvent dans la violence. La culture lui offrait un domaine laïque de non violence où confronter ses oppositions et explorer ce qu'elle avait en partage". Ainsi la musique a-t-elle été investie d'une mission d'exaltation pacifique, d'un rôle politique et fédérateur.

Un retour aux sources s'amorce en premier lieu. Rameau devient l'emblème des nostalgiques de l'Ancien Régime tandis que les républicains semblent déclamer: "Nos ancêtres les révolutionnaires", puisant dans la ferveur du chant collectif une inspiration décisive. "Sans la musique chorale, le terme de "fraternité" ne sera jamais qu'un mot, remarque un des responsables de la politique musicale de l'époque: elle seule peut produire cette chaleur d'âme et cet esprit de cohésion qui font à la fois la vigueur et le bien-être moral d'un pays".

Les organisateurs de concert s'inscrivent dans cette lutte. Pasdeloup, déjà célèbre sous le Second Empire, est bientôt supplanté par Colonne et Lamoureux. Celui-ci plaide pour une forme d'élitisme quand celui-là mène au contraire une politique de traif accessible au plus grand nombre. Et les compositeurs composent...avec les opinions divergentes, le public et les rivalités. Saint-Saëns aime Wagner mais ne veut pas être envahi, Debussy s'impose au fil des ans comme le maître d'une école. Au coeur du cyclone, les musiciens jonglent, petites mains qui donnent du plaisir à tout le monde- il faut bien vivre.

Impossible ici de tout raconter, mais Jann Pasler associe la bonne humeur à la science, de sorte que le lecteur a le sentiment d'être bientôt son compagnon de route. Une belle aventure nous est offerte. A la fin de l'ouvrage, on rêve à la suite: comment ne pas songer en effet qu'à la Libération, mais plus encore durant les années soixante, soixante-dix et quatre vingt, la musique a tenu son rang dans le débat public? On espère, pour ne prendre qu'un exemple, qu'un musicologue un jour s'attelle au combat de Pierre Boulez et de Marcel Landowsky. 

Mais déjà, réjouissons-nous de disposer de cette somme, essentielle et joyeuse. Ah ça ira, ça ira... 

A lire:

 La République, la musique et le citoyen" par Jann Pasler, 679 p. 38 €

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.