Lydia Jardon la magnifique (III)

Lydia Jardon présente les sonates 1, 5, 9 de Miaskovsky © calXium Ralph Reiss
Dans la vidéo que nous présentons ce jeudi, Lydia Jardon explique la relation qu'elle entretient avec Nikolaï Miaskovsky. Nous aimerions insister sur un point, qui n'est pas de détail: cette pianiste ses disques dans les conditions de concert ou presque.

"Mon directeur artistique m’a décrit de quelle façon certains artistes réalisent des montages, mesure par mesure, de quart de temps en quart de temps, déplore-t-elle. Je trouve cela désolant. Tout au contraire, je ne joue chaque mouvement d'une sonate que deux ou trois fois, pas plus. Alors, bien sûr, on peut déceler, ici ou là, des imperfections techniques, mais j'espère ainsi conserver le souffle de l'œuvre." Arrêtons-nous un instant sur ce travers d'époque. A bien y réfléchir, cette quête illusoire de perfection, poursuivie par les tenants de la coupe et du réenregistrement multiplié, n'est-elle pas mortifère? En choisissant de limiter ses captures sonores, Lydia Jardon fait le pari de la vie, puisqu'elle assume une part de risque, d'aventure, d'imprévu.

D'ailleurs, quand on lui demande ce qui l'a surprise, jusqu'alors, dans son parcours d'artiste, elle répond sans hésiter: "Je n'ai eu que des surprises! Tout cela ressemble à quelque initiation permanente." Elle marque une pause et déclare en souriant: "j'aimerais parler de nouveau du disque, non pas de mon disque en particulier, mais du disque en général. Depuis quelques années, tout le monde le dénigre; beaucoup le croient mort et enterré. Mais dans la période sanitaire que nous traversons, n'est-il pas le partenaire idéal des mélomanes et des artistes?"

On aime cette façon de penser, qui suit des chemins de traverse, qui s'amuse des contrepieds, se moque des idées reçues. Lydia Jardon désigne Les nourritures terrestres comme le livre qui lui a donné la force et le courage de se projeter dans le futur. En l'écoutant jouer du piano, chacun constate le parti qu'elle a su tirer de cette illustre promesse: "je t'enseignerai la ferveur."

 

A écouter:

"Lydia Jardon joue Miaskovsky", volume 2, label Ar-Ré-Sé.

 

 

 

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