Les arrangeurs de la chanson française (IV)

Chapi-Chapo 45 tours faces A et B © Simon Volant
Les années soixante-dix ont été marquées par l'utilisation croissante d'une machine appelée "synthétiseur". D'abord monophonique, cet instrument d'un nouveau genre  a servi petit à petit à imiter les instruments classiques. Il n'offrait au début qu'une pâle copie- on pense à l' Éminent, dont la sonorité rappelait, vaguement, celle des violons et que l'on entend sous les doigts de François de Roubaix dans la seconde partie de la musique de Chapi-chapo. Par la suite, il est devenu l'élément fondamental sur lequel étaient basés la plupart des arrangements.

Le système du sampling a nettement amélioré la qualité des synthétiseurs et modifié les rapports entre les musiciens de studio et les arrangeurs. "Plutôt que de s'en tenir à l'exécution des partitions que ceux-ci avait écrites, les instrumentistes ont pris une part de plus en plus importante et conçu eux-mêmes, au fil des années, leurs propres arrangements, souligne Serge Elhaïk. En France, les pianistes Serge Bikialo, Michel Cœuriot, Serge Perathoner ont tenu un rôle primordial." Ainsi sur cette captation de concert à Toulouse en 1980, les internautes peuvent entendre Gérard Bikialo jouer du synthétiseur - et Jean-Alain Roussel, pianiste-arrangeur, jouer du piano électrique Yamaha :

La Petite Sorcière Malade (Live) © Julien Clerc - Topic
Le récit que Michel Cœuriot livre au sujet de l'enregistrement de la chanson Belle-île en-mer-Marie Galante est révélateur de cette méthode de travail: " Je suis allé au studio de Celmar Engel, le frère du guitariste Claude Engel, explique-t-il à Serge Elhaïk, pour faire tous les synthés, le fairlight ( un des premiers échantillonneurs et synthétiseurs numériques NDA) etc. J'ai ensuite dit à Laurent Voulzy que je souhaitais aussi orchestrer les chœurs. Il a accepté et j'ai appelé les frères Georges et Michel Costa pour qu'ils chantent dans le style des Beatles. Ceci terminé, ça a duré quatre jours, j'ai remis le tout à Laurent pour qu'il enregistre ses guitares et réalise le mixage". Le résultat? Vous le connaissez:
Laurent Voulzy / Belle-Ile-en-Mer - Marie Galante © Les plus grandes chansons

"Mais l'influence grandissante de l'électronique a mis sur la touche un certain nombre de compositeurs-arrangeurs de premier plan" remarque Serge Elhaïk.

On ne peut s'empêcher de songer à Michel Bernholc. Enfant plus que doué ayant grandi dans le onzième arrondissement de Paris, celui dont le père fabriquait des vêtements dans une entreprise appelée France fillettes a d'abord appris le piano classique. Élève de Pierre Sancan au Conservatoire National Supérieur de Musique, il a pris le chemin de la Variété. Accompagnateur de Georges Chelon, le jeune Michel Bernholc est devenu, au tout début des années soixante-dix, l'arrangeur de Véronique Samson, Michel Delpech et Michel Berger. Mais quand, au milieu des années quatre-vingts, celui-ci a décidé de travailler dans son propre studio avec des musiciens venant chez lui, Michel Bernholc a perdu du terrain. La bande originale du film de Philippe Labro représente l'une de leurs dernières collaborations:

Michel Berger Rive Droite Rive Gauche BO © mensah29
  C'est avec émotion que l'on évoque ce compositeur qui mit fin à ses jours le 5 juin 2002. Le portrait que Serge Elhaïk en dresse, à la fois précis, délicat, sensible, signe une belle démarche d'amateur, au sens noble du terme. (A suivre...)

 A lire:

"Les arrangeurs de la chanson française" Serge Elhaïk, édition Textuel 2158 p. 55 €

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