Nikolai Lugansky, troisième épisode

Lugansky - Rachmaninov Etude op 33 n°9 © Alex Legrand

Aujourd'hui, Nikolai Lugansky parle de Rachmaninov.

Il n’est guère utile d’ajouter du lyrisme à des œuvres luxuriantes. « Rachmaninov lui-même interprétait sa musique d’une manière incroyablement rapide, stricte et non sentimentale, prévient le pianiste. Personne n'est obligé de l’imiter. Mais je pense que Rachmaninov était un compositeur à la fois très émotionnel et très introverti. Jouer ses œuvres en multipliant les effets, en prenant des poses d'une manière narcissique est un contre-sens. Bien entendu, quand je l'interprète, je ne cherche pas, à chaque mesure, le juste milieu. Mais je tente de rester fidèle à cette double exigence ».

A ceux qui s'étonnent d'une telle réserve, d'une telle prudence, Nikolai Lugansky suggère l'exploration des doutes et des failles exprimés par le compositeur:« Il était sans doute l’un des rares créateurs à juger ses propres partitions avec une telle sévérité. Liszt ou Chopin, Tchaïkovski ne manquaient pas une occasion de vanter les qualités de leurs œuvres devant le public. Même Chostakovitch, pourtant porté à l'autocritique, a écrit des lettres dans lesquelles il recommandait d’aimer son propre travail. Mais Rachmaninov se jugeait d’une manière extrêmement sévère- au point d’avoir interdit la publication de certaines études-tableaux, que nous avons découvertes depuis et qui comptent parmi les plus belles».  Terrible dureté vis-à-vis de soi-même que, peut-être, le pianiste partage avec le grand Sergueï.

A suivre...

A noter:

Rachmaninov: "Sonates numéro 1 et numéro 2" par Nikolai Lugansky, label Ambroisie, dist. Naïve

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