Faut-il afficher la beauté du diable quand on veut réussir une carrière d'artiste classique?
A regarder mademoiselle Wang, hier, une lectrice a posé la question d'une façon très convaincante. La mèche ténébreuse et le regard tourmenté donnent-ils plus d'attrait à ce jeune violoncelliste français? Ses "longues jambes de faon" permettent-elles à cette cantatrice de se distinguer? La chose est admise: il est avantageux d'être jeune et joli. Mais cela ne dure qu'un temps, comme l'a dit Raymond Queneau.
Précisément, le phénomène est ancien. Samson François prenait la pose Harcourt- avant de plonger dans les bars, il est vrai- Callas a choisi de s'infliger un régime et Schwarzkopf (dans un genre, disons, un peu typé...) donnait à voir une très jolie silhouette.
A cela peut-être faudrait-il ajouter, suivant la réflexion de Roland Barthes au sujet de l'abbé Pierre, que le physique d'un artiste indique une façon de jouer: Richter en évêque à double jeu, Gilels en ouvrier fier de son ouvrage, Yvonne Loriod la matriochka des partitions.
Ces quelques mots ne prétendent nullent règler la question, mais susciter le débat. Qu'en pensez-vous?