Le bonheur est dans Des Prés

 

D’où vient cette lueur? De Josquin des Prés, dirigé par le chef de chœur Maurice Bourbon.

Nous savons peu de choses de l’existence d’un homme que l’on surnomma, de son vivant, le Prince des musiciens. Wikipédia s’avance avec précaution, relatant que Josquin Lebloitte dit Josquin des Prés est né, peut-être, à Beauvoir en Picardie vers 1440 et mort à Condé-sur-l'Escaut le 27 août 1521. La France, les Pays-Bas, même la Toscane se disputent l’honneur de l’avoir vu naître et, bien entendu, les dates annoncées ne concordent pas, donnent lieu à des variations saisonnières tout autant que musicologiques.

Il est de coutume de présenter Josquin sous les traits d’un compositeur franco-flamand de la Renaissance. A ce mot, chacun pourrait le dépeindre en artiste d’avant-garde. Prudence. Il ne faut pas oublier la recommandation que formulait Johan Huizinga dans son ouvrage fameux, L’automne du Moyen-âge: «Toutes les fois qu’on a essayé de tracer une séparation nette entre le Moyen-âge et la Renaissance, cette ligne de démarcation a semblé devoir être reculée. En plein Moyen-âge on découvrait des formes nouvelles et des mouvements qui paraissaient porter déjà la marque des temps nouveaux et la notion de Renaissance, pour embrasser ces phénomènes, s’élargissait à l’excès. Inversement, une étude impartiale de la Renaissance nous y fait découvrir une persistance du Moyen-âge».

Ainsi le goût du clin d’œil encourage-t-il à classer notre homme dans une certaine continuité.  «Comme la plupart des compositeurs religieux de son temps, peut-on lire dans la toujours jeune «Histoire de la musique» d’Emile Vuillermoz, relue, corrigée par l’excellent Jacques Lonchamp, il introduit dans les Messes non seulement des refrains profanes et parfois même libertins mais toutes sortes d’allusions malicieuses et de préoccupations assez peu liturgiques ». Un point de vue partagé par Maurice Bourbon, qui révèle que la Missa La sol fa re mi prend sa source dans une des répliques favorites du cardinal Ascanio-auprès de qui travailla Josquin : « Lassa far a mi », que l’on peut traduire par «laisse-moi faire». Mais la fascination du compositeur pour une polyphonie de plus en plus complexe l’entraîne du côté de l’innovation, de l’anticonformisme, en un mot de l’avenir.

Maurice Bourbon nous offre les deux messes : La sol fa re mi et Gaudeamus. Il dirige  les deux ensembles qu’il a créés : Métamorphoses, constitué de chanteurs chevronnés, et Biscantor! , un groupe de  jeunes gens qui se forment à l’art vocal.  Ancien ingénieur des mines et chercheur au CNRS, Maurice Bourbon démontre que la connaissance de la science n’entrave nullement la sensibilité. Qu’importe, suivant l’adage de la rose et le réséda, que l’on croie au ciel ou que l’on n’y croie pas. Le chœur ici nous touche au cœur.

Josquin des Prés : « Messes », par les ensembles Métamorphoses et Biscantor ! direction Maurice Bourbon. Label Ligia, distribution Harmonia Mundi.

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