Correspondance de Ravel (I)

Collard plays Ravel 'Le Tombeau de Couperin' - 1. Prélude © newFranzFerencLiszt
L'intégralité des lettres de Maurice Ravel est parue voici quelques semaines. Aux amateurs, aux curieux, à tous ceux que la musique attire, un tel volume apportera de la joie, bien mieux que les livres de pseudo-sagesse qui promettent "365 jours de pensées".

Le travail accompli par Manuel Cornejo, docteur en littérature espagnole, ancien membre de la Casa Velasquez et chercheur spécialiste du compositeur français mérite tous les éloges, la maison d'édition Le Passeur aussi, qui a eu le courage d'une édition complète, agrémentée de multiples index. En un mot tout cela vaut le détour, plutôt deux fois qu'une.

On peut rentrer dans un tel volume par la bande: on cherche un nom qui vous entraîne vers un échange épistolaire. Le billettiste n'a pas manqué de le faire, puisque son grand-père, Henri, surtout son grand-oncle Marius, et le cousin de son père, le célèbre Robert,ont joué Ravel." L'ordre du programme est parfait, écrit le compositeur au pianiste le 11 avril 1924, je le renvoie à votre oncle, qui m'excusera, je l'espère, de n'y pas joindre un mot; "Tzigane" n'est pas encore fini". Quelques jours passent et Robert écrit ces quelques mots à son jeune oncle Marius:   "Mon vieux, je reçois Tzigane, Vois ce que tu peux faire. Mais je te conseille de t'y mettre, copie la partie de violon- et apporte le tout lundi. Nous travaillerons ensemble".  On comprend que Robert ait voulu prévenir Marius, quand on sait l'extrême difficulté de la partition de violon. Et pourtant Marius deviendra le créateur de l'œuvre, avec beaucoup de succès.  

Mais on peut tout aussi bien suivre le chemin de la chronologie. C'est l'émotion qui nous saisit. "Je dépose à vos pieds, suivant la formule, mes hommages les plus respectueux (mais en dedans, c'est bien autre chose que je pense)". Maurice Ravel a vingt ans quand il écrit cette lettre, à quelque femme inconnue de nous. Ces mots, les premiers, révèlent une âme ardente sous le masque des convenances. A la semblance de sa musique.

( A suivre...)

A lire:

"Maurice Ravel, l'intégrale, correspondance (1895-1937)" éditions Le passeur, 1769 p. 45 €

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