Une présence immédiate, portée par un voix forte capable d'exprimer de multiples sensations, l'angoisse et la douleur autant que l'ironie, la colère, il y eut un moment Jean Guidoni. Nous pourrions dire "un climat", référence à l'une de ses chansons. Son premier grand spectacle au théâtre en Rond froissa les cymbales de son apparition sur le devant de la scène, alors qu'il possédait l'essentiel de son art, acquis notamment dans des tournées, en première partie de nombreuses vedettes, en particulier Serge Lama (grâce à un 45 tours dont Jacques Lanzmann avait écrit les paroles, intitulé "Le Têtard").
Il est essentiel ici de dire ce que Jean Guidoni doit à Marcel Rothel. Chanteur devenu l'un des plus proches collaborateurs de Michel Legrand, possédant l'intuition, l'intelligence du métier de la variété, cet homme de l'ombre a su faire naître à lui-même et guider Jean Guidoni. Pendant près de vingt-cinq ans.
Quatre disques enregistrés en studio, un double album public, un 45 tours, on peut dire qu'il s'agit de la grande série Guidoni, qui l'a conduit de 1979 à 1984. Le disque "Tigre de Porcelaine", un tournant périlleux, fut moins remarqué. Durant les années 87-98, l'artiste traversa des périodes incertaines, avant de retrouver Pierre Philippe à l'occasion d'un disque et d'un spectacle formidables, "Fin de siècle".
Jean Guidoni, si talentueux qu'il fût, bénéficia de l'apport de ses compositeurs et de ses arrangeurs-orchestrateurs. On a beaucoup cité, depuis l'annonce de sa mort, Astor Piazzola, qui fut le compositeur de "Crime Passionnel" et de quelques chansons de l'album "Rouge et rose". Il ne faut pas oublier non plus Michel Cywie, qui écrivit les musiques du premier grand disque, "Je marche dans les villes", et Yani Spanos, très grand compositeur de mélodies. Parmi ses arrangeurs-orchestrateurs, on citera le duo Raymond Alessandrini-Yannick Top pour "Crime Passionnel" et "Rouge et rose" d'une part , Matthieu Gonet pour "Fin de siècle" d'autre part.
Un tel artiste aurait pu atteindre de plus hauts sommets...