Correspondance de Ravel (II)

Ravel. Daphnis et Chloé, Suite N°2. NYP. Pierre Boulez. © melomania
Ouvrons l'ouvrage au 27 juin 1909. Maurice Ravel écrit à Marguerite de Saint Marceaux:

"Chère madame,

J'espère qu'on ne m'aura pas trop attendu aujourd'hui. Et pourtant, hier soir, j'avais bien l'intention de venir. Seulement, cette nuit, j'ai été malade à croire que j'allais y passer. Pas bien grave du reste; mais comme je suis rarement indisposé, au moindre accroc, je me figure que c'est la fin. Il faut vous dire que je viens de passer une semaine folle: préparation d'un livret de ballet destiné à la prochaine saison russe. A peu près tous les soirs, travail jusqu'à trois heures du matin. Ce qui complique les choses, Fokine ne sait pas un mot de Français".  

Au milieu de l'ordinaire des jours, voici la première allusion du compositeur à son chef d'œuvre pour orchestre: Daphnis et Chloé. Les saisons- russes ou pas- s'écoulent dans un labeur intense, et l'on sait qu'il faudra plus d'un an pour faire naître la seule bacchanale finale. Le 2 janvier 1912, Ravel, au détour d'une lettre, note - si l'on ose dire: "Je vous lâche, Ma Mère l'Oye me rappelle: une danse, des raccords. Et Daphnis qui n'est pas terminé! ".

Quelques jours après la première, qui eut lieu le 8 juin 1912, Déodat de Sévérac écrit à l'écrivain Cipa Godebski: " J'ai pu, d'une place cachée, entendre Daphnis. Je te charge de dire à Ravel, dont j'ai oublié l'adresse, toute ma joie et toute mon admiration pour cette œuvre ! C'est suave!" Ô, cet adjectif qui vous reste, bien après la lecture de la lettre. Il vient à l'esprit les danseuses, bijoux de pacotille et voiles aux hanches, invoquant le désir sous l'archet des violons. Ravel, à son zénith... (A suivre...)

A lire:

"Maurice Ravel, l'intégrale, correspondance (1895-1937)" éditions Le passeur, 1769 p. 45 €

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.