Que reste-t-il d'un compositeur?
On entend ceux qui l'ont connu de près, tristes à mourir, évoquer l'homme chaleureux, mais redouter en secret l'échéance: "ainsi c'était donc vrai? Nous allons tous être appelés? Même ceux qui vieillissent à merveille?" Oh comme cette chanson désole et berce d'illusions depuis la nuit des premiers temps... Les plus jeunes, armés de printemps, ne connaissent du disparu que les partitions, parfois la silhouette qu'ils voyaient au dixième rang d'orchestre, se lever difficilement pour les applaudir, à la fin d'un concert où, comme on dépose une rose, ils avaient donné l'un de ses concertos- tout un monde lointain.
Quelle que soit la forme de la pyramide de ses âges, en tous les coins du monde, il existe une multitude à qui la disparition d'Henri Dutilleux cause de la peine. Animé d'un regard à la fois scrutateur et fraternel, une élégance de mise, une discrétion qui ne rencontrent plus, Dutilleux nous laisse une oeuvre, une consolation contre toutes les souffrances.
Et c'est bien cela qui, par-delà notre tristesse commune, demeure à la façon d'un talisman.