Bérénice Levet, la philosophe et la musique

Un grand sourire, hier, inondait la ville. A la croisée du Richard Lenoir et de la Bastille on devinait la musique des cœurs amoureux, l’espérance d’un printemps qui se dessine. Comme au coin d’un bois, surgit Bérénice Levet, philosophe et rieuse. Elle a déposé, tout près de la tasse de café, son nouveau livre : Le Musée imaginaire d’Hannah Arendt. Quelques gestes précis, la volonté de présenter au plus juste ses ambitions intellectuelles, puis elle est partie, sans façon.

Restait l’ouvrage sur le marbre du bistrot, parmi les oiseaux, les robes légères et les barmen. En guise d’avant-propos, ces quelques mots: «Allemagne, année 1952. Au cours d’un voyage de cinq mois à travers l’Europe, après Paris et avant d’autres villes européennes, Hannah Arendt séjourne à Munich. Elle assiste à un concert donné par l’orchestre philharmonique. Au programme : l’oratorio de Haendel, "Le Messie", dont elle rend compte à Heinrich Blücher en des termes fervents: "quelle œuvre ! L’Alléluia me résonne encore dans les oreilles et dans le corps. Pour la première fois j’ai compris combien c’était formidable : un enfant nous est né. Le christianisme c’est quand même quelque chose !" Et, dans ses cahiers, elle consigne et commente cette découverte, déposant les ferments d’une notion inédite dans le  vocabulaire de la philosophie, la notion de natalité(…) Détail anecdotique, dira-t-on ? Je ne le crois pas. Que ce soit à l’influence d’une œuvre musicale qu’Hannah Arendt doive l’une de ses harmoniques les plus originales me semble au contraire hautement révélateur de sa démarche, de la façon dont elle a su laisser son imagination de philosophe être fécondée par des œuvres non philosophiques ». Aussitôt, le désir est venu de tourner les pages du livre et d’en partager les richesses.  

Bérénice Levet : Le Musée imaginaire d’Hannah Arendt, Stock, 323 pages, 21,50€

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