Quand on leur demande quels sont leurs compositeurs favoris, nombre de gens répondent: "Jean-Sébastien Bach", alors qu’ils ignorent la plupart de ses partitions. La timidité l’emporte chez eux sur la sincérité, la peur de déplaire en affichant une préférence pour des œuvres populaires les encourage au mensonge. Il faut cependant les comprendre : l’œuvre de Bach est complexe, elle exige une véritable initiation, sans laquelle elle provoque l’ennui ou, pire encore, un sentiment d’exclusion-comme si la musique, en se refusant à la première écoute, se comportait avec mépris.
Voici peut-être une clé- ni de sol, ni de fa, mais de rêve- pour accéder à l’univers de Jean-Sébastien Bach. A sa façon tout à la fois simple et savante, Philippe Lesage étudie le rôle des femmes dans le parcours de l’illustre bonhomme.
Au premier rang, se trouvent la mère, Maria Elisabeth, qui disparaît lorsque l’enfant n’a que neuf ans, puis la tante Johanna Dorothea, qui lui donne la douceur maternelle dont il a tant besoin. Viennent ensuite la première épouse, Maria Barbara, qui soutient son ascension professionnelle et la délicieuse Anna Magdalena, l’héroïne du livre. L’originalité de l’ouvrage tient dans ce désir de dévoiler la part méconnue, mais sans doute essentielle parce que reliée à la sensibilité, de l’un des grands compositeurs qui fût. Plongé dans la vie quotidienne de Bach, au milieu des élèves et des contraintes, le lecteur découvre un travailleur généreux, joyeux, tendre avec sa femme et ses enfants, mais qui n’a rien d’un béni oui-oui. Le sens de l’œuvre se dessine en filigrane, au fil des pages. Quand Jean-Sébastien meurt, c’est pour Anna Magdalena que le lecteur a du chagrin, tant les fils se dénouent d’un amour authentique, intense, dont la musique était le lien le plus fort. Un livre à découvrir séance tenante.
- « Anna Magdalena Bach et l’entourage féminin de Jean Sébastien Bach », Philippe Lesage, Editions Papillon collection 7e note, 304 pages 36€