#FreeAhmedSamir, mouvement étudiant transnational

Tant à donner et tout perdu. Voici l'histoire d'Ahmed Samir, étudiant de 29 ans en maîtrise de sociologie et d'anthropologie, désormais dépourvu de ses droits, et au centre d'un mouvement étudiant éponyme créé par ses collègues de l'Université d'Europe Centrale.

Droits de l'homme, liberté académique, liberté d'expression... Voilà des mots que l'on retrouve bien souvent dans notre vocabulaire, oubliant qu'ils sont bien loin d'être universels.

Tout a commencé le 1er février 2021, quand Ahmed Samir, un jeune étudiant en maîtrise de sociologie et anthropologie à l'Université d'Europe Centrale, s'est vu réveiller à 2h du matin par la police entrant au domicile de ses parents en Égypte et l'arrêtant sous leurs yeux effarés. Rentré de Vienne pour quelques semaines dans le cadre des vacances de fin d'année, Ahmed (et ses proches) n'aurait jamais pu croire que ce moment de retrouvailles tant attendu, au milieu d'une pandémie rendant déjà la vie bien difficile, aurait pris un tel tournant. 

Ahmed est détenu depuis lors dans des conditions inhumaines, dépourvu de tout accès au monde extérieur et dans l'incapacité de communiquer ne serait-ce qu'avec son avocat ou sa famille. Les informations sur ses conditions de détention sont quasi inexistantes, mais on le sait grelottant dans sa cellule, torturé et dépourvu de tout bien. Officiellement accusé par le gouvernement égyptien de participation à des activités terroristes et de partage de fake news sur le net, la vie d'Ahmed est en grand danger.

Toutes les allégations pesant contre lui, bien qu'infondées, ont dépourvu Ahmed de tous ses droits universels. Bien plus inquiétant encore, les vraies motivations derrière son arrestation et sa détention sont en réalité liées à son sujet de maîtrise, qui porte sur les droits de la femme en Égypte, et à son esprit critique envers la gouvernance égyptienne. 

L'histoire d'Ahmed est cependant bien loin d'être unique. Ahmed fait en effet partie d'une liste bien longue d'étudiants et chercheurs égyptiens qui ont poursuivi leurs recherches en Europe de l'Ouest et ont été arrêtés par les forces égyptiennes à leur retour en Égypte. Pour ne citer que quelques noms : Patrick George Zaki, Walid al-Shobaky et Giulio Regeni (ce dernier ayant été retrouvé sans vie en 2016 dans les rues du Caire).

Face à ce drame, nous, étudiants de l'Université d'Europe Centrale, avons décidé de prendre les rênes pour mettre fin à cette tyrannie. Malgré nos difficultés d’organisation liées à la pandémie mondiale, notre mouvement a su faire preuve d'ingéniosité pour rayonner internationalement. Usage des réseaux sociaux, prise de contact avec des médias des quatre coins du monde, organisation de manifestations dans les rues de Vienne, collaboration avec Amnesty International... Nous sommes prêts à tout pour libérer Ahmed. Usant de nos privilèges et de notre capacité à nous exprimer librement, nous demandons à tous ceux qui le peuvent de rejoindre notre cause d'une manière ou d'une autre.

Ahmed est sous détention illégale depuis 25 jours. Nous nous réveillons chaque matin avec la peur au ventre d'entendre de nouvelles informations troublantes sur sa situation, et avec le vain espoir qu'Ahmed se joigne à nous dans la salle de cours sur Zoom. Nous espérons tous ré-entendre son rire, répondre à ses commentaires pertinents et retrouver son sourire attachant. Ahmed n'est pas seulement notre camarade de classe, il est aussi pour beaucoup d'entre nous un ami au grand coeur, toujours prêt à plaisanter, un élève connu par ses professeurs pour son impertinence et son enthousiasme sans faille, et un fiancé qui a tant d'amour à donner à Souheila, sa compagne.

Nous vous demandons donc, chers lecteurs et chères lectrices, de prendre action autant que vous le pouvez pour qu'Ahmed, et tous les autres étudiants et chercheurs partageant son sort, soient libérés. Nous exigeons un plus grand respect des principes fondateurs qui devraient forger notre monde : liberté d'expression, droit à un procès équitable, liberté académique. 

N'hésitez pas à joindre notre cause "Free Ahmed Samir" sur les réseaux sociaux, et à partager l'histoire d'Ahmed. Le temps presse.

 

 

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