Les retraites : Le nez sur le Pivot… la Gouvernance et la Réserve sur le billot

Pendant que nous regardons les "red flags" agités sous notre nez, il se trame quelque chose de beaucoup plus inquiétant, cette réforme des retraites pose des problèmes importants au niveau de notre souveraineté, en matière géopolitique et économique.

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Le sujet de la réforme des retraites est difficile. Il demande à la fois de se plonger dans le passé et de se projeter dans l’avenir. Noyés dans les lignes comptables et le manque d’informations à date, il est fastidieux de mettre clairement cote à cote les régimes dont certains restent très opaques… 



Le nombre de paramètres à intégrer nous embrouille.
Les commentateurs TV, feu le journalisme, nous monopolisent sur des polémiques de surface sans jamais rentrer dans le fond.

Le fond, justement… parlons-en.

Il n’existe à ce jour AUCUNE SYNTHÈSE PUBLIQUE DÉTAILLÉE


On le sait bien, le diable est toujours dans les détails. Un état des lieux et un compte rendu transparent auraient dû accompagner le rapport Delevoye. Ne serait-ce que pour éviter le rejet systématique que l’on connait parfaitement depuis des décennies sur les réformes des retraites, mais au contraire, on a nourrit chaos, inquiétudes et suspicion dans la cacophonie la plus totale.

Après 18 mois d’études par le groupe de travail Delevoye, si ils étaient vraiment pavés de bonnes intentions, on nous devait de la transparence - mais on comprend la malice puisque peu s’aventureront donc à chercher - ainsi surfent les faux arguments et croyances.

Heureusement, qui cherche bien trouve.
Il faut aller lire les rapports des rapporteurs, cachés dans les discussions autour du budget PLF 2020 comme celui ci-dessous, pour constater que même en Commission Parlementaire, on se scandalise de ce goutte à goutte informatif. Ce document, axé sur les fonds de réserve, est riche d’informations, de chiffres actuels et de clarté sur une partie de l’agenda de la réforme même s'il ne porte la voix que d'un pion.

 La partie IMMERGÉE DE L’ICEBERG

Tout le monde s’alarme sur l’âge pivot ou encore sur le manque à gagner des cotisations des salaires les plus élevés, mais ça, c’est le sommet de l’iceberg.

Cette réforme pourrait bien être une pièce maitresse sur un échiquier, qui pourrait être Européen, mais pourrait tout aussi bien être Américain ou Transnational. Cette réforme peut avoir de graves conséquences et nous pourrions y perdre notre souveraineté.

En effet, nos 210 Mds de Réserves toutes cumulées représentent un potentiel énorme.
Même si l’objet de la réforme n’est pas de faire main basse sur tout le pactole, l’objectif est bien, tôt ou tard, de récolter nos excédents année après année pour les placer en capitalisation.

Pour les partisans de la capitalisation, il n’y a pas de mal, mais réfléchissez deux minutes, les enjeux sont beaucoup plus important qu’on ne l’imagine. 



Nous n’assistons à rien d’autre qu’une fusion-acquisition dans les règles de l’art du monde de l’entreprise et de la startup Nation.
On pourrait se dire que regrouper les fonds des retraites, c’est certes pour résoudre un problème de trésorerie et de dette, que cela semble légitime - en apparence. L’esprit plus chatouilleux, se dira que c’est aussi et surtout, une possibilité de mettre la France à genoux.



Si l’on en croit la politique économique du quinquennat, la baisse de l’IS à 25%, ce n’est pas pour les entreprises, c’est pour les actionnaires et regardez bien comment son déploiement coïncide parfaitement à date avec les prochaines élections Présidentielles. Ce que n’ont pas compris les entrepreneurs français, c’est qu’ils seront les dindons de la farce.


D’autre part, ce serait une bien belle façon de soumettre la France au projet fédéraliste Européen, sa fragilisation économique, la réduction de sa capacité à l’autonomie et, que toutes ses entreprises, en tout cas régaliennes, entrent sous la coupe d’investisseurs et de fonds étrangers. C’est vieux comme le monde. Si tu ne peux pas convaincre, fragilise. La France dépouillée, un scénario à la grecque à ne pas exclure.

Alors, soyons prudent. Regardons les talons d’Achille que créent cette réforme.


Quoi de plus facile que de nous soumettre, lorsque notre « Fond de Réserve Universel » sera soumis aux lois du marché, au grès des placements, qu’il sera en laisse, sous l’égide de la finance. Ne vous y trompez pas, il ne s’agit pas de quelques économies de gestion ni de faire du profit. On pourra justifier une baisse de coûts qui s’entend, de meilleurs tarifs sur les lignes de dépenses financières à placer nos billes sur des fonds rodés et « fiables ». BlackRock ou tout autre. En réalité, dès lors que TOUTE notre épargne - les Retraites sur le long terme - sera, gérée de façon centralisée et dès lors qu’elle dépendra de tiers, nous ne serons plus SOUVERAINS.


Vous avez certainement vu le documentaire d’Arte sur BlackRock. On y apprend que notre cher Président et sa Chancelière préférée négocient avec BlackRock la gestion d’un fond européen pour l’investissement en Afrique, dans les pays en développement.

Cette pauvre Afrique qui n’avait pas intéressé le fond jusqu’ici est l’objet de toutes les convoitises européennes. Rien d’étonnant quand on sait que ce fond - qui fait trembler et fuir tous les investisseurs prudents - à la pointe de la technologie, avec sa mega intelligence artificielle Aladdin, est devenu le bras droit de toutes les institutions pour surveiller rien de moins que l’activité des banques, y compris au sein de la BCE.

Ainsi, pour se prémunir d’un nouveau crash 2008, le fond BlackRock, issu du Groupe BlackStone, cette bande de crabes ex-Lehman Brothers & co, connus aussi pour leurs activités « vautours », s'est vu offrir sur un plateau la capacité de scruter tous les petits secrets de l’économie et des banques Européennes, son fond de culotte, toutes ses failles, toutes ses faiblesses. On nous assure la main sur le cœur que cette activité est totalement séparée de celle d'investissement.

A l’heure où on scande qu’il faut être les n°1 du numériques, on confie cette mission à un fond américain ? De surcroit capable de faire effondrer toute l’économie mondiale ? Un fond qui possède tant de parts dans toutes les entreprises mondiales qu’il fausse la concurrence des marchés selon ses propres intérêts ?

Il faut bien comprendre à ce stade comment fonctionnent les fonds dits « vautours », regardez des conférences comme celle de Renaud Vivien, juriste pour le CADTM (Comité pour l'Abolition des Dettes illégitimes, Belgique) organisée au Luxembourg. Elle met en lumière le mal fou qu’ont eu les belges à imposer des règles de protection contre ces fonds et comment ces fonds ont donné le coup de grâce à la Grèce. Des lois qui depuis 2015 ne se sont étrangement pas étendues à l’UE et un sujet que la France traite avec beaucoup de légèreté dans ses Commissions.

Dans le documentaire PUSH, une rapporteure de l'ONU enquête sur les fonds de placement immobilier, et en particulier BlackStone, qui sévissent en ce moment sur le logement des plus pauvres. Pendant que vous dormez sur vos deux oreilles croyant magiquement participer à une noble économie, voilà à quoi sert votre argent, placé dans les fonds de pension et de retraite.

Nous n’avons pas affaire ici à des enfants de cœur

Tout d’abord, ce types de fonds peuvent, et ils l’ont fait, faire du chantage. Si vous ne cédez pas, ils feintent l’erreur ou le retrait - pourris et intentionnels, assez visible pour ceux qui les défient - et vous montrent qu’ils peuvent vous faire perdre beaucoup d’argent.



Auquel cas, en tant que Pays, s’il s’agit des réserves des Retraites, que faites-vous ? Vous avez vos bourses sur le billot. Une fois le doigt dans l’engrenage, quel que soit le gouvernement, il sera impossible de ne pas y perdre potentiellement beaucoup. Que les intentions viennent du fond spéculatif lui-même ou d’un tiers qui lobbyise à travers lui par petits arrangements, ou encore d’un autre Etat ou d’une institution qui souhaite nous pressuriser, les placements à travers ce type des tiers sont un énorme talon d’Achille. Dans le meilleur des cas, nous devenons des pantins, dans le pire des cas, nous perdrons des sommes astronomiques. Echec et Mat.

Ce n’est peut-être pas le projet d’un ancien banquier de chez Rothschild, admettons. Celui-là même qui nous a noblement interjeté qu’il ne prendrait pas sa retraite, et comment ! Un financier a infiltré l’Elysée, un financier retournera à la finance et la finance est transnationale. La France, les Français, toujours à bras ouverts, sont bien naïfs de croire qu'un financier pourrait avoir une âme patriote.

On sait que BlackRock gère déjà des fonds de pensions Allemands. On peut se douter quand même qu’en détenant 18 sociétés du CAC40 françaises (Atos, BNP Paribas, Vinci, Saint-Gobain, Société Générale, Sanofi, Michelin, Safran, Teleperformance, Total, Renault ...) et bien d’autres, on y est déjà jusqu’au cou.

BlackRock recherche à gérer des fonds plus stables que ses iShare qui représentent 50% de son portefeuille, ce qui les rend eux-mêmes à la merci d’une panique de retrait venant de ces fonds de pensions individuels - potentiellement capable de faire effondrer l'économie mondiale. Mais le monstre aux pieds d’argiles grossit comme un trou noir dans l’espace, absorbant de plus en plus d’entreprises, faisant la pluie et le beau temps sur des économies entières.

C’est une énorme vulnérabilité.
Vous verrez dans la réforme de la Suède qu’elle s’en est prémunie, et puisqu’on suit ce modèle, c’est bien étrange que rien ne soit clarifié sur ce point. La gouvernance des retraites et la centralisation des réserves ainsi que leur gestion sont des aspects critiques qui ne sont JAMAIS abordés.

Et c’est très inquiétant.

Nos voisins mieux préparés et pourtant un échec


Le temps prouve que le modèle Suédois est loin d'avoir rempli ses promesses, en tout cas pas coté citoyens, mais je vous invite à regarder comment s’est construite la stratégie du gouvernement Suédois.

La Suède a avancé sur sa propre réforme de façon beaucoup plus préparée, avec un fond de réserve initial de ses deniers de 140 Mds€ en 1999, ce qui avait d’ailleurs inspiré le FRR de Jospin.

 Ce ou plutôt ces fonds sont gérés par 4 entités de gouvernances indépendantes multipartites et avec des missions clairement définies. De plus, les suédois ont instauré des normes de la vie politique et une surveillance de leurs élus qui tendent à plus de transparence et de confiance, là où nous faisons un constat d’échec.

L’État s'ingère dans la gestion de la capitalisation

Tout le monde s’accorde sur le fait que les marchés sont en ce moment très instables.

Nous assistons à la suppression du régime de base au profit de la généralisation du régime des complémentaires à point par CAPITALISATION. Au regroupement des Caisses, des Complémentaires et du FRR, dans le but de changer la gouvernance et la gestion de ces fonds.

Nous assistons à un glissement de main, des partenaires sociaux et du patronat vers l’État et son Parlement, ultime décisionnaire sur le rapport Delevoye, dans une atmosphère de super-concentration des pouvoirs qui feraient se retourner dans leur tombe Rousseau et Bastiat de concert. Nous sommes assis sur un château de carte et, comme pour le climat, une étincelle, volontaire ou accidentelle, entrainera un effet domino sans précédent.

Les citoyens sont en droit de demander la prudence la plus rigoureuse sur leurs Retraites. Aucun français ne sera épargné. Ce projet que l'on s’apprête à passer par ordonnance, coûte que coûte, met en danger la souveraineté de notre pays.

Ce projet semble donc totalement inconstitutionnel au regard de la propriété - ces fonds appartiennent aux Français - tant que ces sujets de GOUVERNANCE ne sont pas clarifiés noir sur blanc et modifiés pour rester notre propriété sans équivoque.

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