Humain Un

À qui parlé-je, quel est mon interlocuteur, mon lecteur ?

Le destinataire de ces mots, idées, points de vue est le plus grand nombre possible, toutefois, je sais (enfin, on m’a dit) que la majorité ne me comprend pas, que j’ai une écriture trop construite, trop littéraire, que j’emplois un vocabulaire qui n’est pas courant, que ma culture est trop grande, que la majorité ne sait rien sur la cosmologie ni sur la théorie du chaos (culture voulant dire que j’en connais au moins l’existence, ce qui par rapport à rien est un monde entier) sauf que je me fais fort d’être le plus clair possible de partir des bases, de ce que nous possédons tous et que je ne pense ne pas trop parler de cosmologie (et ça s’arrête au big bang) quand à la théorie du chaos, c’est seulement pour dire que j’ai une amitié particulière pour le chaos en ce qu’il est la vie, le chaos n’étant pas le désordre mais le jaillissement des possibles. Je ne modifierais pas ma façon de parler, de penser, nous somme au 21ème siècle, « google est ton ami ».

 

Ce que j’essaie de construire par touches successives, éclairant une partie puis une autre, passant sans vergogne du général au particulier, du zoom serré au panoramique le plus large puis d’encore plus loin dans le but de montrer en quoi, pour moi, tout cela est lié. Nous vivons à une époque dans laquelle nous ne pouvons plus faire l’économie de pensée de la courtesse de vue, de la pensé à œillères.


J’ai cette volonté de tout embrasser, tout prendre en compte dans leur complètes complexités, cette tentative impossible de construire une image mentale de

  • je,
  • mon entourage immédiat,
  • lointain,
  • le lieu où je vis,

 

  • les personnes qui l’habitent aussi,
  • le département,
  • ses connections culturelles,
  • économiques,
  • la France,
  • sa place dans le monde,
  • le monde et ses tentions,
  • ses détresses,
  • ses explosions imminentes .

 

Englober tout cela y compris le détail des relations entre ses parts et ses niveaux donne le tournis lorsque je m’y essaye, je pense donc que ce n’est systémiquement pas possible à un être humain d’y arriver.

D’où le puzzle mental que je tente de créer, de décrire, prendre une facette, la regarde attentivement et montrer ses bords, ses limites et voir qu’il n’y en a pas, que c’est comme essayer d’identifier une couleur précise dans un arc en ciel qui est censé les posséder toutes, comment placer le marron ?

C’est ce que je trouve merveilleux, rassurant dans le mouvement des gilets jaunes, les ronds-points ont mis en évidence de manière aussi inattendue qu’inespérée ce besoin primal d’animaux grégaires, le contact, la communion, l’échange, il a montré que ces gens que l’on côtoie de manière forcée lors de toutes nos interactions avec le monde extérieur à soi-même peuvent souffrir des mêmes douleurs, usures, peurs que soi, on y trouve une espèce de joie animale, primale de rencontrer ses pairs, une énergie qui remplis la poitrine et donne un sentiment passager de toute puissance, alors on recommence le samedi suivant. Ces moments d’échanges, de communion élargissent et précisent les points de convergence des maux, ils ne sont pas encore réellement identifiés, en tous cas nommés car ils font peur, augmenter le pouvoir d’achat, rétablir l’impôt sur la fortune, toutes ces mesures qui espèrent rester dans un confort consumériste ou encore, mais surtout pour la plupart, y accéder chassent la proie pour l’ombre, cela reste dans le schéma délétère de l’argent comme valeur première, comme valeur ultime.

 

Je suis conscient de la difficulté (la double difficulté) de ce que j’entreprends, la première est de rendre clair le confus, l’intuitif, le supposé, le diffus, le fragmentaire puis de l’autre côté, la patience, l’effort nécessaire pour arriver à se faire une idée de l’intérieur d’un crâne autre que le sien, déjà que se faire une idée de l’intérieur de son propre crâne n’est pas une sinécure ! J’en suis conscient et n’en ai cure car ce que je tiens à faire passer, cet optimisme objectif au sujet de ce qui constitue la plus positive des issus (à mon imagination) à la situation cataclysmique que nous affrontons tous, toutes et tout.

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