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Front de Libération Décolonial pour un renforcement de la lutte anti-impérialsite et anti-colonial. Pour la libération totale des peuples !
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Billet de blog 25 nov. 2022

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Bases historiques de la lutte pour l'auto-détermination du Sahara occidental

En France, le débat public porte peu sur l’injustice subie par le peuple sahraoui. Les prises de parole des responsables politiques sont rares, la couverture médiatique incomplète et le soutien de la société civile absent. La cause principale de ce silence est la méconnaissance du sujet. C’est pourquoi nous allons revenir à travers cet article sur l’histoire de l’occupation du Sahara occidental.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Avant de se lancer dans les explications historiques, voici les rappels qui nous semblent importants afin de définir le cadre géographique et temporel du conflit et d’apporter des éclaircissements nécessaires à la compréhension de la suite de l’article :

  • Le Sahara occidental est un territoire situé au sud du Maroc, au nord de la Mauritanie et à l’ouest de l’Algérie.
    Carte Sahara occidental
  • Les langues parlées au Sahara occidental sont l’arabe classique, la hassaniya (arabe sahraoui) et l’espagnol
  • Il a été colonisé par l’Espagne en 1884 et est occupé illégalement par le Maroc depuis 1976 (cet article expliquera le caractère illégal de l’occupation marocaine). Nous tenons à préciser à ce propos que nous nous appuyons particulièrement sur le droit international dans le cas du Sahara occidental car il aide à comprendre l’injustice subie son peuple. Cependant, nous n’en faisons pas notre seul prisme de lecture décoloniale : nous soutenons aussi la lutte des peuples lésés par le droit international.

1. La mise en place de l’occupation espagnole (1884-1963)

Pour commencer, il nous faut remonter à 1884, l’année du lancement de la Conférence de Berlin. Elle avait pour but de réunir les différents états européens afin qu’ils définissent les règles de la colonisation de l’Afrique. C’est à cette occasion qu’un mandat a été accordé à l’Espagne pour occuper le Sahara occidental.

Les frontières du Sahara espagnol seront définitivement fixées lors de la signature de la Convention de Madrid le 27 novembre 1912. Elles correspondent aux frontières actuelles du Sahara occidental.

2. Les décisions des instances internationales pour décoloniser le territoire (1960-1975)

Dans la lignée des vagues d’indépendances qui ont frappé l’Afrique à la suite de la 2nde Guerre Mondiale - qui ont notamment été matérialisées par le vote de la résolution 1514 à l’ONU en 1960 garantissant à tout peuple son droit à l’autodétermination – la question du Sahara occidental a été inscrite à l’agenda international. En effet, il a été ajouté en 1963 à la liste des territoires non décolonisés de l’ONU avec l’Espagne en tant que puissance administrante (il est à noter qu’elle le demeure jusqu’à aujourd’hui).

Par la suite, en 1966, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté la résolution 2229. Elle est d’une importance capitale pour le Sahara occidental car, dans l’alinéa 4, elle enjoint l’Espagne à organiser un référendum pour permettre au peuple sahraoui d’exercer son droit à l’autodétermination et de choisir s’il souhaite l’indépendance, le rattachement au Maroc ou bien à la Mauritanie.

Enfin, la dernière décision d’une instance internationale concernant le Sahara occidental sur cette période est le verdict de la Cour Internationale de Justice rendu le 16 octobre 1975. Il fait suite à un avis consultatif demandé par le Maroc et la Mauritanie, qui jugeaient tous deux être légitimes à revendiquer ce territoire en présentant des serments d’allégeance de tribus sahraouies datant de la fin du XIXe siècle. Voici ce qu’il affirme : « Ces liens juridiques entre le Sahara occidental et le Maroc ou la Mauritanie dont la Cour a constaté l'existence au moment de la colonisation espagnole n'étaient pas tels qu'ils puissent justifier aujourd'hui la réintégration ou la rétrocession du territoire sans consultation de ses habitants. » (p.71). Ce verdict prouve à lui seul l’illégalité de l’occupation marocaine en vertu du droit international : pour rappel, selon l’article 38 de son statut, la Cour Internationale de Justice a pour mission de « régler conformément au droit international les différends qui lui sont soumis ». Étant donné qu’elle a acté que les liens juridiques entre le Maroc et les tribus sahraouies n’étaient pas suffisants pour lui octroyer une légitimité à gouverner le territoire, l’occupation qu’il y exerce est tout bonnement illégale. Si même le droit international, d’une grande faiblesse dans le cas des peuples colonisés, est aussi clair sur le cas du Sahara occidental, c’est dire sur la réalité de ce peuple opprimé.

3. L’organisation des mouvements de résistance sahraouie en parallèle des délibérations internationales (1967-1979)

En concomitance avec le traitement de la question sahraouie par les instances internationales, la société civile s’est organisée afin de combattre les colonialismes espagnol, marocain et mauritanien. À cet effet, Mohammed Bassiri (journaliste et leader révolutionnaire sahraoui) fonda en 1967 le Mouvement de libération du Seguia el-Hamra et Oued ed-Dahab. Il se caractérisait par son mode opératoire pacifique, englobant manifestations, grèves et autres formes de contestations civiles. Devant ce gain de force du mouvement d’indépendance sahraoui, le gouvernement de Franco mit en place une répression féroce dont fit les frais ce même Mohammed Bassiri, enlevé le 18 juin 1970 par les forces d’occupation espagnoles à la suite d’une manifestation. Jusqu’à ce jour, il est porté disparu et le gouvernement espagnol refuse catégoriquement de divulguer quelconque information quant à son enlèvement.

Mohammed Bassiri

Suite à ces évènements, la mouvance pacifiste sahraouie perdit beaucoup d’influence au profit des adeptes de la lutte armée. En effet, à partir de 1971, des étudiants sahraouis, sous la houlette de Mustapha Sayed el-Ouali, commencèrent à envisager de libérer le Sahara occidental par la force tout en rejetant une possible ingérence marocaine. Cette réflexion s’est concrétisée le 10 mai 1973 à Said Blahtah (Mauritanie) lorsque Mustapha Sayed el-Ouali fonda le Front Polisario, organisation se voulant favorable à la lutte armée face à l’occupant espagnol et fermement opposée à tout rattachement au Maroc ou à la Mauritanie.

Mustapha Sayed el-Ouali

Bien que l’écrasante majorité des sahraouis avaient pour projet de fonder un état souverain au Sahara occidental, ils étaient divisés sur la manière d’y arriver. Alors que les soutiens du Front Polisario préconisaient la lutte armée comme moyen principal d’action, d’autres croyaient en la possibilité d’un changement institutionnel, notamment via le Parlement espagnol dont étaient membres certains sahraouis. Ces dissensions ont officiellement pris fin le 12 octobre 1975 lors de la réunion de l’Assemblée générale sahraouie à Ain Ben Tili où l’intégralité des participants a affirmé son adhésion au Front Polisario. Jusqu’à aujourd’hui, le 12 octobre est célébré par les sahraouis comme le jour de l’unité nationale.

Cette hégémonie du Front Polisario fut confirmée à échelle internationale en 1979 lorsque l’Assemblée générale des Nations Unies vota la résolution 3437, le définissant comme le représentant du peuple du Sahara Occidental. Jusqu’à aujourd’hui, c’est l’unique organisation digne de ce nom représentant les sahraouis et revendiquant leur droit à l’autodétermination à l’internationale. Ainsi, si vous croisez un jour quelqu’un se revendiquant comme sahraoui qui s’oppose frontalement au Front Polisario et à son projet, vous pouvez quasiment être sûrs que c’est un colon marocain.

 4. De la marche noire au début de la mission MINURSO (1975-1991)

Le 31 octobre 1975, en dépit de l’avis défavorable de la Cour Internationale de Justice, en dépit des recommandations contraires de l’ONU et surtout en dépit de la volonté d’indépendance du peuple sahraoui ; Hassan II, roi marocain de l’époque, lança la marche noire. Durant cette dernière, près de 350 000 colons marocains accompagnés par 2500 soldats envahirent le Sahara occidental. Ils prirent les maisons des sahraouis, tuèrent ceux qui ne voulaient pas s’en aller et contraignirent des dizaines de milliers de personnes à l’exil vers l’ouest algérien et les camps de réfugiés de Tindouf (où l’on trouve jusqu’à aujourd’hui plus de 180 000 personnes vivant dans des conditions déplorables). Le lendemain, la résistance sahraouie commença à s’organiser et le Polisario envoya des combattants depuis le Sud pour contrer l’avancée de l’envahisseur. À cela le Maroc répondit par des bombardements au napalme sur les populations civiles, ce qui accentua l’exode sahraouis. Cet évènement est un véritable traumatisme pour le peuple sahraoui. Quand on se penche sur la violence de l’invasion, les expropriations perpétrées par les colons, l’exil forcé et les méthodes inhumaines utilisées par la force occupante, il est difficile de ne pas faire de parallèle avec la Nakba palestinienne (expulsion de plus de 700 000 Palestiniens de leurs terres en 1948 pour permettre l’établissement de l’Etat d’Israël).

2 semaines plus tard, le 14 novembre 1975, le retrait de l’Espagne et l’annexion du Sahara occidental par le Maroc (qui prit la partie Nord) et la Mauritanie (qui s’empara de la partie Sud) furent entérinés par la signature des accords tripartites à Madrid.

Les accords tripartites devant prendre effet le 28 février 1976, la République Arabe Sahraouie Démocratique est proclamée la veille, le 27 février 1976. Aujourd’hui elle est reconnue par plus de 80 pays à travers le monde et siège à l’Union Africaine.

Suite à la victoire militaire du Polisario à Tichla, la Mauritanie accepte de signer les accords d’Alger en août 1979 : par ce biais elle reconnaît la RASD et abandonne toute revendication sur le territoire du Sahara occidental.

Drapeau Sahara occidental

Après le retrait mauritanien, le conflit continue entre le Front Polisario et les forces d’occupation marocaine, qui se lancent dans la construction du mur de la honte en 1980. Le but étant de sécuriser les territoires déjà colonisés et de diviser le peuple sahraoui (cette volonté de construire des murs pour asseoir sa domination et séparer les populations colonisées est caractéristique des puissances colonisatrices, outre le Maroc, d’autres régimes coloniaux tels qu’Israël ou l’Inde ont mis ce genre de pratiques en place). Le mur est achevé en 1987 et découpe le Sahara occidental de la manière suivante :

Carte mur de la honte

En 1991, après 15 ans de conflit armé entre le Maroc et le Front Polisario, un cessez-le-feu est signé sous l’égide de l’ONU. La condition pour qu’il voie le jour est l’organisation d’un référendum que le Maroc s’engage à mettre en place auprès de l’ONU : c’est le début de la mission MINURSO.

5. La situation actuelle

Jusqu’à aujourd’hui, le référendum promis au peuple sahraoui n’a pas eu lieu. C’est ce qui a amené en 2021 à la fin du cessez-le-feu. Il est aussi important de noter que jusqu’à maintenant, les sahraouis sont divisés en 4 parties :

  • Ceux qui vivent dans les territoires occupés par le Maroc
  • Ceux qui vivent dans les territoires libérés par le Front Polisario
  • Ceux qui vivent dans les camps de réfugiés dans l’ouest algérien
  • La diaspora, majoritairement présente en Espagne

Enfin, le dernier évènement marquant est le revirement de l’Espagne le 18 mars 2022 en rupture avec sa traditionnelle position de neutralité. En effet, ce jour-là, le président Pedro Sanchez a officiellement apporté son soutien au plan d’autonomie marocain. Cette information n’est pas à prendre à la légère étant donné que l’Espagne est jusqu’à aujourd’hui la puissance administrante au Sahara occidental, c’est donc un véritable coup dur pour l’autodétermination du Sahara occidental.

Mais malgré les contretemps, malgré la répression, malgré l’injustice, le peuple sahraoui nous a montré par le passé qu’il a toujours su se relever. Comme l’a écrit Mohammed Bassiri dans la dernière lettre qu’il a envoyée à son peuple depuis la prison : « No sólo somos nómadas/en nuestra tierra de Tiris,/ también somos nómadas/en los caminos más amargos de la Historia… » (Nous ne sommes pas seulement nomades dans notre terre de Tiris, mais aussi dans la traversée des chemins les plus amers de l’histoire).

Cet article, plus qu’un rappel historique, est un manifeste du soutien actif du Front de Libération Décolonial au peuple sahraoui. Que vive sa lutte pour l’autodétermination et que vive le Front Polisario !

Sources

https://www.youtube.com/watch?v=747QcZPvGfI&authuser=0

https://www.lemonde.fr/archives/article/1979/08/07/la-mauritanie-et-le-polisario-signent-un-accord-de-paix-definitive_2772413_1819218.html

https://www.icj-cij.org/public/files/case-related/61/061-19751016-ADV-01-00-EN.pdf

 https://www.un.org/dppa/decolonization/en/nsgt

 http://www.rulac.org/assets/downloads/GA_Res_2229.pdf

 https://publicaciones.defensa.gob.es/media/downloadable/files/links/P/D/PDF69.pdf

 https://documents-dds-ny.un.org/doc/RESOLUTION/GEN/NR0/378/98/IMG/NR037898.pdf?OpenElement

 https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Conférence_de_Berlin

 https://www.larousse.fr/encyclopedie/autre-region/Sahara_occidental/142024

https://peacemaker.un.org/sites/peacemaker.un.org/files/MA-MR-ES_751114_DeclarationPrinciplesOnWesternSahara%28fr%29.pdf

https://documents-dds-ny.un.org/doc/RESOLUTION/GEN/NR0/154/06/PDF/NR015406.pdf?OpenElement

https://www.lemonde.fr/international/article/2022/03/18/l-espagne-et-le-maroc-mettent-fin-a-une-brouille-diplomatique-majeure-liee-au-sahara-occidental_6118181_3210.html

https://minurso.unmissions.org/background

https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_du_Sahara_occidental#/media/Fichier:Western_Sahara_situation_January_1976.svg

https://www.humanite.fr/sites/default/files/styles/1200x675_full/public/images/photo_1320693777304-1-0-512x296.jpg?itok=blbcvVuz

https://www.lemonde.fr/archives/article/1991/09/07/le-cessez-le-feu-est-entre-en-vigueur-au-sahara-occidental_4039994_1819218.html

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