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Billet de blog 27 mars 2014

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L'auteur derrière le livre

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Faites ce test autour de vous, demandez : « Savez-vous qui est Vercors ? ». Je ne suis pas sûr que vous fassiez un tabac ! Mais si tel est le cas, continuez à interroger votre interlocuteur : « Pouvez-vous me citez l’un de ses livres ? ». À coup sûr la réponse fusera : Le silence de la mer. Car si ce titre est connu, son auteur l’est beaucoup moins d’où l’intérêt de cette biographie : Vercors. L’homme du silence qui vient de paraître. Elle est signée d’Alain Riffaud, un universitaire du Mans.

   À l’état-civil, Vercors (1902-1991) s’appelait Jean Brüller. Son père, d’origine hongroise, avait rejoint Paris à pied en 1879, à quinze ans à peine, attiré par la France, son mode de vie, sa littérature, l’esprit des Lumières. Naturalisé français en 1895, Lajos devenu Louis Bruller (notez que le tréma sur le i a disparu) adhère au parti radical-socialiste et devient militant de la « Libre Pensée ». Professionnellement, il fonde la même année les éditions Bruller-Politzer, sise avenue du Maine dans le 14e. L’épouse, Ernestine, institutrice, vient du Berry. L’époque marque l’apogée de la IIIe République et de ses hussards noirs.

   Quant au fils, Jean Bruller, il sera formé à l’école alsacienne protestante de Paris. Plus tard en 1923, année de la mort de Barrès, il obtiendra un diplôme d’ingénieur. Mais son auteur préféré c’est le rival de Barrès, Anatole France dont il illustre L’Île des pingouins. Á partir de là, Alain Riffaud raconte avec talent un parcours qui conduit Jean Bruller à participer à des albums pour la jeunesse, tel Patapoufs et Filifers, à devenir dessinateur industriel chez André Citroën, illustrateur pour Nathan ou à vivre de publicités commerciales. Il dessine aussi beaucoup dans des revues pendant "les Années folles".

   Les années trente débute pour lui par un mariage, mais le krach de Wall Street en 1929 ne laisse présager rien de bon pour la suite. Mussolini règne déjà en maître à Rome tandis qu’un ancien et obscur petit caporal autrichien se prépare à devenir chancelier d’Allemagne. Jean Bruller rejoint alors l’équipe de Vendredi, un hebdomadaire proche d’un Front Populaire élu sur un programme qui a promis le pain et la paix ; Gide, Chamson, Guéhenno et Paul Nizan y collaborent, que de belles âmes ! Pendant cette montée des périls Jean Bruller demeure pacifiste, et ce n’est qu’après les accords de Munich de 1938 qu’il sera favorable à une intervention militaire de la France. Là, sa vie va basculer.

   Mobilisé, la veulerie de Pétain face à l’ennemi : « C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat » conduit Bruller à écrire dans la revue clandestine « La Pensée libre » ainsi que dans Les Lettres françaises. Puis, ce sera Le silence de la mer, rédigé pendant l’été 1941, premier livre paru aux Éditions de Minuit créée avec Pierre de Lescure par celui qui signe désormais du pseudonyme de Vercors : il a découvert le massif alpin pendant sa courte période de guerre. Le récit est très largement autobiographique, un officier allemand s’était installé chez le couple Bruller à Villiers-sur-Morin où Jean-Pierre Melville tournera en 1949 le film adapté du livre.

  Plus tard encore cet homme engagé participera à la commission d’épuration et deviendra président du C.N.E. (Comité National des Écrivains) et, à ce titre, compagnon de route du parti communiste. Hostile à la C.E.D. (Communauté européenne de défense), il sera à la pointe des combats anticolonialiste : Algérie, Vietnam. Puis, en Europe, aux États-Unis, en Chine : « Il voyagea. Il connut la mélancolie des paquebots »…

   À lire cette biographie érudite on ne peut que rapprocher Vercors de Jean Moulin : même penchant de jeunesse pour le dessin humoristique, même engagement dans la Résistance, même filiation radicale (nourrie d’un procès en crypto - communisme) via le père. Alain Riffaud, qui n’échappe pas toujours aux travers du name-dropping, aide à découvrir, et c’est son mérite, derrière le livre l’auteur.

  Mais si seul Le silence de la mer est vraiment connu du public – pour le reste on consultera la foisonnante bibliographie en annexe du livre - Vercors, de 1941 à sa mort, n’aura jamais cessé d’écrire aidé en cela par son retrait, dès 1957, de l’engagement politique actif. Autre silence de Vercors.

→ Alain Riffaud, Vercors. L’homme du silence, éditions « Portaparole », Rome, 2014  

                                      @Michel Frontère blog Mediapart

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