Francis Dupuis-Déri, je suis féministe mais je ne rentre pas dans tes cases.

Lettre à Francis Dupuis-Déri

 

Dans un article, disponible ici http://www.erudit.org/revue/rf/2008/v21/n1/018314ar.html, Francis Dupuis-Déri considère que « cinq hypothèses permettent d’expliquer au moins partiellement le choix et l’engagement proféministe de certains hommes : 1) un désordre d’identité sexuelle; 2) une éthique égalitariste; 3) l’affection à l’égard des femmes; 4) l’intérêt et la recherche d’avantages; et 5) l’influence du féminisme. »

 

 

Si son argumentaire semble complet et plein de bon sens, il reste qu’il m’a laissé perplexe. Doit-on considérer que seules ces 5 hypothèses méritent d’être retenues ? N’est-il pas possible d’en envisager d’autres ?

Par ailleurs, ces hypothèses le conduisent à reconsidérer la pertinence des engagements qui en découlent. « Malgré leurs bonnes intentions, l’engagement des hommes proféministes recèle toujours un potentiel problématique pour des féministes et que c’est le rapport de force créé et entretenu par des féministes qui pousse des hommes à se dire proféministes et qui limite les effets négatifs de leur engagement. »

 

Il en irait donc des hommes comme des êtres non réfléchis, qui seraient féministes par opportunisme où par obligation sociale, avec un pouvoir de nuisance potentiel ou avéré et qu’il faudrait surveiller en quasi permanence.

 

Francis Dupuis-Déri va plus loin encore quand il considère que « Quant aux quelques hommes proféministes, il serait sans doute préjudiciable qu’ils se regroupent et agissent collectivement, car le rapport de force des féministes à leur égard serait alors moins avantageux ». Il nie ainsi toute légitimité aux hommes de confronter leurs idées, leurs opinions féministes, ne leur permettant pas alors de progresser et de s’améliorer.

 

Il conclue par « Les féministes devraient donc se méfier des hommes proféministes et se donner des mesures pour se prémunir contre leur influence néfaste. ». Francis Dupuis-Déri a-t-il réellement servi la cause féminsite en écrivant cet article ? N’a-t-il pas, au contraire, agit dans le sens contraire de ce qu’il serait utile d’envisager ? Les femmes devront donc encore longtemps considérer les hommes commes des ennemis ou de potentiels nuisibles ?

 

Aux 5 hypothèses de Francis Dupuis-Déri, je souhaite ne ajouter 2 autres : 1) la capacité d’empathie ; 2) l’estime de soi

 

La capacité d’empathie :

 

Dans aucune des cinq hypothèses de Francis Dupuis-Déri il n’est envisagé que l’homme féministe ne ressente à l’égard des femmes, victimes des hommes, une éventuelle empathie. Une capacité à ressentir ce qu’elles ressentent. Francis Dupuis-Déri semble considérer qu’un homme, lorsqu’il s’engage dans un combat, ne le fait que parce qu’il y trouvera un avantage en retour. En aucun cas, il ne lui semble possible qu’un homme puisse s’engager pour une cause dont l’éventuelle victoire ne lui apportera rien. Pire même, qui lui sera néfaste lorsqu’elle aboutira.

 

L’estime de soi :

Qui, devant une injustice dont il a conscience et contre laquelle il est en mesure d’agir, ne le ferait pas s’il ne souhaite pas ensuite lutter contre lui-même et une potentielle mauvaise conscience ? Un combat politique ou philosophique doit-il toujours être mené par les victimes d’un oppresseur sans que certains des oppresseurs n’aient le droit légitime de quitter leur rang pour rejoindre celui des victimes ?

 

 

A Francis Dupuis-Déri je pose une simple question : Quel but recherchez vous en amenant ainsi au sein de la réflexion féministe, à un moment de son histoire où, enfin, des hommes les rejoignent de façon évidente et active, une suspicion sur leur motivation et leur légitimité.

 

Si vous aviez été là en 1848, auriez vous nié à Victor Schoelcher toute légitimité pour combattre et faire abolir l’esclavage ?

 

De même, comment expliquer l’engagement associatif ou politique de la plupart des écologistes, autrement que par une prise de conscience, une estime de soi, une empathie avec les victimes, toutes les victimes, des erreurs de leurs contemporains ?

 

La réponse que j’imagine de Francis Dupuis-Déri est dans le « au moins partiellement » de sa présentation. Il lui sera aisé de dire, que certes oui, mes deux hypothèses sont également plausibles, mais les siennes également. Ce qui me semble, personnellement un biais délibéré de raisonnement. Afin de valider sa conclusion, Francis Dupuis-Déri a choisi de limiter ses hypothèses à celles qui lui correspondent.

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