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Billet de blog 6 avr. 2012

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La chienne, la calculatrice et l'assistante sociale

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Hier, Jeudi 5 avril, l’Usine nouvelle mettait en ligne un dossier intitulé « les 100 du numérique ». En soi, l’initiative est plutôt à souligner puisqu’elle est sensée mettre en avant, au travers de 100 personnes, le poids de l’activité dans l’économie française. Le sous titre l’exprime d’ailleurs très bien : « Un million d’emplois, 148 milliards d’euros de chiffre d’affaires et plus de 8% du PIB. Qui oserait encore douter du poids du numérique dans l’économie française ? »

Les portraits sont, dans l’ensemble, intéressants et nous font découvrir parfois des personnes dont le public ignore l’existence.

Bref, initiative louable.

Cela étant, pour un regard un tant soit peu féministe, sans pour autant être jusqu’au-boutiste, la très faible présence de personnalités féminines doit nous interpeller. On n’y retrouve que 7 femmes (reléguées dans les dernières pages du dossier). 7% de femmes dans les professions du numérique ? S’il est fort possible qu’elles y soient en minorité, il paraît hautement improbable que la proportion soit si faible. A titre d’exemple, chez une profession historiquement masculine comme celle de pompier (effectif : 250 584)  on dénombre 20300 femmes, soit 8 % de l’effectif.

En France, qu’elles soient cheffes d’entreprise (21 %), ingénieures (17 %), informaticiennes (environ 25%) nous constatons que la proportion de femmes dans les diverses secteurs concernés est de trois fois supérieure à leur taux de citation dans l’article.

Ce matin, la rédaction du journal, à publié une réponse aux critiques émises par la blogueuse Sophie Gourion et par les journalistes des Nouvelles News ainsi que Par Fadhila Brahimi dans les commentaires de l'article.

Cette réponse est elle-même un archétype des réponses aux critiques similaires qui sont faites chaque fois que le nombre de femmes est drastiquement inférieur aux nombre d’hommes dans un colloque, une émission de radio ou de télé, un palmarès : "nous avons cherché, mais nous n'avons pas trouvé".

Par ailleurs, la veille, au cours de quelques échanges sur twitter, le rédacteur en chef évoquait le fait que ce dossier avait été rédigé par deux femmes, ce qui, sans doute, à ses yeux donnait une meilleure crédibilité au sérieux de ce palmarès.

Donc revoyons les arguments de défense de l'article :

« Le dossier est du à deux femmes, il ne peut donc être sexiste. » Malheureusement, il l’est. Etre femme ne signifie pas avoir conscience de servir le sexisme ordinaire. (Le sexisme ordinaire étant celui du quotidien, inconscient. Comme par exemple quand le serveur du restaurant présente la carte des vins à l’homme). Ce type de sexisme n’est pas individuellement blamable, il est du en grande partie à notre éducation, mais il tient à chacun d’en prendre conscience et de faire en sorte qu’il ne nuise pas à nos actions.

« les femmes sont sous-représentées dans ce domaine » Oui, nous le savons. Mais elles sont trois fois plus nombreuses en réalité qu’elles ne le sont dans le dossier.

« on a cherché mais on a pas trouvé » Ma réponse est simple. Le travail de recherche a été mal fait. Il y a 20 à 25 % de femmes qui vivent du numérique, des associations existent, des réseaux également. Les contacter, prendre le temps d’approfondir les recherches, lancer des appels est toujours possible. Cette réponse est purement inacceptable, même si elle est sincère. C’est celle de l’enfant qui casse malencontreusement un vase avec son ballon puis nous dit « ce n’est pas ma faute » alors qu’il s’agit d’un problème de comportement de sa part et non pas de celui du ballon.

Une autre solution était possible.

Il m’a été répondu sur le site des Nouvelles news (discussion dans les commentaires) qu’il s’agissait aussi de mettre des femmes en avant. Une solution très simple était possible. Mettre en avant autant d’hommes que de femmes. Il n’y a que 7 femmes ? Ne choisissons que 7 hommes !

Pourquoi ce nombre de 100 ? Pour faire un beau titre ? Certes, mais si cela ne donne qu’un contenu critiquable, il est peut-être raisonnable de repenser les choses.

Le second point qui est également criticable dans ce dossier, ce sont les qualificatifs attribués aux 7 femmes en regard de ceux attribués aux hommes.

Elles ne sont pas citées à l’instar des hommes du dossier, comme maîtresse à penser, Théoricienne, En avance, Inventrice, Créatrice, Reine, Dragonne, Meilleure, Cerveau, Dopeuse, Mère, Génie, Architecte, Cheffe, Etc.

Mais alors pourquoi ces qualificatifs tels que "chienne de garde" (Isabelle Falque-Perrotin) ou "assistante sociale" (Christine Balagué) ? Voire une absence de qualificatif pour Virginia Cruz : "ingénieur" (qui n'est d'ailleurs pas féminisé en "ingénieure")ou Laure de la Raudière : "Parlementaire" (ni sénatrice, ni députée...) ou même un double sens subtil ( ?) pour Catherine Rivière : "super calculatrice".

7 femmes, mises en avant d’une bien étrange façon….

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