Je suppose que tu n’as jamais été violé.
Moi si.
C’est un homme qui t’écrit, un homme violé par une femme un soir de sa dix-septième année, un viol qu’il n’a jamais signalé. Ni à ses parents, ni à une quelconque autorité.
Il n’y a pas eu besoin d’une arme ce soir là, ni couteau, ni pistolet. Un peu d’alcool, un peu de drogue et me voici dans un lit, semi comateux. Quelques images, quelques visions me restent de ce qu’il s’est passé ensuite. Et me reste celle du réveil, de la sortie de l’ombre de la nuit. De cette femme, jeune, allongée à mon coté, satisfaite et repue.
Et me reste l’écœurement. La honte. Le dégoût.
On se remet. On se remet de tout. Le dégoût est passé. J’ai bientôt cinquante ans et j’ai une jolie vie. Mais j’ai passé trente ans à cacher ce viol. A en avoir honte. Parce que les copains à qui j’en ai vaguement parlé ont trouvé ça « cool ». Parce que j’ai cru, bêtement, que j’étais un peu coupable de mon viol. Parce que je pensais que certainement, sans doute, j’avais du dire, j’avais du faire penser que j’étais consentant.
Cher Ivan Levai. Tu n’es qu’un vieux schnock. Tu as beaucoup vécu mais tu n’as rien compris.
Cher Ivan Levaï, ce soir, c’est toi qui me dégoûte.