Ça s'est passé comme ça.

On était une bande de potes, des filles et des garçons. Une bande sans chef mais F. était quand même un peu celle qui nous entraînait dans nos pérégrinations. Une jolie fille, avec du charisme et du vocabulaire. Mais pas vraiment une fille sympa.

J’avais 17 ans, presque 18. Je vivais mes premières amours, des aventures adolescentes, ou le désir sexuel nous illusionnait sur la sincérité de nos sentiments. J’avais une jolie gueule, peu d’acné et j’étais un mec cool. Bref, pas trop de souci pour avoir une copine dans les bras ou dans mon lit de temps à autres. Et aucun désir pour F.

Il y a eu cette soirée chez le pote de la copine d’un pote… Quelque chose de ce genre.. Où vers 2 heures du matin je suis allé m’allonger sur un lit dans une chambre. Le gin et le shit avaient eu raison de mes forces ce soir là. J’ai du m’endormir vite, je pense.

Flash : son visage au dessus du mien. Les cheveux battant l’air.

Flash : ma queue prisonnière d’un étui tiède, une brûlure qui m’irradie le ventre.

Flash : je me sent jouir, ses mains pèsent sur mes épaules.

Quand je me suis réveillé, elle était là, à coté de moi dans le lit. Je m’étais allongé seul, en gardant mon slip et je me réveillais nu à coté de F.

Je me suis levé, j’ai récupéré mes vêtements et me suis rhabillé. J’ai filé dans la cuisine prendre un café, je me sentais nauséeux et sale. Souillé.

Il y a deux potes dans la cuisine, il se marrent en me voyant. Ils me sortent deux ou trois conneries sur elle. « Bon coup ? », « T’as pas du beaucoup dormir.. », « B. va être jaloux… »

Ils ne comprennent pas pourquoi je fais la gueule.

Elle rentre dans la cuisine, lance un « Salut ! ». Pipo et Mario lui sourient et répondent « Salut » en chœur. Elle passe derrière moi, s’installe à la table, se sert un café dans un verre, me lance un regard qui se veut malicieux et me dit « C’était bien, hein ? ». J’ai fermé ma gueule. J’ai pas dit un mot tout le temps où je suis resté là-bas. J’avais honte de moi et je la détestait.

J’ai pas revu trop la bande ensuite. Rarement,  j’en ai parlé à des hommes, toujours ils ont trouvé ça cool. Un super fantasme. C’est le truc dont rêvent tous les mecs apparemment. Se faire violer par une femme. « La meuf, tu peux lui faire tout ce que tu veux, c’est elle qui en redemande ». Il y a eu celui qui ne me croyait pas « Comment tu pouvais bander si tu étais bourré ? » Ben, si, j’étais bourré, mais ça ne m’empêchait pas de bander…

J’en ai parlé à une femme avec qui j’ai vécu. « C’est pas un viol, t’as pas dit que tu voulais pas. ». JE NE VOULAIS PAS, BORDEL ! Mais je n’étais pas en état de dire quoi que ce soit…

Un jour je l’ai dit à une copine avocate. Elle m’a demandé si j’avais joui. J’ai répondu que oui. « Alors t’as pas été violé ». Je crois que cette avocate, cette femme, est une vraie conne.

Alors merci, merci à celle qui m’a enfin entendu un jour et qui m’a permis de pouvoir l’écrire aujourd’hui.

Je voudrais dire, à toutes celles et ceux qu’on n’a pas cru, qu’on ne crois pas, que je sais ce qu’ils, ce qu’elles, ressentent. Et je leur souhaite de trouver un jour quelqu’un qui, comme pour moi, les écoutent vraiment, sans tout ramener à leurs préjugés à la con.

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