Les célébrations liturgiques, particulièrement les messes du dimanche et des fêtes religieuses au cours de l'année civile, constituent pour les enfants croyants des points des repères dans l'agencement du temps social et introduisent l'alternance du temps sacré (le temps festif) et le temps profane (le temps du travail ou du jeu). Mais ce qui intéresse encore bien davantage les enfants ou adolescents ce sont les célébrations liturgiques "initiatiques" marquant entre 8 et 14 ans les moments, considérés comme étant importants, dans la vie de l'enfant dans notre société. La "première communion" (Sans) marque l'entrée dans "l'âge de raison", pour l'Eglise catholique l'enfant est appelé à participer activement à l'eucharistie. La "confirmation" et la "communion solennelle", chez les catholiques comme chez les communautés protestantes, se situent à l'entrée dans l'adolescence (12 à 14ans), ces dernières cérémonies marquent l'entrée dans une vie où on est jugé capable de prendre des décisions en connaissance de cause. L'enfant est appelé à renouveler les engagements que son parrain et sa marraine ont pris pour lui à son baptême et est confirmé comme membre à part entière de la communauté chrétienne. Pour l'Eglise l'enfant devient comme un adulte responsable, devant Dieu, de ses actes.
Les enfants non baptisés, qui ne font pas partie de la communauté chrétienne, se sentent parfois frustrés de ces cérémonies initiatiques dont les croyants parlent avec une certaine fierté parce qu'elles sont l'occasion d'une fête en leur honneur. Soulignons à ce propos, qu'à notre connaissance, les tentatives du parti communistes de substituer en Alsace, à ces célébrations religieuses, une "fête initiatique" laïque, ont fait long feu! A leur entrée à l'école primaire, la quasi totalité des sujets interrogés, quels que fussent leurs antécédents religieux familiaux, nous ont dit avoir été intéressés, pendant une période plus ou moins longue, par ce qui se disait aux cours d'enseignement religieux, très rares ont été ceux qui n'ont jamais suivi cet enseignement. Pour un enfant de six ans placé dans le contexte résumé et rappelé plus haut, un enseignement qui affirme l'existence d'un Dieu qui "sait tout" et "comprend tout" et qui "nous aime", et qui laisse entendre que la religion est capable d'expliquer l'origine du monde, de la vie sur terreMais cette croyance naïve s'étiole parce que battue en brèche par les enseignements scientifiques et les expériences personnelles de l’enfant. Nous avons remarqué, tout particulièrement dans les milieux familiaux non croyants ou même non pratiquants, que les enfants doutent sérieusement de la véracité des miracles et abandonnent,du moins mettent en suspens, souvent après l'âge de 10 ans, la croyance en Dieu dans la mesure où ils prennent conscience que leurs prières adressés à Dieu ne servent à rien, que Dieu ne les écoute pas, que la religion raconte des histoires, comme la Création des hommes et de la terre par Dieu, qui sont en contradiction avec les découvertes de la science. Bon nombre d'entre eux prennent conscience, que le Dieu des chrétiens est,plus ou moins, une "invention" purement humaine au même titre que les divinités chez les Grecs ou Bouddha chez les Hindous...Mais bien curieusement, nous avons aussi remarqué, que chez beaucoup de sujets aussi bien adultes qu'enfants ou adolescents, certains vestiges de leurs premières croyances persistent, et il n'y a qu'un nombre relativement restreint de personnes, une récente enquête d'opinions les situe 10% de la population française, qui deviennent radicalement et franchement athées.
La religion chrétienne s'articule dans un langage et des pratiques dont la Bible malgré tous les anachronismes évidents représente l'axe de référence.L'immense faculté d'adaptation dont a fait preuve le christianisme, c'est sans doute son originalité, qui lui a permis de se maintenir depuis bientôt deux mille ans, et d'avoir encore voix au chapitre, les Saintes Ecritures, tout particulièrement les Evangiles, laissent le champ ouvert aux attitudes les plus contradictoires, attitudes dont la religion chrétienne offre au cours de son histoire une panoplie complète qui va de l'intolérance et du sectarisme qui convertit et baptise des populations entières conquises au Nom du Christ, qui passe au fil de 1'épée les "infidèles" récalcitrants, à la "sollicitude bienveillante" pour tous les hommes, quelles que soient leurs croyances.
Mais dans son "ouverture" au monde, dans son acceptation de la "différence" il y a une limite bien définie qui marque nos mentalités bien au delà de tout acte de foi, les hommes se sentent, dans leur immense majorité, contraints par des "interdits" qui confèrent à la réalisation de leurs désirs le goût amer d'une transgression coupable. La religion chrétienne a contribué aussi au fait que l'homme, au lieu de vivre pleinement dans le présent,se projette dans le futur comme s'il avait une dimension d'éternité, c'est en ce sens qu'elle est constitutive d'une culture, la nôtre, essentiellement projetée dans l'avenir avec ce besoin souvent frénétique de "conquêtes" qui a généré, certes,des découvertes scientifiques, mais aussi et surtout cet impérialisme qui se manifestait hier dans les entreprises coloniales et qui prend aujourd'hui le masque de l'humanisme chrétien conquérant qui impose aux peuples son "nouvel" ordre moral. L'Eglise a mené, aux côtés des démocraties occidentales, une lutte acharnée contre toute expression de la révolte, et bien sûr contre toute révolution qui comme le communisme Aujourd'hui, la victoire des "forces démocratiques" sur le communisme que l'Eglise considérait comme 1'incarnaion du Mal, s'inscrit bien dans le cadre d'un certain renouveau du christianisme. La « mort du communisme » célébrée en grande pompe par nos "maîtres à penser" officiels qui nous rabâchent leurs "idées nouvelles" qui ne sont; en fait, que des "antiennes" puisées dans les Saintes Ecritures. De fait, la mise au pilori de nos utopies libertaires des années soixante-dix, le retour triomphal de toutes les idées réactionnaires du XIXe siècle nous laissent le goût amer d'un échec d'autant plus grave, que par une bien curieuse inversion, on nous tient des discours sur l'ouverture et le droit à la différence, sur la libération des oppressionsDans la réalité quotidienne, "l'ouverture" consacre le triomphe de la pensée unique, la "modernité" signifie le retour au XIXe siècle où la revendication du droit des travailleurs était une injure à la dignité des maîtres comme cela apparaît dans les paraboles des "ouvriers de la vignes" où le patron décide d’une façon arbitraire des salaires données aux « ouvriers » Le christianisme, aujourd'hui comme hier, agissant toujours en étroite liaison avec les pouvoirs en place, nous impose au nom du "bien commun" l'esprit de sacrifice, et fait croire que la voie royale du désir, la vraie liberté passe nécessairement, comme nous l'enseigne le Christ, par la soumission, quoiqu'il en coûte, à la Volonté du Père.