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Billet de blog 2 février 2010

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LETTRE "ouverte" au journnal "le Monde"

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Francis Grislin

29 Avenue de Normandie

67100 STRASBOURG

A

Monsieur Robert Solé

Médiateur au journal : le Monde

Monsieur,

Dans votre article « Notre ami Nicolas » (le Monde du 21 et 22. 05. 2006) vous nous donnez une « Défense et Illustration » flagrante de la critique essentielle que je me suis permis,à plusieurs reprises d’adresser au journal le Monde, journal qui a passé du stade de journal de référence s’adressant aux « intellectuels de gauche », (un journal pour « intellectuels petits bourgeois » , comme on disait dans les années 70), à celui d’un journal du genre « Ici Paris » qui fait de la retape du côté des « petits bourgeois » en nous vantant les mérites du libéralisme , « un capitalisme à visage humain » pour mieux épingler tout ce qui de près ou de loin a du socialisme communisant quelques apparences.

Les exemples du genre se trouvent dans les critiques contre : la corruption dans les pays de l’Est, la dictature cubaine, les Chavez et Morales et autres personnages qui entravent l’épanouissement de la démocratie. Ces genres de morceaux de bravoure sont quasiment le pain quotidien des journalistes attitrés qui sous la direction de Jean – Marie Colombani se lancent avec une certaine unanimité dans les ELOGES DE LA DEMOCRATISATION à la sauce américaine, il est vrai parfois avec quelques petites réserves d’usage.

Pour ce qui concerne mon message, dont vous citez quelques extraits, vous escamotez l’essentiel, pour vous lancer dans des considérations qui n’ont pas grande chose à voir avec l’objet de mon courrier.

Certes, j’ai bien écrit que le Monde s’était lancé, avec « l’Affaire Clearstream » dans une campagne de propagande pour Sarkozy pour épingler la « chiraquie », mais ce qui me paraissait bien plus grave et hautement significatif, c’est bien l’escamotage fait par les médias, dont le Monde, des fonctions de « lessiveuse d’argent sale » de « Clearstream », caisse de dépôts et prêts qui fait circuler l’argent en toute liberté. J’insistais surtout sur le fait que cette libre circulation des biens, dont nos médias, en particulier le Monde, vantent les mérites, est mille fois plus nuisible que la libre circulation des personnes pour laquelle nos « journalistes » n’expriment au mieux qu’une compassion dégoulinant de cette morale chrétienne qui s’est substituée au droit et à la justice pour tous.

Sachant que « le Monde » est le « torchon » bien lavé et repassé au service de l’idéologie dominante, plus précisément au service de ses « bienfaiteurs », vous n’imaginiez quand même pas, étant donné votre qualité et votre fonction, que moi simple lecteur, enseignant retraité, j’ai pu un seul instant penser à une remise en cause et encore moins à une réorientation éditoriale de ce quotidien qui fait en toute bonne conscience son travail de propagande au service de ceux qui le font vivre : les organismes financiers en tous genres et tout loin derrière les abonnés qui ne sont, en fait, qu’un faire valoir pour les tarifs de vos publicités

S’il m’arrive parfois de vous écrire, c’est tout simplement pour vous laisser entendre que malgré le matraquage médiatique, il y a des gens qui sont encore capables d’avoir de l’esprit critique, dont ils tiennent, de temps à autre, sans trop d’illusion, de vous en faire part dans le courrier des lecteurs.

Dans un de vos écrits, sur votre fonction de médiateur, il me souvient que vous aviez souligné que , votre journal ne pouvait être « parfait », mais que vous cherchiez à être à l’écoute des lecteurs, j’en prends acte.

Monsieur, pour éviter tout malentendu et m’attirer des réflexions qui n’ont pas de sens, dans la mesure où elles « personnalisent » l’objet de mes critiques, ou tendraient, comme cela arrive souvent dans le milieu journalistique, à présenter un adversaire politique soit comme un « doux rêveur », un « idéaliste » dans ses idées d’un autre temps ou d’une autre époque, je tiens à préciser qu’à aucun moment il ne me viendrait à l’idée de souhaiter trouver un « journal irréprochable », je sais bien que la perfection n’est pas de ce monde, pas plus que dans un autre. Si je suis et reste abonné à ce quotidien depuis plus de quarante ans, c’est, en partie, parce qu’il me donne des indications sur l’état de santé de notre démocratie qui s’oriente vers…, s’englue dans une morale de plus en plus gluante que vous nous tartinez à longueur de pages sur le refrain bien connue de la « violence » dans les quartiers pour justifier, d’une certaine façon la violence de l’Etat républicain.

Si j’ai bien compris la fonction du journalisme, c’est de veiller au maintien du 37° 6, signe d’absence de fièvre dans une démocratie et de rendre les gens attentifs à toutes les grippes aviaires ou autres, pour que les pouvoirs prennent des mesures sanitaires rassurantes.

Votre mot d’ordre pourrait se résumer en ces termes : « Informer sans chercher midi à quatorze heures. Informer honnêtement, en toute « objectivité » sans trop se poser de problèmes sur les origines des « malheurs ».Surtout ne jamais justifier la « violence », chose intolérable dans une démocratie, comme la France. Ne jamais faire oublier que nous avons la chance de vivre dans une démocratie, alors que d’autres gémissent sous le joug des dictatures….

Pour revenir à « l’Affaire Clearstream » ce qui est pour moi en cause, c’est l’affirmation péremptoire de ce souci d’objectivité affiché par Monsieur le Directeur du journal « le Monde », ce souci de l’information la plus complète des lecteurs qui, comme l’écrivait Jean-Marie Colombani, aurait pu être perturbée par des perquisitions policières dans vos locaux, alors que vos informations se résument dans cette « affaire » à un certain nombre de ragots, des « papiers égarés » qui escamotent la vraie nature de « Clearstream ». Comme je vous l’écrivais, cette affaire est un peu la cousine germaine de « l’Affaire Dumas », qui si je ne m’abuse a été le premier scoop, genre « Ici Paris », prélude à la « modernisation » de l’information, si chère à Jean-Marie Colombani.

En fait, ce qui est pour moi en cause, c’est bien le passage du journal le Monde à un journal où les « affaires » sont traitées en fonction de leur « rendement » en terme de marketing, apparaissant et disparaissant en fonction des opportunités, la personnalisation se substituant à une analyse politique sérieuse et argumentée .Hier vous faisiez la promotion de Sarkozy, demain ce sera le tour de Ségolène ou de quelqu’un d’autre, peu m’importe ! Ce qui est en cause, c’est que « cela se vend » comme s’il s’agissait d’une savonnette dont on nous présente les « qualités » dans une succession de messages publicitaires de plus en plus envahissants comme aux USA

Je pense que, alors qu’on nous proclame urbi et orbi, la fin des idéologies, notre société n’a jamais été autant cadenassée dans une IDEOLOGIE UNIQUE TOTALISANTE, pour ne pas dire totalitaire, qui impose sa LOI, basée sur la SOUMISSION LIBREMENT CONSENTIE à nos valeurs de civilisation, laissant à la marginalité ou à l’esprit critique une fonction de décorum rassurant pour ceux qui détiennent le pouvoir, inquiétant pour ceux qui sont les victimes d’un ordre moral qui en toute bonne conscience sanctionne, souvent sévèrement, les excès

Pour terminer permettez-moi de vous faire remarquer, que vos commentaires sur Nicolas Sarkozy s’inscrivent bien dans cette dérive de « personnalisation de la politique » qui met en cause certaines mesure prises par ce « Monsieur » sans pour autant faire une analyse politique sérieuse de ses orientations politiques fondamentales, orientations nocives de mon point de vue, sans doute inéluctables du point de vue de votre journal qui « pédale » à longueur de temps sur le thème de la « nécessité des réformes »

Si je peux trouver légitime que votre journal se fasse le porte parole de la propagande antisocialiste sur le thème la « modernisation », mais vous franchissez un pas, à priori nullement justifié, quand vous la décrétez comme étant « inéluctable et nécessaire pour le bien public », et que vous traitez de passéistes rétrogrades ou d’utopistes attardés, ceux qui, comme moi, considèrent ces « réformes » comme une régression sociale qui nous ramène dans les marécages du XIXième siècle.

Je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées

Francis Grislin.

PS

Mes critiques vous paraîtront, sans doute, excessives, non justifiées, mais je tenais tout simplement à mettre les choses au point en réaction à votre citation me concernant..

Je tiens à préciser que « le Monde » comporte bien sûr des articles dignes d’intérêts, et ce n’est pas par masochisme que je continue à y être abonné !!!

J’apprécie tout particulièrement les pages « Décryptages »

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