Lettre ouverte à Phililippe Val : La pornographie mémorielle et "Accords de paix

PORNOGRAPHIE MEMORIELLE

Je ne m’étendrai pas sur la couverture de votre « torchon » satirique intitulée : « LE CERVEAU DE DIEUDONNE : UN POINT DE DETAIL », ni sur vos analyses psychologiques où la cuistrerie fait bon ménage avec des considérations racistes bien chaloupées, mais je me permettrais tout d’abord de relever que quand Dieudonné parle de : « pornographie mémorielle de la Shoah » il ne fait que reprendre des analyses faites par Norman G. Finkelstein , universitaire américain dont père et mère ont subi l’épreuve des camps nazis, qui dénonce vigoureusement et d’une façon très argumentée l’utilisation de la Shoah par le sionisme dans : « L’industrie de l’Holocauste »

Pour Finkelstein, l’industrie de l’Holocauste transforme la mémoire d’Auschwitz en caution idéologique et en marchandise rentable. Le système idéologique de l’Holocauste repose sur deux dogmes centraux :

· l’Holocauste constitue un événement historique catégoriquement unique

· Il représente le point culminant de la haine irrationnelle des Gentils contre les Juifs.

Cette sacralisation situe l’Holocauste en dehors de l’Histoire , ce caractère unique de l’Holocauste, ce droit sur les autres représentent pour l’Etat d’Israël un alibi précieux, puisqu’il lui donne le droit de se considérer comme spécialement menacé et donc justifié à utiliser tous les moyens pour sa « survie » qui n’est en réalité que l’accomplissement du projet sioniste clairement énoncé par :

.Yosef Weitz, directeur du Fonds national juif en Palestine, membre du très laïque parti socialiste définit dès 1941 le projet sioniste qui rallia tous les dirigeants sionistes , projet auquel Sharon se propose, avec le soutien des USA d’apporter sa touche finale

« Entre nous, il doit être bien clair qu’il n’y a pas de place pour deux peuples dans ce petit pays . Si les Arabes s’en vont, il sera libre et ouvert pour nous. Si les Arabes restent, le pays restera étriqué et misérable. Quand la guerre sera finie et que les Anglais l’auront, quand les juges siégeront sur le trône de la Loi, notre peuple doit présenter ses besoins et ses droits, et la seule solution est la Terre d’Israël, ou au moins la partie occidentale de la Terre d’Israël (c’est à dire la Palestine) sans les Arabes. Il n’y a pas de compromis possible sur ce point. Jusqu’ici l’entreprise sioniste a fait du bon travail en préparant la création de l’Etat hébreu. Jusqu’ici on pouvait se contenter « d’acquérir » des terres, mais ce n’est pas cela qui fondera l’Etat d’Israël. Cela doit se faire d’un seul coup comme la Rédemption .Et il n’y a pas d’autre moyen que de transférer les Arabes d’ici vers les pays voisins et de les transférer tous ; à l’exception peut être de Bethléem, Nazareth et la vieille ville de Jérusalem, nous ne devons pas tolérer un seul village, une seule tribu. Le Transfert doit se faire vers l’Irak, la Syrie ou même la Transjordanie. Nous trouverons pour cela l’argent qu’il faut, beaucoup d’argent. Ce n’est que grâce à ce transfert que le pays pourra accueillir des millions de nos frères et la question juive sera résolue. » (Mon journal et Lettres aux enfants Y. WEITZ)L’idée du « transfert » des Palestiniens n’est donc pas liée à « l’extrémisme », ni aux « terrorisme palestiniens » mais s’inscrit bien dans l’idéologie sioniste mise en pratique dès la création de l’Etat hébreu sans que Israël ne débourse un seul shekel

Pour ce qui pourrait être la « dimension pornographique de cette célébration de l’Holocauste à Auschwitz »,60 ans après la libération du camp nazi, elle pourrait se situer aussi dans la présence du cardinal Lustiger qui ne s’est pas contenté d’une présence discrète mais s’est cru obligé de « pousser sa chansonnette compassée sur le thème « plus jamais ça » alors que L’Eglise sous la papauté Pie XII, pape élevé par Jean Paul II au rang de Saint homme, apporta son soutien à Hitler dans sa lutte contre : « le judéo- bolchevisme ».

On pourrait aussi s’interroger sur cette célébration bien tardive au moment même où Israël aimerait mettre, tranquillement un « point final » au projet sioniste, par un « Accord de paix » qui signifierait un enterrement en seconde classe du peuple de Palestine et de ses droits légitimes. A entendre le Président de l’Etat hébreu évoquer les menaces qui pèseraient aujourd’hui sur le peuple juif, on ne peut s’empêcher de penser qu’il s’agit bien d’un délire paranoïde où l’on prête aux autres ses intentions et ses pratiques mortifères.

LES VAUTOURS DE LA PAIX

De votre éditorial : « Les vautours de la paix » je me permets de citer, pour information, quelques morceaux choisis hautement significatifs : «L’antisémitisme bien que mutant sans cesse avec la société qui le produit, garde une constante : il reste une idéologie de boutiquiers mégalomanes…Les antisémites d’aujourd’hui vivent grassement sur un merveilleux produit d’appel : le conflit israélo-palestinien. Depuis la mort d’Arafat et la reprise du dialogue entre le président palestinien et le premier ministre israélien, il craignent qu’une horrible paix ne les prive des dividendes de haine, lesquels, investis dans les banlieues françaises et dans les milieux branchés, ont un rendement performant…. Une cohabitation, voire collaboration pacifiée entre les deux peuples priveraient d’arguments tous ceux qui ont prudemment dissimulé leur haine du Juif derrière un amour circonstanciel du Palestinien… Sans le savoir, en paniquant dans leur caca régressif , ils nous annoncent des jours meilleurs. Comme les grenouilles qui, en montant l’échelle, annoncent le beau temps, comme la colombe qui ramène dans son bec le rameau d’olivier, comme l’arc – en –ciel qui annonce la réconciliation des hommes et des dieux, le fait qu’ils se mettent eux-mêmes dans une posture suicidaire – l’idéologie qui les habitent entretient toujours une forte relation avec le suicide – est de bon augure. La menace qui fait perdre toute mesure aux Thénardier médiatiques de la guerre au Moyen – Orient, c’est précisément la paix qu’appellent de leurs vœux la plupart des vivants. Que les détrousseurs de cadavres la pressentent au point d’y voir leur banqueroute prochaine est un message d’encouragement pour les négociateurs. »

Monsieur,

S’il y a des vautours qui planent c’est qu’il y a des cadavres dont la puanteur rappelle étrangement les « Accords d’Oslo » qui ont permis à Israël de doubler de 1993 à 2000, avec la bénédiction de l’Autorité palestinienne qui avait mis au frais les « terroristes » palestiniens en échange de quelques arpents de terres rétrocédés l’Autorité Palestinienne, à titre provisoire et sous condition d’allégeance à Israël .Quant aux Thénardier, détrousseurs de cadavres, ils ne sont pas médiatiques mais sont bien plus trivialement des colons juifs qui attendent de s’installer tranquillement dans les implantations que leur réserve Israël avec l’assentiment de l’Autorité palestinienne

Certes, la plupart des vivants appellent de leurs vœux la paix, mais une paix équitable ne peut s’établir que dans le respect des droit légitimes des Palestiniens qui sont , au minimum, définis par les résolutions de l’ONU dont les principales sont :

  • la résolution 194 qui exige le droit au retour des réfugiés palestiniens que Israël récuse totalement au prétexte de son « droit à l’existence comme Etat du peuple juif »
  • la résolution 242 qui exige d’Israël le retrait des territoires occupés, résolution à propos de laquelle Israël mégote au prétexte qu’il ne s’agit de tous les territoires occupés, bien que le préambule de cette résolution votée près la guerre des Six Jours, condamne dans son préambule toute acquisition de terres par la force armée.

Alors qu’on célébrait dans une certaine euphorie en 1993 les Accords israélo - palestiniens, dans un article publié dans l’Ecole Emancipée nous faisions état de nos inquiétudes en analysant les « Accords d’Oslo » comme :

UNE CAPITULATION EN RASE CAMPAGNE DES PALESTINIENS !

La poignée de main entre Arafat et Rabin nous a été présentée comme un moment historique d’une importance capitale, comme un acte de courage des « deux frères ennemis » : un prélude à une paix juste et durable. Les inquiétudes des uns sont vite balayées par des sophismes du genre : « Rien dans ce monde n’est parfait, il faut bien faire un premier pas après tant de sang versé »…. L’hostilité farouche des autres est vilipendée, honnie, mise au pilori. De fait, « le naufrage du bateau OLP », sabordage dicté par d’autres aux Palestiniens s’avère être, à la lecture des « accords d’Oslo et de la réalité du terrain, une reddition sans condition.L’abandon par les Palestiniens de toute référence à la résistance, à la lutte contre « l’occupant israélien », nous est présenté comme un préalable nécessaire à toute discussion avec Israël ! La colère des colons et des « extrémistes » israéliens apparaît comme la preuve de la bonne volonté des dirigeants israéliens. De ce fait, dans la logique implacable de nos ardents « pacifistes », tous ceux des Palestiniens qui crient à la trahison ne peuvent être que des fanatiques classés dans la catégorie « Hamas » contre lesquels la mise hors d’état de nuire devient, au nom de la paix, un devoir sacré. L’ardeur mise en branle par nos médias et nos intellectuels humanistes dans cette campagne de propagande et cette promotion de la « volonté de paix » d’Israël, nous laissent perplexes. Les bonnes intentions affichées par Israël nous rappellent cruellement que : « l’Enfer est pavé de bonnes intentions », que les bonnes intentions sont toujours mauvaises parce qu’elles n’engagent pas vraiment ceux qui les profèrent et surtout, en cas d’échec, excluent la reconnaissance quelconque d’une faute. Tout ce beau monde qui célèbre avec ferveur cette « espérance de la paix » semble avoir complètement oublié, qu’il ne peut y avoir de paix juste et durable quand l’un des partenaires (les Palestiniens) est sommé de déposer ses armes, alors que l’autre (les Israéliens) reste sur son pied de guerre et se donne tous les droits dans la poursuite de sa politique de répression arrogante au nom de sa sécurité et de son droit biblique aux représailles.Yitzhak Rabin résume en deux phrases lapidaires cette situation : « Nous sommes prêts à tendre une main aux Palestiniens, mais dans l’autre main nous tenons notre fusil, le doigt appuyé sur la gâchette, prêt à faire payer sept fois plus tout acte de terrorisme palestinien . En aucun cas il ne peut être question d’un Etat palestinien indépendant et souverain»

Israël n’a cédé en rien

Une analyse sérieuse des accords israélo-palestiniens nous montre bien que Israël n’a fait aucune concession sérieuse, et en tout état de cause, ces accords paraissent même nettement moins bons que ceux proposés par Begin en 1979 à Camp David. A ce propos, il faut dénoncer cette vision simpliste qui oppose la politique expansionniste du Likoud à la volonté de paix des Travaillistes. Il faut avoir la mémoire bien courte pour oublier que c’est le gouvernement travailliste de Lévy Eshkol et Igal Allon qui dès 1967 a lancé la politique de colonisation, conformément au projet sioniste, dans une guerre voulue par Israël et présentée comme une « guerre défensive » par la propagande sioniste, alors que, à moins de croire au « miracle », aucune menace sérieuse ne pesait sur l’Etat hébreu.

En fait, Israël n’a rien cédé à part sa reconnaissance, comme représentant du peuple palestinien, d’une OLP moribonde et discréditée par son soutien à Saddam Hussein, une OLP qui s’est sabordée en renonçant à la résistance armée, à la libération des territoires occupés, dans l’espoir de tirer quelques avantages dans la collaboration avec l’ennemi. Dans cette logique de collaboration et de soumission au Diktat israélien, il est tout a fait normal que Rabin et son compère Pérès refusent, à priori, d’envisager la création prochaine d’un Etat palestinien indépendant.

Une trahison !

L’Intifada incarnait le droit à la résistance, l’OLP sous la direction d’Arafat tord le cou à cette résistance en condamnant, à priori, tout acte de résistance alors que Israël continue à occuper Gaza et la Cisjordanie. Il faut aussi noter que la majorité des implantations coloniales des territoires occupés resteront, dans la mesure où le « plan d’autonomie » viendrait à son terme, sous juridiction israélienne. En outre Israël puise son eau dans toutes les nappes phréatiques de Cisjordanie et prend 80% de l’eau pour ses colonies ou ses propres besoins.

Les discussions prévues dans ces « accords » sur les résolutions 242 et 338 se présentent comme si ces résolutions de l’ONU accordaient aux Israéliens des droits sur la Cisjordanie, alors que dans leur préambule, conformément à la Charte de l’ONU, toute acquisition de territoires par la violence et la guerre est condamnée.

En échange de cette reconnaissance par Yitzhak Rabin de l’OLP comme partenaire de futures négociations dans le cadre du processus de paix au Moyen – Orient, l’OLP par la voix de Yasser Arafat « renonce à recourir au terrorisme et à tout autre acte de violence et assumera sa responsabilité sur tous les membres et personnels de l’OLP afin de garantir leur acceptation, et s’engage à prévenir les violations de sa parole donnée et donc à sanctionner les contrevenants ».Dans les « accords d’Oslo », tout se présente comme si Israéliens et Palestiniens étaient sur un pied d’égalité dans le partage des « territoires occupés » Rabin et Pérès peuvent déclarer avec une incroyable impudence sans que cela dérange ces « apôtre de la paix » : « Il ne peut être question que Israël tolère l’existence d’un Etat palestinien indépendant, c’est à dire disposant d’une armée et d’une politique étrangère indépendante d’Israël, et les difficultés d’une autonomie accordée aux Palestiniens résident dans le partage d’un territoire qui n’est pas homogène… » En résumé, le maintien de l’essentiel des implantations coloniales dans les « territoires occupés » semble devoir faire partie des « acquis » que les Israéliens ne sont pas prêts à remettre en cause ; l’armée israélienne n’entend même pas se retirer des tous les bouts de territoires où les Palestiniens auront justes le droit de s’occuper des ordures ménagères, du maintien de l’ordre public, de l’état civil, de l’éducation et du tourisme.

Pour Israël : « Il est entendu que, subséquemment au retrait israélien, Israël continuera à être responsable de la sécurité extérieure, de la sécurité intérieure et de l’ordre public des implantations et des Israéliens Les forces de sécurité israéliennes se maintiendront dans la bande de Gaza et la zone de Jericho, le retrait prévu n’est donc qu’un redéploiement, « les forces militaires et les civils israéliens pourront librement utiliser les routes à l’intérieur de Gaza et de la zone de Jericho » ce qui laisse clairement aux Israéliens la souveraineté sur les « territoires autonomes » et donne toute latitude aux forces israéliennes de sécurité de poursuivre et de tuer le Palestiniens rebelles, au nom de la « sécurité d’Israël et de la sauvegarde de la paix ».

Par ailleurs, si les Israéliens peuvent se déplacer librement sur l’ensemble de la Palestine, les Palestiniens resteront soumis aux contrôles tatillons et humiliants dans les « territoires occupés », et sur tout le territoire d’Israël. Les forces de police palestiniennes mise en place sous le contrôle israélien et, suprême générosité d’Israël, armées par le gouvernement israélien, sont priés en toute logique de collaborer avec le Shin Beth.

Une politique de collaboration

Les Palestiniens qui, par la violence, osent s’opposer à cette sinistre mascarade sont publiquement désignés comme des criminels, des agresseurs inconscients des enjeux de cette « paix », et la sévère condamnation par Yasser Arafat de l’assassinat d’un colon juif préfigure cette « politique de collaboration aux allures vichystes voulue par Israël » dont le but est bien d’annihiler toute forme de résistance du peuple de Palestine. Pendant ce temps là, l’armée israélienne et le colons juifs poursuivent leurs exactions aussi bien dans les territoires occupés que dans le Sud Liban, les raids de représailles faisant toujours partie intégrante de la politique sioniste.Yasser Arafat, figure légendaire du « héros » de la résistance palestinienne, se dissout dans ce compromis qui a dilapidé les potentialités de l’Intifada en échange de quelques vagues promesses qui n’engagent et n’obligent en rien Israël, promesses qui ont donc toutes les chances de ne pas être tenues. En tout état de cause, il s’agit bien là d’un acte de trahison et une injure à tous ceux qui sont morts pour que vive le peuple de Palestine dans la dignité et non pas de cet état de soumission pitoyable auquel les convie Arafat !Un nombre important d’Israéliens, qui militent pour la paix entre Palestiniens et Israéliens, une paix qui ne remet pas en cause leurs rapines, leurs « acquis coloniaux » ,et qui pensent que cela suffit à leur bonheur, ne s’y trompent pas, pour l’écrivain Oz Amos : « l’accord israélo – palestinien représente la deuxième grande victoire du sionisme ». Cet « accord de paix » se situe bien dans la politique du « fait accompli » et confère à la « Guerre des Six Jours » la dimension que la propagande israélienne n’a cessée de lui donner . Il pérennise au nom du « droit à la sécurité d’Israël» à la fois la pérennisation de la confiscation des terres palestiniennes par Israël depuis 1948 en plus des territoires accordés par le plan de partage de l’ONU, met entre parenthèse « le droit au retour des réfugiés palestiniens » , et surtout reconnaît à Israël le droit d’ingérence dans les affaires palestiniennes ! Nous ne répéterons jamais assez, une paix juste et durable ne peut se réaliser dans des négociations où les dés sont pipés par le statut spécifique d’Israël, statut qui lui confère le droit de se moquer comme d’une première chemise des règles les plus élémentaires du droit international , et la soumission servile de dirigeants palestiniens en échange de quelques arpents de terre et de promesses bien aléatoires , n’est vraiment pas de bon augure .

Seule la lutte armée de Libération nationale menée par les Palestiniens peut faire plier Israël et contraindre l’Etat hébreu à satisfaire toutes les revendications légitime du Peuple de Palestine (L’Ecole Emancipée N° 7. 1.2. 94)

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