Théâtre à Strasbourg

Atelier-spectacle de sortie de l'Ecole du TNS

Le Vice-consul

  Pour les élèves du Groupe 41 de l'Ecole du TNS ce spectacle signifie  la fin de leur cursus d'apprentissage et leur entrée dans la vie professionnelle. C'est sous la direction d' Eric Vigner qu'ils  se sont engagés dans ce travail, véritable hommage à Marguerite Duras dont on célèbre le centenaire de la naissance.

Durant plus de deux heures nous avons suivi les jeunes acteurs  dans une prestation  sobre et engagée comme habités par cette écriture si particulière, si dense de l'auteur.

Marguerite Duras , aimée de ceux qu'on aime, détestée par  certains critiques incapables de sentir la finesse de sa pensée, les intuitions profondes qui la hantaient sur la solitude de notre être et sur les difficultés de notre rapport au monde.

C'est avec beaucoup de justesse que le spectacle commence par un rappel dans le cadre d'une  cuisine ordinaire des propos qu'elle pouvait tenir  sur la nécessité de changer, de bousculer,   d'anéantir un ordre établi et parfaitement insupportable. Les quatre comédiennes vont et viennent tout en préparant une soupe comme Marguerite Duras aimait le faire pour ses amis. Elles  réfléchissent, se concertent, bien déterminées à proclamer leurs idées avec la fougue de leur jeunesse. Une sorte de moment de bravoure bien conduit, enthousiasmant, marquant les prises de positions politiques  de l'auteur, sa colère.

Dans une deuxième partie suggérée par quelques changements du décor, simples déplacements de table ou de sièges  réalisés  à vue par les acteurs eux-mêmes, nous entrons dans l'histoire qui se déroule aux Indes et qui place l'amour du vice-consul pour Anne-Marie Stetter, la femme de l'ambassadeur à  Calcutta comme emblématique de ces amours absolues et impossibles. Cette histoire est croisée, entremêlée avec celle de la mendiante, la jeune fille pauvre que sa mère rejette, qui marche pendant dix ans, traverse Le Siam pour arriver un jour à Calcutta.

 Les jeunes gens qui  représentent le personnel de l'ambassade apparaissent  en costume noir, impeccables dans leur tenue, il en est de même pour l'ambassadeur, l'attaché et le vice-consul, eux dans leur costume blanc. 

Ils ne joueront pas leurs personnages, fidèles en cela à ce que préconisait Marguerite Duras qui a écrit dans "La vie matérielle", "Le jeu enlève au texte, il ne lui apporte rien, c'est le contraire, il enlève de la présence au texte, de la profondeur, des muscles, du sang". Livres à la main, ils lisent des passages extraits des ouvrages "Le vice-consul" et "India song", ils arpentent le plateau,  se croisent, se regardent, s'ignorent parfois, toujours sobres et réservés dans leurs déplacements, leur gestes.

Cela n'empêche nullement de laisser monter l'intensité dramatique car ce qui est rapporté , esquissé, suggéré par moultes détails de la vie  misérable, indécente de la mendiante, nous finissons par le voir intérieurement et sa dureté nous oppresse. Une comédienne tourne sans cesse, passant et repassant derrière les hauts grillages qui, en fond de scène,  coupent le monde en deux, rappel, discret et pertinent de cette marche infinie, épuisante.

Plus tard apparaît le vice-consul, nous apprenons les événements qui l'ont poussé à tirer sur des malheureux atteints de la lèpre et l'ont obligé à quitter Lahore pour Calcutta où l'ambassadeur doit décider de son sort. C'est là qu'il remarque Anne -Marie Stetter et s'en trouve épris irrésistiblement. Au cours de la réception à l'ambassade, il essaiera  de lui parler, de demander son aide, on ne sait ce qu'elle pense, ce qu'elle ressent. Elle reste dans la grâce, l'élégance et comme songeuse Plus tard,  il criera pour qu'on le garde auprès d'eux, auprès d'elle, et sera pris pour un fou.

Il n'est sans doute pas facile d'interpréter tant d'intériorité, les jeunes comédien ont parfaitement  pris en charge cette nécessité de retenue sans pour autant nous faire oublier les émotions qui les tourmentent.

Cette prestation très maîtrisée est tout à l'honneur de ce groupe 41  dont les noms et les fonctions méritent tous d'être

 cités puisqu'elle va constituer leur viatique pour entrer dans la vie professionnelle.

A la dramaturgie, Thomas Pondevie.

La scénographie et les costumes sont signés Anne Sophie Grac et Ingrid Pettigrew

Les maquillages et coiffures, Charles Chauvet

Les lumières, César Godefroy

Le son, Marco Benigno

Le  plateau, Marianne Pierré, Léa Maris, Julie Camus et la régie générale, Ondine Trager 

Enfin voici la distribution concernant le jeu: Elissa Alloula, Manuela Beltràn, Luca Besse, Claire Boust, Pierre Cévaer, Florian Choquart, Isabel Aimé Gonzalez Solà, Iannis Haillet, Matthias Hejnar, Caroline Menon-Bertheux, Romaric Séguin et Heidi Zada.

Quant à nous ces retrouvailles avec Marguerite Duras nous a bien sûr donner envie de nous replonger dans son oeuvre, inépuisable.

Marie-Françoise Grislin       

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