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Billet de blog 9 décembre 2009

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ISRAËL "Les bonnes manières de TSAHAL"

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« Je vais te tirer une balle dans la tête »
Par Roy Bard

International Solidarity Movement
Check-point d'Asira,
Lundi 28 avril 2003

Nous avons appris les détails, ce matin, sur la «rétention» d'un civil français par les soldats israéliens dans la Vallée d'Asira, juste à la sortie de Naplouse. Sa rétention a consisté à être menotté, les yeux bandés et une arme placée contre sa tête, et emmené dans une jeep, conduit dans une colonie proche, être interrogé puis relâché sans avoir été arrêté ou accusé.

Le message est clair, nous ne sommes pas les bienvenus dans la vallée d'Asira, un check-point où les ISM ont travaillé pendant plusieurs mois, et vu les villageois être terrorisés par un ensemble de soldats à pied, de soldats en jeeps et en camions militaires. Les villageois sont souvent retenus pendant des heures, sans avoir accès aux toilettes, à l'eau ou à la possibilité de se protéger du soleil ou de la pluie. Ils sont souvent obligés de retourner comme ils sont venus - soit du village, soit de Naplouse. Souvent, ils ne se rendent compte de la présence des soldats que quand des snipers sur les collines se mettent à tirer, leur uniforme étant difficile à repérer au milieu de la verdure du printemps.

Les internationaux ont passé beaucoup d'heures avec les personnes retenues, négociant pour elles, téléphonant à des organisations de droits humains et au commandant d'armée pour essayer de comprendre les raisons obscures et souvent inexplicables des actions des soldats omniprésents sur les lieux.

Souvent, les villageois sont retenus pendant des heures puis relâchés, sans avoir vérifié leurs sacs. Beaucoup de soldats n'ont pas de véhicules de soutien, ils savent qu'ils ont affaire à une population civile non armée et frustrée. Ils nous ont souvent dit que c'était une zone militaire fermée: ce n'est pas vrai. Souvent, ils nous ont menacés d'arrestation. Jusqu'à hier, ils ne l'avaient pas fait. Souvent, ils nous ont tiré dessus: nous avons considéré ces tirs comme étant des tirs d'avertissement et nous sommes restés.

Maintenant les choses ont changé :

Nous avions décidé qu'un groupe irait pique-niquer dans la vallée. Nous voulions affirmer notre droit d'être là. Quelqu'un doit surveiller la misère journalière infligée aux civils d'Asira.

Nous avons pris un taxi qui allait sur la colline Sabatash, armés de nos houmous, haricots, falafels, oranges, bananes, pitas et eau. Sur la colline, nous avons retrouvé plusieurs Palestiniens qui voulaient descendre dans la vallée avec nous. Ils savaient qu'il y avait des soldats là-bas. Ils savaient que des personnes avaient déjà été retenues et qu'on leur avait refusé la permission de retourner chez eux.

Nous avons descendu la colline, un groupe de trois Anglais, trois Italiens, un Sud-Africain, un volontaire médical du Comité de soutien médical et des femmes et hommes palestiniens.

Tout semblait tranquille comme nous approchions de la maison dans la vallée. Puis une des femmes de la région a pointé le doigt: les soldats sont là, cachés dans les buissons devant la maison. Nous avons marché lentement vers eux. Un «méchant» sort et salue un des internationaux par son nom: «Pourquoi est-ce que tu viens ici?», dit-il. «Tu sais que je t'ai dit que je vous arrêterais si vous veniez. Hier j'ai arrêté un de vos amis.»

Les internationaux ont essayé d'engager la conversation avec lui en lui disant que l'endroit n'est pas une zone militaire fermée, qu'ils sont venus pique-niquer, et qu'ils sont pacifiques. «Retournez à Naplouse», dit-il. Nous affirmons notre droit d'être là. Nous détenons des passeports qui nous donnent le droit de continuer sans empêchements. Nous lui disons que selon la loi israélienne nous avons le droit d'être là.

«'Fuck' le gouvernement israélien», répondit-il. C'est bizarre, un soldat d'une armée d'occupation illégale qui ne respecte pas le gouvernement qu'il sert. Il se tourne vers les Palestiniens. Il prend leurs cartes d'identité, les met dans sa poche et leur fait signe de le suivre dans les buissons. Son ami est debout dans les buissons. Ils sont retenus. Nous demandons pourquoi. Pas de réponse. Nous sortons la nourriture et commençons à manger. Nous ne leur parlons pas. Nous ne pouvons pas voir les personnes retenues. Nous sommes seulement une présence symbolique, qui pique-nique.

«Si vous ne partez pas, je vais appeler des jeeps et vous serez arrêtés comme votre ami. Puis vous serez expulsés comme lui». Nous lui disons que nous sommes prêts à être arrêtés et que le Français n'a pas été expulsé mais qu'il est de retour à Naplouse. Cela ne semble pas lui faire plaisir. Il parle dans sa radio puis retourne dans les buissons où nous ne pouvons plus le voir. Nous continuons à manger. Après quelques minutes, nous entendons deux coups de feu. Nous ne pouvons pas le voir, mais nous pouvons savoir de quel côté ils viennent. Un membre du groupe se lève pour voir. Le soldat sort des buissons, et pointe son arme sur nous.

Il crie: «Si vous ne partez pas, je vous tirerai une balle dans la tête.» Je pense à Brian Avery, mon ami américain de 24 ans, à l'hôpital à Haïfa, sur qui on a tiré sans raison. Je pense à Tom Hurndall, un activiste de 21 ans venant de Grande-Bretagne, couché dans un hôpital de Beer Sheba, son cerveau endommagé par la balle d'un sniper à Rafah alors qu'il essayait de faire sortir un enfant de la ligne de tir.

Nous ne pouvons pas risquer un autre tir dans la tête à cause d'un pique-nique. Nous lui disons que nous avons besoin de notre ami, le volontaire médical qui est dans le groupe de personnes retenues. Il nous dit juste de partir, pointant son arme sur nous tout le temps. Nous sommes prêts à être arrêtés, nous sommes prêts à résister à l'expulsion, mais pas cela, pas maintenant. Alors nous ramassons nos affaires et commençons à remonter la colline jusqu'à l'endroit où nous pouvons avoir une réception téléphonique. Nous commençons à téléphoner aux ambassades et au centre des médias.

Quinze minutes plus tard, le volontaire ressort des buissons en tenant sa carte d'identité. Il a été relâché. Il nous a dit que juste avant que le soldat nous menace, il a téléphoné à sa base et dit en hébreu que nous ne voulions pas partir et qu'il voulait nous tirer dessus. Quand il a eu fini de parler, il s'est retourné vers l'autre soldat et a dit « Je vais tirer sur l'un d'eux, une balle dans la tête ou dans les yeux».

Le monde est resté passif et a permis à Israël de tuer des Palestiniens sous prétexte de «sécurité». Aucune question de fond n'a été posée, aucune sanction imposée, alors qu'ils tuent des femmes, des enfants et des hommes en toute impunité. Maintenant, il semble que des activistes pacifiques (le soldat n'avait vérifié ni nos cartes d'identité, ni nos sacs, alors cela montre qu'il le savait!) sont devenus le gibier légitime pour ces soldats qui sont ici au mépris de tant de résolutions des Nations Unies.

Est-ce que la communauté internationale va permettre à Israël de menacer et de tirer sur leurs citoyens qui pique-niquent? Ne feront-ils aucun bruit autour de ça, ne poseront-ils aucune question, n'imposeront-ils aucune sanction?

J'ai peur que la réponse soit oui.

Pour plus d'information, contactez Duncan : 067 628 519

ISM
Tom Wallace
Coordinateur ISM des Médias
Beit Sahour, Palestine Occupée
02 277 4602 - 052 360 241
ism-alert@palsolidarity.org

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