Théâtre Strasbourg Gisèle Vienne

Gisèle Vienne The Pyre

Invitée par Pôle Sud et Le Maillon, Gisèle Vienne, chorégraphe et metteuse en scènepropose, comme à l'accoutumée un travail surprenant, dérangeant qui peut créer ce malaise que certains ont ressenti au point de quitter la salle en plein milieu de la représentation.

 Première surprise, cette distribution d'un petit ouvrage édité spécialement pour ce spectacle et qu'on nous recommande de lire à la sortie. Edité par P.O.L, il est bilingue et s'intitule en anglais "The Pyre" et en français "Le Brasier".

L'autre surprise sera de découvrir au sein d'un profond tunnel noir le corps recroquevillé d'une femme, tache blanche, illuminée et cachée par une abondante chevelure dorée. Autour d'elle d'innombrables points lumineux parcourent les parois du tunnel, s'éloignent, ,reviennent, se multiplient tandis que la musique envahit l'espace et qu'une attente angoissée nous gagne.

Une fois debout la comédienne en justaucorps blanc et collants satinés, perchée sur de très hauts talons aiguilles, entreprend une sorte de chorégraphie, sur place. Torse, bassin, bras et tête inventent des poses, les reprennent, encore et encore. On se sent partagé entre une certaine admiration que l'on ressent pour cette femme au corps contraint qui réussit à donner tant d'expressivité à cette danse "sur place" et en même temps on ne peut s'empêcher d'éprouver une sorte de gêne, comme si on assistait à une séance de torture et qu'on se trouvait dans la posture du voyeur.

Situation délicate, difficile pour la performeuse comme pour le public, d'autant plus que cela s'éternise quelque peu. Malgré les lumières et la musique dont les intensités varient au point d'aller parfois jusqu'à nous faire mal aux oreilles, nous sommes toujours plongés dans l'expectative: supporter cela ou fuir.

La deuxième partie retient notre attention car enfin il se passe quelque chose. C'est l'arrivée d'un tout jeune garçon qui va nous éclairer sur le statut de cette femme. Manifestement nous comprenons qu'il est son fils. Sortant de sa solitude, ,il la rejoint , la serre dans ses bras, essaie de danser avec elle, pour bientôt découvrir qu'épuisée, elle s'est sans doute donner la mort. Devant le cadavre, l'enfant est gagné par l'incertitude puis  une sorte de rage  le submerge et le conduit à bousculer  ce corps inerte, scène horrible mais sans pathos.

Un spectacle qui a suscité en nous bien des interrogations.

Marie-Françoise Grislin

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