Festival MUSICA 2013

Festival Musica 2013

On ne le répètera jamais assez le Festival  Musica qui  fête ses trente ans, garde  pour cette 31ième édition son souci d'innover et d'offrir à un public extrêmement fidèle et exigeant l'occasion de découvrir de nouvelles œuvres, de jeunes compositeurs,, de retrouver des anciens qui nous font toujours vibrer; et ce grâce à des interprètes remarquables et d'excellentes conditions d'écoute. A ce propos nous apprécions beaucoup la  salle du Conservatoire et les arrangements celle de la Bourse dont le confort et l'acoustique ont été nettement améliorés.

Cette édition de Musica a été une réussite exceptionnelle. Nous y avons vécu de grands moments, et bien que nous n'ayons pas la possibilité d'analyser ses nombreuses propositions, nous tenons à  évoquer  ce qui  s'est  gravé  dans nos souvenirs.  musicaux

.En tout premier lieu nous avons apprécié la place tenue par les trois  orchestres symphoniques des radios allemandes. L'orchestre de Baden-Baden Freiburg a présenté pour l'inauguration du Festival une prestation digne de sa réputation de grand découvreur de la musique contemporaine avec au programme Marc Monnet: Mouvement,  imprévus, Monumenta  ducompositeur belge Yann Robin, pour finir en beauté avec l'œuvré étonnante  de Georg  Friedrich Haas Limited approximation  pour six pianos. Le public après avoir longuement applaudi cette prestation dirigée de main de maître par François- Xavier Roth, le directeur musical a pris connaissance avec consternation d'une prochaine disparition programmée par S.W.R de cet orchestre créé après la guerre par un général français. L'orchestre de Stuttgart nous a séduits par les qualités techniques de ses interprétations des œuvres de Pascal Dusapin, de Francesco Filidei et de Philippe Manoury qui fait à Musica un retour très apprécié. L'orchestre  de Köln dirigé par le très apprécié  Emilio Pomarico donnait  à la clôture du Festival un  éclat festif avec quatre créations françaises   dont  Les quatre études   de Georges Aperghis  et  Fiori di fiori  de Francesco  Filidei qui nous a enthousiasmés par son concerto pour violon interprété par la remarquable virtuose du violon qu'est Carolin Widmann,, Dieter Ammann; jeune compositeur nous a bien  plu par son originalité et  nous avons surtout été touchés par la dernière œuvre de Jonathan  Harvey  qui nous transcrit  avec beaucoup de sensibilité  et de justesse ses impressions musicales lors de sa découverte du monde  bigarré des moines et des enfants  dans un monastère tibétain  lors de son voyage en Inde

Pour en finir avec les orchestres n'oublions pas la tournée de l'Orchestre Philharmonique de Strasbourg qui s'est produit à Sélestat, Bischwiller, Saverne et dans l'Aula du Palais Universitaire de Strasbourg sous la direction du chef d'orchestre Baldur Bronnimann pour nous faire entendre la musique finlandaise des anciens compositeurs Edvard Grieg, et Jean Sibélius confrontés aux contemporains Magnus Lindberg et Kaija Saariaho dont la pièce " L'aile du songe a été magnifiée par l'interprétation virtuose du flûtiste Mario Caroli.

Musica nous a conduits au plus près des différentes expressions artistiques avec lesquelles la musique tisse des liens étroits .C'est ainsi que nous avons pu à deux reprises visionner la captation d'opéras contemporains :Written on skin deGeorge Britten  donné en 2012 à Aix En Provence et The perfect americain , le dernier opéra de Philip Glass joué au Teatro Real de Madrid .

La danse fut particulièrement à l'honneur avec Les Nuits un spectacle chorégraphié par Angelin Preljocaj sur une musique de Natacha Atlas et Bishai . Inspirée des Contes des Mille et une nuits cette production que certains ont qualifiée de vulgaire nous a enthousiasmés    par sa hardiesse sa volupté la qualité  indéniable de la prestation des danseurs , la splendeur des décors  et des éclairages . Pour nous un enchantement.

D'autres spectacles  musicaux étaient à l'affiche ,sur lesquels les avis furent également partagés ce fut le cas pour  Harawi d'Olivier Messian dont la mise en scène nous a paru contestable alors que les interprètes , la soprano Karin Vourch et la pianiste Vanessa Wagner étaient remarquables.

Quelques uns nous ont frappés par leurs propos ou l'originalité de leur mise en scène, comme le Quartett de Luca Franscesconi inspiré par les Liaisons dangereuses avec les voix  magnifiques du baryton Robin Adams et de la soprano Allison Cook ou comme  The House Taken Over qui nous offrait la possibilité de voir une œuvre présentée l'été dernier au Festival d'Aix en Provence .Dans une mise en scène de Katie Mitchel représentant de façon réaliste un appartement où  vivent de façon, routinière et maniaque un frère et une soeur , gagnsé par l'angoisse.

Autre spectacle qui a marqué fortement cette édition, ce fut MBCTH d'après le  Macbeth de William Shakespeare signé Guy Cassiers pour la mise en scène et Dominique Pauwels pour la musique, un travail d'adaptation qui a su souligner avec beaucoup de finesse, de pertinence et de sobriété ce qu'il en est des jeux et des enjeux de la conquête du pouvoir. Dans cette représentation la tragédie shakespearienne atteint  une nouvelle dimension, puisque les crimes commis par l'homme au pouvoir n'apparaissent plus tant comme ceux d'un monstre repoussant mais comme ceux d'un personnage ordinaire qui se prend au jeu avec une tranquille détermination à l'instar de ce que l'on constate de nos jours. Le choix d'une théâtralité minimaliste fait ressortir la trivialité que constituent encore actuellement les morts et les destructions par les guerres.

Autre pièce engagée  ALIADOS   (alliés) Accompagnée par la musique du compositeur argentin Sebastian Rivas sur un livret de son compatriote Esteban Buch , la pièce mise en scène par Antoine Gindt montre de façon saisissante la rencontre qui eut lieu le 26 Mars 1999 entre Margaret Thatcher et Augusto Pinochet assigné à résidence  à Londres .Des personnages sur le déclin de leur vie mais encore capables de se congratuler en évoquant leur haine de l'anti-capitalisme et ce qu'ils ont produit par leur choix politique .Les interprètes , en particulier la mezzo-soprano Nora Petrocenko  dans le rôle de Margaret Thatcher et le baryton Lionel Peintre dans celui de Pinochet  se sont montrés de remarquables comédiens. Présentés souvent dos au public ils étaient filmés en direct  et leurs attitudes et visages projetés en gros plan sur un écran .Ainsi le spectacle "en temps réel " devenait une sorte de reconstitution fascinante et tragiquement caustique .

Cette édition de Musica nous donna l'occasion de retrouver un des grands créateurs du 20 ieme siècle en la personne de Pierre Henry venu  interpréter en création mondiale deux de ses oeuvres qu'il a revisitées :Une tour de Babel et Messe pour le temps présent .Le voir si plein d'ardeur à la console fut un des grands moments du Festival . Nous n'oublierons pas la joie d'avoir revu un autre maître ancien Pierre Boulez venu honoré de sa présence le magnifique concert donné par ces deux virtuoses  , le flûtiste Mario Caroli et le pianiste Wilhem Latchoumia .Au cours de ce concert fut interprété pour la première fois
 la très courte pièce que Pierre Boulez dédia  à Jean-Marie Lehn lorsque celui-ci reçut en1987 le prix Nobel de chimie et qu'il a intitulé avec humour  Esquisse d'une ébauche  .Tous deux étaient présents pour cet événement que Philippe Manoury avait initié .

Avant de clore rappelons que Musica confie à de très beaux  Ensembles la création d'œuvres qu'ils savent mettre en valeur avec conviction  ce fut le cas avec entre autres  du Quatuor Arditti interprétant des compositions de Pascal Dusapin , James Dillon et Philippe Manoury , d' Accroche- Note avec la nouvelle version de Illud Etiam de Philippe Manoury et la création mondiale deTratado de lo  inasible d'Alberto Posadas et de l'Ensemble Linéa avec les nouvelles compositions de Francesco Filidei ; un musicien dont l'oeuvre nous paraît de plus en plus riche .et attrayantes

 En conclusion  aux dires de tous une très belle édition de ce Festival auquel nous  restons très attachés .

Francis Grislin   

Marie-Françoise Grislin

 

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