SYRIE/Armes chimiques, la farce reprend son haleine p Fabius , le sioniste mijote une résolution contraignante inacceptable

 

 

Armes chimiques en Syrie: un crime de guerre pour Ban Ki-moon

Syrie: des "preuves flagrantes" de l'utilisation de sarin

Syrie: Paris, Washington et Londres pour une résolution "forte"

Lundi 16 septembre 2013, 18h50

Ban Ki-moon a dénoncé lundi "un crime de guerre" perpétré aux armes chimiques en Syrie le 21 août, sans désigner de responsable, au moment où les Occidentaux veulent une résolution "contraignante" à l'ONU pour que Damas détruise son arsenal chimique.

Mais deux jours après l'accord entre les Etats-Unis et la Russie sur le désarmement chimique en Syrie, Moscou, fidèle allié de Damas, s'oppose à un texte du Conseil de sécurité qui menacerait le régime syrien de "conséquences" --donc d'un recours à la force-- s'il ne respecte pas ses obligations.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon s'est exprimé en fin de matinée devant le Conseil de sécurité pour qualifier de "crime de guerre" l'utilisation de gaz sarin en Syrie le 21 août, attestée par un rapport d'experts onusiens. Sans les montrer du doigt, M. Ban a réclamé que les responsables "rendent des comptes" et a demandé au Conseil de prévoir des sanctions si Damas ne démantèle pas son arsenal chimique.

Les enquêteurs de l'ONU ont trouvé des "preuves flagrantes et convaincantes" du recours aux gaz sarin il y a près d'un mois, selon leur rapport. La première page de ce document crucial, remis dimanche à M. Ban par le chef des inspecteurs Aake Sellström, ajoute que "des armes chimiques ont été utilisées sur une échelle relativement grande" au cours du conflit syrien "contre des civils, y compris des enfants".

Une résolution "forte et contraignante"

Le rapport était présenté lundi par M. Ban aux 15 membres du Conseil de sécurité. Le secrétaire général avait par avance indiqué vendredi qu'il confirmerait "de manière accablante" l'utilisation d'armes chimiques.

Washington et Paris imputent ce massacre au régime du président Bachar al-Assad et les Américains évoquent un bilan de plus 1.400 morts.

Mais le rapport de l'ONU ne désigne pas directement de responsables car le mandat des enquêteurs ne le prévoyait pas. D'après des diplomates à l'ONU, les détails du texte doivent toutefois clairement permettre d'identifier ceux qui sont derrière l'attaque du 21 août.

Celle-ci n'est pas un cas isolé: à Genève, la Commission d'enquête de l'ONU sur les violations des droits de l'homme en Syrie a annoncé des investigations sur 14 autres attaques chimiques présumées depuis septembre 2011.

Dans le même temps, après avoir scellé un accord samedi à Genève avec le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, le secrétaire d'Etat John Kerry a retrouvé lundi à Paris ses homologues français et britannique, Laurent Fabius et William Hague. MM. Kerry et Hague ont parlé de "conséquences" si Damas faillit à ses engagements. M. Fabius est allé plus loin avec la menace de "conséquences sérieuses".

Un éventuel usage de la force figurait dans un premier projet de résolution élaboré par Paris la semaine dernière mais que Moscou avait jugé "inacceptable". Mardi, M. Fabius s'en entretiendra à Moscou avec M. Lavrov.

Lors d'une rencontre franco-britannico-américaine à l'Elysée, les trois pays ont "jugé essentiel" de parvenir à une résolution "forte et contraignante" et d'obliger Damas, selon un "calendrier précis", à dresser l'inventaire de son arsenal chimique et à le faire vérifier jusqu'à son démantèlement d'ici la mi 2014, selon Paris.

Interprétations divergentes

Moscou a réagi en affirmant compter sur Washington pour ne pas aller plus loin que l'accord agréé à Genève.

"Si quelqu'un veut menacer, chercher des prétextes pour des frappes, c'est une voie qui suggère à l'opposition au régime qu'on attend d'eux de nouvelles provocations, et c'est même une voie qui peut saper définitivement la perspective de Genève 2", la conférence de paix qu'Américains et Russes tentent d'organiser depuis trois mois, a prévenu M. Lavrov.

Et Moscou et Washington ont déjà des interprétations divergentes de leur accord de samedi.

Pour M. Lavrov, le texte ne prévoit pas qu'une résolution de l'ONU mentionne le fameux chapitre 7 de la charte des Nations unies, qui autorise le recours à la force en dernier ressort.

Aux yeux de M. Kerry au contraire, "l'accord engage totalement les Etats-Unis et la Russie à imposer des mesures sous le chapitre 7 en cas de non application".

Paris a également annoncé une réunion internationale fin septembre à New York avec l'opposition syrienne, vent debout contre le règlement russo-américain. Et rien n'assure que Moscou prendra part à cette nouvelle réunion du groupe des "Amis de la Syrie", 11 pays soutenant l'opposition en Syrie.

Et toute solution politique à la guerre, qui a fait 110.000 morts en deux ans et demi, reste extrêmement compliquée à mettre en ?uvre: selon l'institut de défense britannique IHS Jane's, dont le Daily Telegraph se fait l'écho, les jihadistes et les groupes islamistes forment près de la moitié des forces rebelles qui combattent l'armée syrienne. Or, les Occidentaux misent sur une transition politique assurée exclusivement par de "vrais démocrates".

L'accord sur l'arsenal chimique syrien a repoussé la perspective de frappes militaires, mais cette option reste sur la table, avaient prévenu dimanche le président français François Hollande et John Kerry.

Une hypothétique action armée est "une menace pour toute la région" et a "un parfum d'agression", a riposté le ministre syrien de l'Information, Omrane al-Zohbi, pour qui l'accord de Genève est "une victoire pour la Syrie". "Nous acceptons le plan russe de nous débarrasser de nos armes chimiques. Nous avons en fait commencé à préparer notre liste" 

 

Des groupes de rebelles syriens ont tenté d'acheter des composants d'armes chimiques en Turquie, affirment les procureurs turcs

 

 

 

Le gouvernement turc est un des plus fermes soutiens à l'opposition syrienne armée à laquelle il fournit une aide multiforme. Il n'empêche que la justice turque vient d'inculper un «rebelle» syrien dont une des activités consistait à acheter des substances chimiques dont certaines qui entrent dans la composition du gaz sarin. Le sarin est ce gaz de combat que les forces gouvernementales syriennes sont accusées d'avoir utilisé en août dernier dans la périphérie de Damas. Laurent Fabius devrait aller expliquer à la justice turque qu'elle fait fausse route et que c'est Bachar al-Assad quelle devrait inculper. 



Des groupes de rebelles syriens ont essayé d'acheté des composants d'armes chimiques, affirment des procureurs 

ADANA - Doğan News Agency, Hürriyet (Turquie) 12 septembre 2013 traduit de l'anglais par Djazaïri 

Un procureur a bouclé le 12 septembre son acte d'inculpation dans le cadre d'une enquête sur les substances chimiques saisies dans la province méridionale de Hatay. Il affirme que des groupes de rebelles djihadistes syriens avaient cherché à acquérir des matériaux qui pouvaient être utilisés dans la production de sarin, un gaz extrêmement toxique. 
L'acte d'accusation qui comprend des transcriptions de plusieurs conversations téléphoniques entre les suspects impliqués indique qu'un citoyen syrien âgé de 35 ans, identifié sous le nom d'Hytham Qassap était entré en contact avec un réseau en Turquie afin de se procurer des substances chimiques pour le Front al-Nosra et les djihadistes des brigades Ahrar al-Sham.L'acte d'accusation a rejeté la validité des déclarations des suspects selon lesquelles ils ignoraient que les substances chimiques qu'ils essayaient d'obtenir pouvaient servir à produire du gaz sarin. "Les suspects ont plaidé non coupable en affirmant qu'ils ne savaient pas que les substances qu'ils essayaient d'acquérir pouvaient servir à fabriquer du gaz sarin. Les suspects n'ont cessé d'énoncer des faits incohérents et contradictoires sur cette question,» indique l'acte d'accusation. Les magistrats ont aussi signalé que les fournisseurs turcs des substances chimiques avaient dit au principal suspect, Qassap lors des conversations téléphoniques, que deux des huit produits chimiques qu'il essayait d'acquérir étaient soumis à approbation par l'Etat. L'acte d'accusation contient aussi le témoignage de Qassap où il avoue ses liens avec les brigades Ahrar al-Sham et s'être rendu à Antakya sur ordre de leur chef, Abu Walid. «Après mon arrivée à Antakya, d'autres groupes rebelles sont entrés en contact avec moi. Tandis que certains le demandaient des médicaments et d'autres fournitures de nature humanitaire, d'autres voulaient obtenir de l'équipement militaire,» a-t-il dit aux procureurs.Onze personnes en tout avaient été arrêtés au cours d'une enquête lancée en mai dernier après que la police avait reçu un tuyau suggérant que certains groupes de rebelles syriens cherchaient à se procurer des matériaux qui pouvaient servir à produire des armes chimiques. Qassap et cinq suspects turcs ont été arrêtés tandis que cinq autres ont été relâchés. Ces derniers ont été libérés après que des tests en laboratoire ont démontré que les substances saisies durant l'opération n'étaient pas du gaz sarin.

 

 

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