HASSAN II - DE GAULLE - BEN BARKA: Maurice BUTTIN

 

HASSAN II  -  DE GAULLE -   BEN BARKA

 

Ce que je sais d’eux

 

                                                                     Maurice Buttin

 

Editions KARTHALA  2010

 

 

Né en 1928 à Meknès (Maroc), de parents savoyards, Maurice BUTTIN s’est inscrit au barreau de Rabat en 1954. Il a alors fait connaissance de nombreux dirigeants nationalistes et notamment de Mehdi Ben Barka. Constituée à Rabat par la mère du leader marocain, deux jours après son enlèvement, sa plaidoirie aux Assises de la Seine, à l’automne 1966, date du procès de quelques responsables, lui vaudra une interdiction royale de revenir au Maroc pendant dix-sept années ! Inscrit au barreau de Paris en 1967, Maurice BUTTIN n’a cessé, depuis, de lutter, avec d’autres confrères parisiens aujourd’hui décédés, aux côtés de la famille de Mehdi Ben Barka, pour tenter de découvrir la vérité.

Ce livre rappelle la situation intérieure du Maroc avant 1956, puis décrit les événements qui ont suivi l'indépendance jusqu'à la "disparition" de Mehdi Ben Barka, l'un des grands hommes du Tiers-Monde, enlevé le 29 octobre 1965 à Paris. Il témoigne du combat mené par le leader de l'opposition marocaine pendant dix ans et évoque la répression féroce exercée par le pouvoir féodal contre son opposition. Il souligne combien l'hostilité du roi Hassan II à l'encontre de Ben Barka remonte au début de l'indépendance, le souverain n'étant alors que le prince Moulay-Hassan.

 

Dans ce livre  documenté et d’une très grande rigueur, Maurice Buttin , avocat de Ben Barka depuis 1966, nous présente ce qu’il sait de « cette affaire », avec un soucis de clarté et de rigueur, il nous fait un récit passionnant à lire, pour tous ceux qui s’intéressent à « cette affaire » d’enlèvement, du leader marocain  Mehdi Ben Barka dans une opération policière menée conjointement par les services secrets français et marocain le 29 octobre 1965, et aujourd’hui, quarante cinq années après  malgré toutes les promesse faites, par de Gaulle en premier lieu,mais  malgré les très nombreuses et inlassables démarches faites avec ténacité et courage,faites auprès des autorités françaises et marocaines jusqu’à ces derniers temps, Maurice Buttin reconnaît que le mystère sur la disparition de Ben Barka reste entier

 

Maurice BUTTIN constate que c’est avec beaucoup  de pertinence, alors que le roi du Maroc, Mohamed VI,  se lance  actuellement dans des tentatives de réformes louables à certains égards, mais les pesanteurs des silences. rend toutes les investigations très difficiles et constitue aussi bien du côté français que du côté marocain un handicap évident

 

 A travers L'Affaire Ben Barka, dont il aura été beaucoup question à travers certaines publication et plus spécialement à travers un film que Maurice BUTTIN juge peu convaincant dans l'élucidation de cette affaire !

 

Par contre dans ce livre  passionnant et sérieusement argumenté nous sommes confrontés avec pertinence, documents à l'appui, à  l'action déterminante dans ce crime d'agents marocains aux ordres du Roi. Il dévoie  aussi le rôle joué par des policiers et hommes des services secrets, voire de hautes personnalités françaises. Soit consciemment, soit par négligence. Et quand le général de Gaulle   a déclaré quand il a eu connaissance de cette "affaire: "Ce qui s'est passé du côté français n'a rien eu que de vulgaire et de subalterne" la lecture de ce livre  permet d'avoir quelques doutes

 

Ce livre, se termine sur cette question essentielle. Ce mort fait-il encore peur au pouvoir marocain ? Et de  nous faire remarquer que : «  Jamais depuis 1961, les gouvernements marocains d’hier ou d’aujourd’hui, n’ont exigé des hauts responsables, des officiers supérieurs, des commissaires de police et autres, de livrer les secrets des tragédies de l’époque, des assassinats, tortures , enlèvements, disparitions sans retour, pas plus celles de militants de la base peu connus, que celle de Mehdi Ben Barka, « disparition » la plus marquante dans l’histoire du pays par l’aura nationale et internationale de la victime.

 

Se pose donc la question: " Y aurait-il au Maroc une sorte de pacte entre les anciens, dirigeants ou non de l’époque, encore en vie, à quelque niveau qu’ils aient été alors, ou qu’ils soient encore aujourd’hui, pour " perdre la mémoire "  Certes d’aucuns, peut-être en toute bonne foi, pensent qu’il y a lieu tout simplement d’oublier le passé pour que cette situation tragique ne se renouvelle pas… Je ne le crois pas pour ma part. Je suis convaincu que ce travail de « vérité sur l’Histoire » que j’ai essayé de dresser  dans ce livre ne va pas à l’encontre de ce cher Maroc – ma « petite patrie » comme je le dis souvent, ou à l’encontre du peuple marocain. Bien au contraire, il me paraît donner l’occasion de mieux tirer la leçon du passé pour mieux construire l’avenir"

 

Francis Grislin

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