Franco-Belge : pleinement Français ?

Si j'avais hérité d'une double nationalité, Française et Belge, sous couvert de lutte contre le terrorisme, ne s'apprêterait-on pas à faire de moi un citoyen conditionnel ?

J'ai 36 ans, je suis Français, ingénieur. 

 

Je suis en un sens un "pure" produit de la République et de l'éducation à la Française.

 

Mais, comme beaucoup de Français, je ne suis pas aussi "pure" que certains le voudraient. 

 

À la fin de la 1ère guerre mondiale, mon arrière grand-père a fui la Belgique. Ma grand-mère, née en France, est née Belge, avant que son père n'obtienne la nationalité française.

 

Autant dire que, si la bi-nationalité avait existée à l'époque et que si la Belgique avait appliqué le droit du sang, cette bi-nationalité aurait pu m'être transmise.

 

Je n'ai plus rien à voir avec le pays Belgique. Mon rapport avec elle se résume, comme bon nombre de Nordistes, à des sorties le week-end pour se ravitailler en chocolat, en bière et en tabac.

 

Mais, si cette nationalité m'avait été transmise par le sang, y aurais-je pour autant renoncé ? Pas si sûr. Ma grand-mère était si fière d'être "franco-belge", même si elle n'avait jamais vécu en Belgique, que, pour des raisons affectives, j'aurais sans doute gardé ce relicat de mon identité.

 

On peut critiquer cette vision de la nationalité, mais c'est ce que permet le droit du sang avec son caractère automatique. Et bon nombre de Français, dont les parents et les grands parents sont originaires de pays pratiquant le droit du sang, se trouvent dans cette situation.

 

Et parce que nous aurions pu choisir de conserver ce relicat de notre identité, ma mère et moi ne serions pas pleinement Français ? Nous serions des citoyens de seconde zone à qui on pourrait retirer notre nationalité ? Pour nous renvoyer vers un pays que nous ne connaissons pas ?

 

Vous pourrez argumenter que je ne suis pas terroriste. Qui a parlé de terrorisme ? La situation est trop grave pour se baser sur des on dit. Vous êtes citoyen, informez-vous à la source, au projet de révision de la constitution :

http://www.assemblee-nationale.fr/14/projets/pl3381.asp

 

Les termes employés sont :

"Une atteinte grave à la vie de la Nation."

Peut-on être plus vague (à dessein) ?

Où lisez-vous le mot terrorisme ?

Comment ce passage de notre constitution, que l'on nous vend comme symbolique, pourra-t-il être interprété et utilisé, peut-être pas par ce gouvernement, mais par une Marine ou une Marion Le Pen ? Ou par un Laurent Wauquiez ?

Ces gens dangereux auront, dès leur arrivée au pouvoir, tous les outils nécessaires pour commettre leurs méfaits.

 

Pour les adeptes de la théorie du grand remplacement, dont fait partie Marine Le Pen, à mots de moins en moins couverts, "Une atteinte grave à la vie de la Nation" est la seule présence de certains de nos concitoyens sur le territoire français. La constitution lui donnerait ainsi les moyens d'agir, de déchoir à grande échelle des concitoyens que sa verve d'extrême droite désigne comme "Autres", avant, au mieux, de les expulser vers des pays qui ne sont pas les leurs.

 

Il est là l'enjeu : désigner comme Autre.

Je n'ai sans doute pas grand chose à craindre, à cause de mon hypothétique double nationalité Franco-Belge, du moins. Ce n'est pas moi qui suis visé..

 

Vous, en tant que Franco-Belge, comment réagiriez-vous si une société qui vous a vu naître vous sommait d'un côté de vous intégrer et de l'autre vous renvoyait de manière constante à votre altérité, malgré votre vie de citoyen "normal" ? Accepteriez-vous d'être considéré, comme vos parents avant vous, comme un sous-citoyen ? Un citoyen au conditionnel ? 

 

Cette révision de la constitution est un nouveau moyen de dire : "vous êtes Autre". Et cette fois-ci, dans la Constitution, au cœur de la règle du jeu, et au mépris des Valeurs fondatrices de la République : la Déclaration des droits de l'homme de 1789.

 

Que certains se replient sur eux-même,  refusent d'être citoyens, je ne le nie pas. Mais il faut arrêter de leur donner de bonnes raisons de le faire. Même si il n'explique pas tout, le rejet systématique provoque mécaniquement le repli sur soi. Et combattre les symptômes n'a jamais guéri aucune "maladie".

 

Et moi, en tant que citoyen, d'origine Belge, certe, ce n'est pas mon problème plus que le votre et je n'ai pas à être assimilé. Je suis citoyen. J'ai à être considéré et jugé par la Justice au besoin selon mes propres actes, pas ceux des autres.

 

"Si ce n'est toi, c'est donc ton frère" date d'un régime révolu. Je me battrai pour qu'il revienne pas.

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