L'Instrumentalisation Politique de la Violence

Une "Instrumentalisation Politique de la Violence" mise en place par le Pouvoir vise à réduire une opposition Politique et Sociale légitime à une simple opération de maintien de l'ordre, soit disant publique. Si les forces de l’ordre remplissent une mission de maintien de l’ordre au service de l’Etat, doivent-elles servir les intérêts d’un Pouvoir non Démocratique qui asservit l’Etat ?

 Le texte que je vous propose  a une histoire. C'est une émanation de l'AG du lundi 9 mai de NuitDebout Toulouse, tenue au TNT, dont le thème était la position face à la police en vue de la manifestation des policiers qui avait lieu le 18 mai.

Lors de cette réunion, la rédaction d'un communiqué de presse avait été évoquée. Pour permettre le temps nécessaire au travail d'un tel texte, j'ai travaillé dès le soir-même sur la rédaction de ce communiqué et l'ai mis à disposition sur un pad.

L'idée était ensuite de le présenter devant L'AG, de le retravailler en ateliers, avant de le soumettre au vote devant l'AG.

Une actualité chassant l'autre, le 49.3 et le Global Debout entre autre, le travail qui restait à faire sur ce texte n'a pu être achevé à temps et la décision de ne pas le publier s'est petit à petit imposée, assez logiquement.

Je pense toutefois qu'il serait dommage de perdre ce travail, d'autant plus qu'il est issu d'un travail collectif de l'AG, auquel j'ai adjoint mon analyse.

Quand j'ai écrit ces lignes, j'espèrais qu'elle servirait à nourrir le débat concernant les forces de l'ordre. J'espèrais qu'elles nous sortiraient d'un simple inventaire des violences physiques, qui sont réelles et graves, mais qui sert à nous enfermer dans une confrontation, patiemment construite, pour entrer dans le champs Politique. Je l'espère toujours, mais depuis que j'ai écrit ces lignes, force est de constater que la violence s'est amplifiée et le piège s'est refermé.

J'avais écrit ce projet de communiqué au nom de NuitDebout Toulousr, or, il n'a pas été validé. Je ne peux donc pas le publier au nom du mouvement et vous le présente donc à la 1ère personne, même si ce texte ne correspond pas tout à fait à mon opinion personnelle. En le lisant, ayez en tête qu'il est écrit dans l'optique d'être diffusé, aux médias, aux passants, et surtout aux forces de l'ordre.

Bonne lecture.


 

En tant que citoyen, je me joins aux forces de l’ordre pour dénoncer l’Instrumentalisation Politique de la Violence.

Celle-ci consiste, par des consignes et des stratégies inappropriées et incompréhensibles à mettre les forces de l’ordre, policiers comme gendarmes, dans des situations délicates voir dangereuses, dans les « quartiers », ou lors de manifestations ou d’actions, dans le but que la situation dégénère entre forces de l’ordre et manifestants.

Le but de cette stratégie appliquée par le Pouvoir est de porter le discrédit sur toute opposition légitime à un modèle de société imposé aux citoyens, au mépris de leurs votes. Dans les « quartiers », la BAC est utilisée pour amplifier et propager le désordre, dans le but d’imposer la répression et un rapport de confrontation avec nos concitoyens, là où la police de proximité tentait de les protéger.

l’Instrumentalisation Politique de la Violence  vise à réduire une opposition Politique et Sociale légitime à une  simple opération de maintien de l'ordre, soit disant publique.

L’instrumentalisation Politique de la Violence a tué Zyed et Bouna, a tenté de décrédibiliser les opposants au barrage de Sivens, tuant du même coup Remi Fraisse, a déployé un dispositif disproportionné et donné des consignes de sur-réaction lors de la manifestation du 28 avril à Toulouse, a organisé l’encerclement des forces de l’ordre en plein milieu de la manifestation du 1er Mai à Paris.

Si, le 28 avril, à Toulouse, la situation n’a pas dégénéré plus que cela, c’est grâce au sang-froid et à la responsabilité des manifestants et des forces de l’ordre sur le terrain.

Les forces de Police, de renseignement, comme les Forces armées sont des outils régaliens dans les mains de l’Etat. Ces outils ne doivent pas être utilisés à des fins Politiques.

Quand un drame résultant de cette stratégie de l’Instrumentalisation Politique de la Violence survient, est-il normal que seul l’outil en porte la responsabilité ? Je pense que les politiques magnant ces outils sont les premiers responsables. Dans toute Démocratie qui se respecte, ils devraient rendre des comptes.

En tant que citoyen participant à NuitDebout, je refuse l’opposition systématique et réciproque entre policiers et opposants dans laquelle veut nous enfermer le Pouvoir.

Si je me refuse à essentialiser et à stigmatiser de manière globale les forces de police, les violences policières existent néanmoins, elles se multiplient même : Les corps de certain-e-s participant-e-s à NuitDebout en portent toujours les marques. Ces violences physiques sont accompagnées de violences verbales et morales intolérables et indignes de représentants de la République.

Si la hiérarchie et le politique portent une part importante de responsabilité, Hannah Arendt a montré qu’elle ne peut en rien disculper les débordements et les usages illégitimes de la  force publique dont se rendent coupables certains agents des forces de l’ordre. Chaque être humain est responsable de ses actes et doit en rendre compte devant la Justice.

Les forces de l’ordre remplissent une mission de maintien de l’ordre au service de l’Etat. Mais doivent-elles servir les intérêts d’un Pouvoir non Démocratique qui asservit l’Etat ? L’article XII de la Déclaration des Droits de l’Homme apporte une réponse claire à cette question :

"La garantie des droits de l'Homme et du Citoyen  nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour  l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de ceux auxquels  elle est confiée."

La Police et la Gendarmerie ont prêté serment de défendre un ordre Républicain. Doivent-elles alors défendre un ordre libéral et sécuritaire ?

Quoi de plus normal et légitime en Démocratie, qui plus est en République, que des Citoyen-ne-s, inquiets de la santé précaire de cette Démocratie, qui se réunissent, en Agora, sur des places publiques pour Travailler au renouveau de cette Démocratie ? L’ordre Républicain ne se doit-il pas de protéger ce Travail ?

Mon analyse est que le Pouvoir, qui a la main mise sur l’Etat, contraint la Démocratie. Le citoyen que je suis considère la Loi Travail et le monde qu’elle prépare comme une oppression, contre laquelle le préambule de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ou l'article 35 de la constitution de la 1ère République m'incitent à résister. Pour cela, j'espère que NuitDebout  continuera son Travail sur les places mais aussi participera à des manifestations et organisera des actions symboliques, pour interpeler nos concitoyens, et pacifistes, pour que toute violence qui y serait employée par les forces de l’ordre y apparaisse de manière non ambigüe comme illégitime.

La recherche de la transparence est nécessaire. Dans ces conditions, les images réalisées lors de ces actions protègent autant les citoyens que les forces de l’ordre et exposent l’Instrumentalisation Politique de la Violence.

Enfin, je reconnais sans aucune difficulté les conditions de travail difficiles dans lesquelles évoluent les forces de l’ordre : celles, difficiles, de tout agent de la fonction publique, aggravées par les conditions de l’Etat d’urgence et la défiance des citoyens que fait porter sur elles l’instrumentalisation Politique de la Violence. Ces conditions seront aggravées par la loi Travail et son monde. Je pense que tout agent des forces de l’ordre qui défend l’Etat, mais pas le Pouvoir, qui souhaite construire une société qui n'exclut a priori personne en raison de ses origines ou de sa religion, est légitime pour faire valoir ses droits et sa dignité sur les places, en citoyen, aux côtés des participants de NuitDebout.

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