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Billet de blog 4 janv. 2022

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Les 4 défis de la gouvernance économique européenne.

La crise qui a débuté en 2008 a démontré que l’Union avait besoin d’un modèle de gouvernance économique plus efficace. La crise de la Covid-19 met une fois de plus en évidence les conséquences des règles de gouvernance sur l’économie et la santé.

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Une situation enviable. L'Europe est la plus grande union de démocraties dans le monde. La population est riche. Depuis 1945 elle n'a pas connu de guerre. Les villes européennes sont les moins polluées du monde, etc. Malgré tous ces avantages, on a le sentiment que tout ne va pas bien. Avec beaucoup de changements en cours en même temps - le défi climatique, le défi monétaire, le défi technologique et industriel, la montée des populismes et des pays autoritaires - notre système économique ne doitil pas passer à une réflexion à plus long-terme pour qu'une "bonne transition" ait lieu ?

Le défi du changement climatique. La crise climatique s'aggrave. Il s'agit d'une menace évidente et d'un défi majeur. Les incendies, les inondations, les canicules, les sécheresses s’enchaînent et se déchaînent. Pourtant en Europe les gouvernements préfèrent protéger les électeurs nationaux des sacrifices nécessaires pour l'atténuer. L'Europe porte une grande partie de la responsabilité des émissions de CO2. Au fur et à mesure que les années passent (COP1 en 1995 à Berlin), l'action pour la transition énergétique et sociale devient plus urgente. L'écart entre les préoccupations à court terme et les besoins à long terme devient plus difficile à maîtriser pour les dirigeants politiques qui cherchent à se faire réélire. Fautil intégrer des indicateurs "climatiques" dans les critères de convergence ?

Le défi monétaire. Après la crise de la Covid‑19, l’Europe sera confrontée à de graves défis environnementaux, économiques et sociaux. Ils nécessitent de repenser les règles de gouvernance décidées par accord afin de ne pas trop contrarier les souverainetés nationales. Les critères de Maastricht actuels passent très largement à côté du rôle intégrateur de la monnaie. Les critères ne manquentils pas de justificatifs économiques ? À lire dans l'article 121 du traité "le taux d'inflation d'un État membre donné ne doit pas dépasser de plus de 1,5 point celui des trois États membres présentant les meilleurs résultats en matière de stabilité des prix". Pouvonsnous garder 60% de la dette au PIB alors que c'était une moyenne approximative des 12 pays de l'UE entre 1986 et 1995. Fautes de règles d'intégration économique et politique stables à long terme, l'Europe s'est concentrée sur une économie peu homogène et insuffisamment protectrice des citoyens. Quant à la Banque centrale européenne, le rachat de titres des dettes publiques devient durable et expansionniste. Ce choix, au lieu de lutter contre l'inflation, révèle à quel point la BCE a un horizon éphémère et ne mesure pas les conséquences à long terme de ses décisions.

Le défi technologique et industriel. L'Europe pionnière de l'innovation et de l'intelligence artificielle IA : c'est l'un des objectifs pour l'innovation en 2030 adopté aussi par la France. Le Fonds monétaire international a cependant averti dans sa revue the Digital Future qu'un impact très rapide de l’automatisation et de l’IA pourrait conduire à une catastrophe économique caractérisée par le chômage de masse, la baisse des salaires, la contraction économique et la montée des inégalités. En Europe, on note déjà un fossé croissant entre les membres de l'UE, les zones urbaines qui bénéficient des changements technologiques et les zones rurales pour lesquelles cette mondialisation a entraîné beaucoup de disparités. Atténuer ce risque aujourd'hui n'est en réalité pas une priorité évidente des dirigeants européens. L'euro a vingt ans mais l'Europe a oublié de penser en même temps à l'intégration financière et budgétaire. L'Europe n'a‑t‑elle pas du mal à voir les bénéfices à long terme de l'harmonisation des politiques commerciales et de la concurrence intraUE ? Pour exemple, des propositions sur l'harmonisation des impôts sur les sociétés sont débattues depuis plusieurs décennies (rapport Neumark de 1962). Il parait urgent de mettre en œuvre un processus de convergence entre les économies des pays européens pour contrer des taux de croissance et des taux d'inflation très divergents, etc.

Le défi de la montée des populismes et des pays autoritaires. "La montée actuelle du populisme est-elle la réaction directe à une mauvaise gestion de la mondialisation et du capitalisme ?" La cause d'insécurité économique peut être une crise financière comme en 2008 ou sanitaire comme en 2020. Dans les pays où le taux du chômage est élevé comme la France, particulièrement pour les jeunes, la montée du populisme aurait pu être anticipée. D'autres décisions auraient pu être prises à la place de la nouvelle réforme de l'assurance chômage ou du revenu d'engagement pour les jeunes. Mais le principal facteur est l'angoisse liée à la peur de la migration irrégulière. Cette insécurité culturelle met l'accent sur les valeurs de stabilité, de sûreté et d'héritage. Une bonne gouvernance c'est la capacité de faire des choix à long terme plutôt qu'à court terme. Il faut savoir vers où l'on veut aller. Nous sommes dans un monde économiquement interconnecté et globalisé avec une diminution de l'influence de l'Europe, une Chine économiquement puissante, la montée de l'autoritarisme de certains pays limitrophes et des guerres hybrides à la frontière de l'Europe.

Et des opportunités pour l'Europe. Après la Seconde guerre mondiale, les alliés ont déterminé des plans d'actions et ont défini à quoi devrait ressembler l'Europe d'aprèsguerre. Les gouvernements étaient confiants et soutenus par des sociétés engagées. La majorité des pays européens ont connu une période de forte croissance et d'augmentation du niveau de vie : les trente Glorieuses. Malheureusement avec tous les avantages dont dispose l'Europe, pendant la période de forte pandémie, de nombreux pays ferment leurs frontières, les accords de Schengen sont remis en cause. Aujourd'hui la gouvernance mondiale, fondée sur les accords de Bretton Woods en 1944, doit changer de paradigme pour faire face aux enjeux de l'internationalisation : les Européens riches se doivent toujours d'aider les pays pauvres pour sauver le climat. Selon une étude publiée par le FMI : le monde pourrait mettre fin à la pandémie si au moins 60% de la population mondiale étaient vaccinés. Cet objectif sera atteignable en 2022 si les pays riches aident les pays émergents. Et si la Covid19 durait à cause des variants apparus hors de l'Europe ?

"Nous vivons dans une interminable succession d'absurdités imposées par la logique myope de la pensée à court terme". Jacques-Yves Cousteau.

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