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Billet de blog 15 nov. 2022

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Peut-on éviter la récession par une politique budgétaire bien adaptée ?

Bien qu'il incombe principalement à la Banque centrale européenne (BCE) de lutter contre l'inflation, une politique budgétaire bien adaptée en France peut aider à réduire le taux d'inflation tout en minimisant les effets négatifs sur le pouvoir d'achats des Français.

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Le taux d'inflation annuel de la zone euro est estimé à 10,7% en octobre 2022 et l'inflation en France atteint désormais 7%, selon les données Eurostat publiées lundi 31 octobre 2022. Les Banques centrales et les gouvernements essaient généralement de maintenir l'inflation autour de 2% qui favorise la croissance sans réduire considérablement le pouvoir d'achat. En Europe la plus grande partie de la responsabilité du contrôle incombe à la BCE. En revanche, cette institution ne peut pas agir sur des facteurs extérieurs comme les prix de l'énergie ni sur l'inflation importée. Alors que la BCE continue d'augmenter les taux d'intérêts, de durcir les conditions des prêts accordés aux banques pendant la pandémie et de réfléchir à un plan sérieux pour dégonfler son bilan, le gouvernement doit utiliser les bons outils à sa disposition pour lutter contre l'inflation sans en tirer profit et aider le pouvoir d'achats des Français.

La BCE a tardé d'intervenir : après avoir sous-estimé l'ampleur de l'inflation post-Covid, la BCE inverse sa position et augmente les taux directeurs. Ce retard a créé une véritable spirale inflationniste. Il est évident que l'inflation, créée au commencement par des pénuries, sera alimentée par la hausse des prix et des salaires. La Banque centrale européenne ne présentera qu'en décembre 2022 ses plans pour dégonfler son bilan, action qui permettra de tempérer la demande et de réduire les pressions inflationnistes.

Avec l'inflation l'État français profite d'une cagnotte à court terme : c'est un coup dur pour les consommateurs et les entreprises et une aubaine pour les caisses de l'État. D'après la fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques, l'État va recouvrir une recette supplémentaire estimée à 60 milliards en 2022. Cette recette exceptionnelle provient d'un excédent d'impôts sur les sociétés et sur le revenu. Cette somme est à rapprocher du surcoût de la facture énergétique en 2022 pour la France qui représente 2,5 points de produit intérieur brut (PIB), soit environ 60 milliards d'euros de plus par rapport à 2021. Le gouvernent pouvait-il choisir d'autres méthodes ? Quelques idées :

Réformer le barème des impôts pour générer davantage de revenus : afin de prendre en compte les effets de l'inflation sur le niveau d'imposition, le gouvernement a choisi, dans son budget 2023, de revaloriser les tranches du barème de l'impôt sur le revenu uniquement de 5,4% au lieu de 7%. Il fallait peut-être faire plus pour générer un revenu supplémentaire au lieu d'envoyer des chèques d'aides qui correspondent à une libéralisation d'aides sociales, réplication d’outils largement répandus outre-Atlantique. L'impôt sur le revenu est payé par la quasi-totalité des citoyens. C'est une méthode naturelle de contrôle de l'inflation car on peut le diminuer, s'il le faut, tous les mois, en fonction de la perte de revenu causée par l'inflation.

Limiter les dépenses inutiles et inefficaces : les Français et toutes les organisation patronales et salariales trouvent la pression fiscale en France trop élevée. Le prélèvement obligatoire (l’ensemble des impôts et cotisations sociales prélevés par les administrations publiques et les institutions européennes) d'un célibataire moyen en France a augmenté de 0,4%, passant de 46,6% en 2020 à 47,0% en 2021. Pour la moyenne des pays de l'OCDE ce taux n'est que de 34,6%. En France, il est le plus élevé de la zone euro et le second en Europe. On peut lire dans La fiche de Fipeco "la baisse des dépenses est donc une condition nécessaire pour que la baisse des prélèvements obligatoires obtienne des résultats positifs, sauf à rééditer les erreurs de politique économique commises dans le passé, par exemple dans les années 2000-2001 et 2007-2008, qui expliquent une bonne part du déficit structurel français". Pour exemple : ne faut-il pas supprimer dans le budget 2023, les dépenses de l'État "défavorables" à l'environnement, dépenses qui passent de 10,3 milliards en 2022 à 19,6 milliards en 2023 ?

Promouvoir le travail et l'épargne : afin de prévenir le risque d'une spirale inflationniste où "boucle prix salaire", phénomène classique de l’économie, intervient lorsque la hausse des salaires alimente l'inflation. Pendant une période donnée, le gouvernement peut promouvoir, le travail en instaurant un crédit d'impôt sur le revenu gagné en priorité pour les séniors (ceci peut favoriser le travail des séniors et éviter la réforme des retraites). Cette approche peut aussi s'appliquer aux handicapés et salariés qui gagnent moins de 2 000 euros nets par mois. Ce crédit d'impôt sera plus efficace que "l'indemnité inflation" : un dispositif qui représente 3.8 milliards d’euros de dépenses pour l’État et qui a permis à 38 millions de Français de percevoir une indemnité de 100 euros. Le gouvernement peut aussi augmenter les revenus sans entretenir la hausse des prix en favorisant l'épargne et en améliorant les performances des livrets réglementés. Consommer moins c'est un des remèdes contre l'inflation.

Agir à la fois sur le climat et la croissance : il faut, comme au Japon, créer de nouveaux fonds citoyens (ce sont les économies des ménages japonais détenues sur des comptes bancaires qui sont utilisées pour acheter les obligations japonaises), mais avec des livrets réglementés. Ces nouveaux produits devront être encouragés par l'État qui en fixe le taux (supérieur à la cible d'inflation de 2% de la BCE), exonère les intérêts perçus de tout impôt et affecte les produits. L'essentiel devra aller au financement des transitions écologiques renouvelables, etc. C'est aujourd'hui le seul chemin à prendre pour investir sans augmenter les dettes et les déficits publics tout en améliorant le pouvoir d'achat des classes pauvres et moyennes. Le tout avec une approche écologique, sociale et sans inflation.

Supprimer certaines taxes et prélèvements pétroliers pour éviter d'augmenter le taux d'inflation : prenons l'exemple des carburants. Les taxes TICPE et TVA représentent 60% du prix à la consommation. Ses taxes sont maintenant proches de 1 euro par litre. Faire des remises de 18 centimes ou même de 30 centimes sur quelques jours, afin de limiter les prix à la pompe, représentent 7,5 milliards d'euros. C'est une somme limitée par rapport aux 30 milliards de la recette annuelle sur les carburants et les 60 milliards de la cagnotte inflation pour 2022. Pour réduire les taxes sur les énergies et amoindrir la hausse des cours subie par les ménages et les entreprises, il faut espérer que les taxes sur les superprofits seront réparties démocratiquement et rapidement.

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