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Billet de blog 17 janvier 2026

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Scinder pour sécuriser ? Le dilemme européen face à TikTok et X

Les actions de l'Europe contre TikTok et X restent souvent symboliques, faute de moyens réels. Entre sécurité, souveraineté, inquiétudes citoyennes et indifférence la question d'une solution structurelle, claire et exécutable, s'impose pour protéger les droits et l'ordre public.

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TikTok aux États-Unis.

L'opération visant à séparer les activités américaines de TikTok dans une nouvelle entité contrôlée majoritairement par des investisseurs américains est en cours. Sa clôture est prévue le 22 janvier 2026. La société chinoise a évité une interdiction aux États‑Unis en acceptant de former une nouvelle filiale américaine. Le groupe a signé des accords contraignants avec un consortium mené par Oracle, Silver Lake et MGX. La nouvelle structure prévoit une gouvernance à majorité américaine et un conseil de sept membres dominés par des administrateurs américains. Les accords imposent que les données des utilisateurs américains soient stockées localement et gérées par Oracle, et que l’algorithme de recommandation soit réentraîné sur des données US pour réduire tout risque d’ingérence étrangère. Ces mesures répondent à la loi américaine dite "divest‑or‑ban", entrée en vigueur en janvier 2025. Elle interdit la distribution d’applications détenues à plus de 20% par un "adversaire étranger" sans cession ou garanties suffisantes. La transaction est présentée comme une solution pour maintenir l’accès des utilisateurs et des annonceurs américains tout en satisfaisant les exigences de sécurité nationale. Les détails financiers complets et certaines modalités opérationnelles restent partiellement confidentiels dans les communiqués publics et les notes internes consultées par la presse.

TikTok en Europe. TikTok est visé pour des pratiques jugées dangereuses pour les citoyens européens. L'UE dénonce le transfert et l’accès potentiels aux données d’utilisateurs hors de l’Union. Elles pointent l’absence de garanties suffisantes pour la souveraineté des données. La plateforme est critiquée pour son manque de transparence publicitaire. Sa bibliothèque d’annonces ne permet pas de savoir qui finance quelles campagnes ni comment les audiences sont ciblées. Les régulateurs estiment que ces manquements entravent la détection d'opérations d’influence et des fraudes. Les algorithmes font l’objet d’accusations "d'effet tunnel" et de conception addictive. Les autorités redoutent une amplification de contenus problématiques et une manipulation des opinions. La protection des mineurs est jugée insuffisante : vérification d’âge lacunaire, paramètres par défaut inadaptés, exposition à des contenus dangereux. Les mécanismes de modération et de recours sont considérés comme incomplets et parfois opaques. En conséquence, la Commission a ouvert des enquêtes formelles sous le DSA et peut infliger des sanctions sévères, y compris des amendes pouvant atteindre 6% du chiffre d’affaires mondial et une supervision renforcée. Les demandes concrètes des autorités sont claires : une bibliothèque publicitaire pleinement fonctionnelle et consultable, des mesures techniques garantissant que les données européennes restent protégées et accessibles aux autorités compétentes, des audits indépendants des systèmes algorithmiques, des garanties renforcées pour la vérification d’âge et des paramètres par défaut protecteurs pour les mineurs. Les régulateurs réclament aussi des procédures de signalement et de retrait plus efficaces, ainsi que des engagements écrits sur la gouvernance des risques systémiques. TikTok conteste certaines interprétations mais doit désormais répondre aux constats préliminaires et proposer des remèdes concrets pour éviter des sanctions et une supervision prolongée.

X en Europe. Les autorités européennes pointent des lacunes nettes dans le réseau X. Elles dénoncent une modération insuffisante face aux contenus illégaux. Elles évoquent des "dark patterns" ou des interfaces internet manipulatrices ou trompeuses… et un manque de transparence publicitaire. L'Europe dénonce "l'IA Grok", une redoutable machine à désinformer. Elle s’inquiète des changements d’algorithme et de leur impact sur la visibilité des comptes. Elle réclame l’accès aux données pour les chercheurs et des preuves techniques sur la gestion des risques. La Commission a demandé des documents internes. Elle a ordonné la conservation des traces des modifications d’algorithme. Elle exige des mesures pour garantir la transparence des recommandations et la traçabilité des publicités. En cas de non‑conformité, des sanctions lourdes sont possibles, y compris des amendes significatives prévues par le DSA

Pourquoi l’UE n’a‑t‑elle pas opté pour la même solution que les États‑Unis ? En six ans, la Data Protection Commission a infligé plus de 4 milliards d’euros d’amendes RGPD ; moins de 1% a été recouvré. L’UE devrait examiner la scission des activités européennes de TikTok et de X. Les nouvelles entités seraient majoritairement contrôlées par des investisseurs européens. L’objectif est de réduire les risques liés aux transferts de données et à la gouvernance des algorithmes. Des filiales européennes permettraient de localiser les données sur des serveurs sous juridiction de l’UE, d’imposer des audits indépendants réguliers et d’établir des conseils d’administration à majorité européenne. Les partisans mettent en avant une meilleure protection des mineurs, une transparence publicitaire accrue et une réponse plus rapide aux demandes des autorités. Juridiquement, ces scissions exigeraient des négociations avec ByteDance, propriétaire chinois de TikTok, et avec Elon Musk, propriétaire de X, des garanties techniques robustes et l’aval des régulateurs nationaux et européens. Cette option constitue une solution structurelle possible, à considérer parmi d’autres remèdes techniques et réglementaires. Contrairement aux États-Unis, pour convaincre durablement les autorités et les utilisateurs, les nouvelles entités européennes doivent être contrôlées par une autorité européenne indépendante. L’UE doit traduire les obligations du DSA en procédures opérationnelles : audits crédibles, supervision active, accès scientifique contrôlé et transparence réelle. Ces mesures, assorties de sanctions effectives, réduiraient significativement les risques tout en préservant l’accès et l’innovation.

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