Projet de loi "climat et résilience" : que recouvre le concept de résilience ?

Le 14 juin 2020, le Président de la République a annoncé que la priorité est de "reconstruire une économie forte, écologique, souveraine et solidaire" . Il a précisé depuis Davos : "l'économie de demain devra penser à la fois l'innovation, la vulnérabilité et l'humanité" .Force est de constater que le projet de loi ne répond pas à aux objectifs fixés et manque de résilience.

La résilience écologique est une capacité à résister aux effets du changement climatique et une aptitude à saisir les enjeux de transformation pour demain (rapport business climate Resilience[1]).

Après la décision du tribunal administratif qui a jugé "l'État responsable de manquements dans la lutte contre le réchauffement climatique"[2] et malgré les promesses du Président "de reprendre sans filtre les 150 propositions de la convention pour le climat"[3], quel sera le vote final par l'Assemblée nationale ?

Ce que contient le projet de loi : interdire la location des passoires thermiques, généraliser le diagnostic de performance énergétique, encadrer la publicité par un code de bonne conduite, interdire cinq connexions aériennes intérieures sur les 100 existantes, interdire l'implantation de nouveaux centres commerciaux sur des espaces naturels avec une dérogation possible en dessous de 10 000 m2, proposer une expérimentation sur deux ans sur la base de volontariat pour un choix végétarien quotidien pour l'ensemble de la restauration collective, protéger l'environnement par un "délit d'écocide" avec des amendes de 375 000 € à 4,5 Millions d'euros, etc.[4]. Avec ces mesures, on voit bien que la résilience n'est pas une science exacte pour le gouvernement.

Pour les entreprises, la résilience peut se définir comme un investissement dans les innovations. Il s'agit de la continuité de l'activité face aux impacts du changement climatique. C'est aussi la transformation des modèles commerciaux et des activités pour s'aligner sur une économie à émission zéro carbone[5]. Pour l'État c'est de s'engager dans de vraies mesures de soutien.

Investir dans les innovations pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. La France est en retard dans l'innovation énergétique et la pandémie de la Covid-19 a ralenti les investissements dans tout le développement de l'énergie propre. L'accord de Paris dépend des nouvelles technologies telles que les turbines au gaz naturel et à l'hydrogène, les chaudières de maison à l'hydrogène à condensation et à basse température, les nouveaux capteurs solaires "photovoltatronique" avec des cellules qui communiquent entre elles, les vitres photovoltaïques translucides qui absorbent certains rayons de soleil et les transforment en électricité, le plastique vert autodestructible[6] etc. Beaucoup sont encore des prototypes ou en phase d'étude ou d'adoption précoce et attendent des investissements. L'État aujourd'hui a choisi d'investir 1.8 M€ dans la technologie quantique[7] ou dans les usines à batteries avec l'Allemagne de 5 à 6 Md€[8].

Aider la résilience des entreprises. Le changement climatique impose des coûts réels aux entreprises. Il menace les installations et les opérations, les chaînes d'approvisionnement et de distribution, etc. La lutte contre le changement climatique, en tant que stratégie d’affaires, doit créer des occasions pour les entreprises de développer des technologies, des produits et des services qui atténuent le changement climatique et qui aident les clients à s’adapter aux changements physiques déjà en cours. Cela crée un avantage commercial concurrentiel, conduit à la croissance économique, crée des emplois et accélère la transition vers une économie mondiale de l’énergie propre.

Pour des nouvelles mesures de soutien. L'État doit aider les citoyens avant, pendant et après les catastrophes, créer des infrastructures et des collectivités résilientes. Il s'agit de lancer un "fonds de prêts renouvelables" qui pourrait aider les régions impactées à se remettre sur pieds et à renforcer leur résilience aux impacts climatiques futurs. Ce nouveau fonds sera admissible à des projets visant à protéger contre les incendies de forêt, les tremblements de terre, les inondations, les ondes de tempête, les déversements de produits chimiques, les infiltrations résultant de déversements et d’inondations chimiques. Ce fonds à faible taux d’intérêt permettra aux collectivités de rembourser le prêt grâce à des économies réalisées sur des projets d'adaptation et d’atténuation[9].

A suivre sur http://soluclimat.com

 

[1] https://www.wbcsd.org/Programs/Climate-and-Energy/Climate/Climate-Action-and-Policy/Resources/Business-Climate-Resilience-Thriving-Through-the-Transformation2

[2] https://www.francetvinfo.fr/meteo/climat/affaire-du-siecle-letat-condamne-a-verser-un-euro-symbolique-a-quatre-associations-en-reparation-de-leur-prejudice-moral_4281937.html

[3] https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/convention-citoyenne-sur-le-climat/convention-citoyenne-pour-le-climat-comment-le-discours-d-emmanuel-macron-sur-les-propositions-a-t-il-evolue_4209195.html

[4] https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/convention-citoyenne-sur-le-climat/climat-voici-ce-que-contient-le-projet-de-loi-climat-et-resilience-presente-aujourd-hui-en-conseil-des-ministres_4290023.html

[5] https://blog.deloitte.fr/la-resilience-a-l-heure-de-l-urgence-climatique-un-concept-fort-a-redefinir/

[6] https://www.lesechos.fr/2013/09/erik-orsenna-mise-sur-le-plastique-auto-destructible-de-carbios-1099041

[7] https://lexpansion.lexpress.fr/high-tech/technologie-quantique-l-etat-met-1-8-milliards-d-euros-sur-la-table_2143075.html

[8] https://www.actu-environnement.com/ae/news/airbus-batteries-electriques-france-allemagne-lancement-investissement-33380.php4

[9] https://www.ademe.fr/expertises/changement-climatique/quoi-parle-t/lattenuation-ladaptation

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